Beynié : « Dans ma tête, j’allais devenir titulaire à l’OL »

romain beynie le libero lyon

POISSE. Depuis neuf mois, son quotidien est rythmé par trois heures de soins par jour pour guérir d’une coriace pubalgie. Sous contrat à Amiens (National), Romain Beynié ne compte plus les spécialistes qu’il a consultés dans la région lyonnaise.

Touché mais philosophe, le milieu défensif de 26 ans revient sur « l’époque dorée » du centre de formation de l’OL, son apparition en Ligue des champions face à Rosenborg il y a près de huit ans, puis une carrière entre D1 belge et le championnat National (Gueugnon, Mulhouse et Luzenac avant Amiens), entre blessures et coups durs. « C’est un super joueur mais il a une poisse pas possible », dit de lui son ancien partenaire et ami à l’OL Sandy Paillot. Venant d’un jeune joueur ayant déjà connu des opérations aux hanches, une fracture du péroné et deux dépôts de bilan (Grenoble et Rouen), la remarque prend un certain sens…

 

« Je suis en manque de foot, c’est affreux »

Tout d’abord, comment vas-tu actuellement ?

J’ai toujours mal, c’est compliqué. J’ai souffert de l’adducteur gauche à partir de septembre 2012. Je me suis arrêté en novembre car c’était devenu insoutenable, et depuis je n’ai plus rejoué. J’ai été opéré en février. Cet adducteur gauche va mieux, mais j’ai désormais mal à mon adducteur droit, va comprendre pourquoi… C’est un peu la galère.

Entrevois-tu le bout du tunnel ?

Cette situation est plus que difficile à vivre, surtout car je n’ai pas de perspectives. Si au moins on me disait que j’en avais pour un an de galère, je saurais à quoi m’attendre. Là, je devais en avoir pour deux mois et je me retrouve à neuf mois d’arrêt. Amiens (où il est sous contrat jusqu’