L’amour dure trois ans : un roman de Garde

Olympique Lyonnais

OL. Rémi Garde et Jean-Michel Aulas ont officialisé mardi matin la non-reconduction du contrat de l’entraîneur de l’Olympique Lyonnais, malgré une volonté présidentielle appuyée de poursuivre l’aventure. Garde a choisi, au moins dans un premier temps, de privilégier sa famille – enfin, l’autre. Mais, qu’il l’ait voulu ou non, il se retrouve désormais dans la position de l’homme providentiel.

On avait beau le savoir depuis la veille, la solennité de la déclaration de Jean-Michel Aulas en introduction de la conférence de presse annoncée à peine deux heures plus tôt ce mardi 13 mai a quand même fait son petit effet : « Rémi va mettre un terme à son contrat d’entraîneur. » Une formule inexacte que le président de l’Olympique Lyonnais a tout de suite rectifiée : « Qui arrivait de toute façon à son terme. » Mais il y avait un fond de vérité dans ce lapsus, tant il a longtemps semblé acquis que Rémi Garde prolongerait son bail sur le banc de l’OL, lui qui avait évoqué un an auparavant une carrière à la Wenger ou à la Ferguson.

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Une volonté qui était encore celle de JMA ces derniers jours, qui a insisté sur ses « sollicitations fortes et renouvellées ». Mais la cause était entendue depuis le milieu de la semaine précédente et l’annonce aurait probablement été faite samedi soir à Gerland si l’OL s’était imposé contre Lorient.

Le mirage de l’élan post-Puel

Que retiendra-t-on des trois ans de mandat de Rémi Garde ? Qu’ils ont commencé comme un joyeux bordel. Lors des premières semaines de la saison 2011-12, l’OL développe un jeu spectaculaire, même si l’on sent davantage l’allant d’un groupe débridé par le départ de Claude Puel que la patte de Rémi Garde. Mais si l’équipe ne donne pas la sensation de tout maîtriser, elle parvient tout de même à passer l’obstacle des barrages de la Ligue des champions, face au Rubin Kazan. Et, malgré trois défaites en douze matchs, les coéquipiers de Cris sont au pied du podium fin octobre, après une deuxième victoire en trois jours contre Saint-Étienne, 8e de Coupe de la Ligue inclus.

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Olympique Lyonnais

La victoire à Geoffroy-Guichard à la 93e minute, le deuxième trophée de l’ère Garde. (Photo Nolwenn Le Gouic – FEP / Panoramic)

La suite sera plus compliquée. L’exploit de Zagreb débouchera sur l’un des échecs les plus retentissants de l’histoire du club : une élimination idiote et humiliante face à l’Apoel Nicosie. L’OL est alors déjà largué par Lille dans la course au podium et son retour désespéré au printemps ne lui permettra pas de revenir. Un printemps au cours duquel Lisandro et ses camarades abandonnent la Coupe de la Ligue à un OM bien plus apte à remporter un non-match (0-1, ap), avant de se rattraper lors de la finale de la Coupe de France, contre Quevilly (1-0). Une affiche peu prestigieuse face à une équipe de National, qui ne doit pas éclipser la performance au Parc des Princes en quart de finale (PSG-OL, 1-3).

« Je ne serai ni salarié de l’OL, ni sur un autre banc de touche. C’est vraiment d’un break dont j’ai besoin »

Au bout du compte, cette première saison dit – presque – tout de ce que sera l’OL de Rémi Garde : une équipe de coups, capable de se sublimer en coupe, mais irrégulière. Mais aussi une équipe maudite. Car malgré un effectif encore compétitif sur le papier (seuls Toulalan, Pjanic et Delgado ont quitté le club à l’intersaison), Garde va devoir composer toute l’année avec les absences de Gourcuff, Bastos, Ederson ou Lisandro, mais aussi le déclin Cris ou encore les déceptions Lovren et Cissokho.

Garde prend les commandes

La saison 2 de House of Garde n’est pas la plus palpitante, et c’est même une incongruité. Si l’OL continue à faire le job en Europe, il laisse courir les coupes pour se concentrer sur la 3e place de Ligue 1. Mission réussie, pour la seule fois du mandat du disciple d’Arsène Wenger. Cette saison sera pourtant celle qui marquera le moins les mémoires. Le Rémi Garde de l’OL fait le job, mais on attend encore  l’OL de Rémi Garde. Le coach est légitime, mais paraît encore trop consensuel.  Une théorie fumeuse, peut-être, mais à laquelle l’intéressé donnera de l’épaisseur dans l’Équipe du 22 décembre 2013.

Olympique Lyonnais

Mais le problème semble à ce moment-là dépassé. Car dans la foulée d’une défaite calamiteuse à Montpellier, alors qu’il se considère lui-même sur la sellette malgré le soutien de Jean-Michel Aulas, Rémi Garde reprend les choses en main. Concrètement, cela se matérialise par la mise en place de ce fameux losange qui, s’il n’était pas son système préféré, va devenir sa marque de fabrique.

On pourra toujours déplorer que cette révolution intervienne trop tard, les conséquences sont quasi-immédiates au niveau des résultats. Mieux, l’OL séduit. Pour la première fois depuis deux ans et demi, Garde tient son équipe type, maîtrise son style et suit sa ligne directrice, quitte à heurter la susceptibilité de Bernard Lacombe, agacé de ne plus être suffisamment consulté. Et quand l’entraîneur accepte de se laisser souffler une idée, son équipe sombre à Paris (4-0), avec une défense à cinq, comme pour asseoir un peu plus sa position.

Deux mois d’état de grâce

L’Arbreslois sait désormais ce qu’il veut et où il va. Des certitudes qui vont le pousser, malgré les quinze points qui le séparent alors du podium, à insister auprès d’Aulas pour que le club conserve Maxime Gonalons malgré l’offre généreuse du Napoli (on parle alors de 17 millions). Il obtient gain de cause et justifie la faveur de son président en réalisant le Grand Chelem en janvier. À la fin du mois, il vient d’aligner son milieu quatre étoiles (Gonalons, Fofana, Grenier, Gourcuff) neuf fois d’affilée pour sept victoires et deux nuls idiots contre l’OM et Lorient. C’est le premier chef-d’œuvre de Garde. L’OL a alors refait plus de la moitié de son retard sur le LOSC. Il reviendra même à cinq points à la mi-février.

« Le président et Jérôme Seydoux m’ont demandé de rester proche du club et disponible »

Mais les blessures s’accumulent et, très vite, Gonalons est le seul survivant du losange. C’est alors que s’ouvre la période la plus improbable de ces trois années, celle durant laquelle l’OL s’accroche à toutes les compétitions avec des types sortis du centre de formation (Ferri, Tolisso) ou qu’on avait enterrés (Mvuemba, Malbranque). C’est l’autre gros coup de l’entraîneur : emmener une équipe au bout d’elle-même, sans jamais faire d’impasse. L’Olympique Lyonnais en devient même sympathique. Mais, jamais loin d’emporter la mise, elle va céder, avec les honneurs certes, dans presque tous les grands rendez-vous, contre Monaco, Saint-Étienne, la Juventus ou le PSG en finale de la Coupe de la Ligue.

Son ombre plane déjà sur Tola Vologe

Et c’est peut-être à cet instant que Rémi Garde prend conscience que la meilleure volonté du monde ne suffit pas quand trop de paramètres sont défavorables, des blessures aux décisions arbitrales. Et qu’il n’y a pas de raisons que cela change au cours des deux longues saisons à venir, avec encore moins de moyens, en attendant d’entrer dans le Grand Stade.

Alors le 1er juillet, Rémi Garde sera au chômage, même s’il aura la décence d’appeler ça des vacances. « Je ne serai ni salarié de l’OL, ni sur un autre banc de touche. C’est vraiment d’un break dont j’ai besoin. » Plus tard, il ajoutera : « Je n’ai pas de plan de carrière. » On veut bien le croire, même s’il est plus simple de voir venir quand on est en position de force. Car s’il a accompagné le déclin sportif du club, s’il a même été le premier en vingt ans à terminer derrière Saint-Étienne et s’il a aussi donné la sensation de ne pas s’encombrer de la gestion – et donc de l’intégration – de ses « pépites » Benzia, Bahlouli ou même Fekir, Garde quitte l’OL avec l’image d’un technicien pragmatique mais qui a ses idées sur le jeu et capable de transcender un groupe.

Le chemin le moins tortueux vers le Grand Stade ?

Si sa situation est confortable, elle le sera de fait beaucoup moins pour son successeur. Le futur ex-coach l’a rappelé lors de la conférence de presse, « le président et Jérôme Seydoux (l’actionnaire majoritaire, ndlr) [lui] ont demandé de rester proche du club et disponible ». Plus populaire que jamais, Garde apparaîtra comme le recours le plus évident à la moindre complication. Et si on ne peut le soupçonner d’avoir calculé son coup, peut-être même a-t-il augmenté ses chances d’être l’entraîneur qui accompagnera l’OL dans son nouveau stade. Avec moins de poches sous les yeux, histoire de mieux en profiter.

Pierre Prugneau

(Photo Le Libéro Lyon)

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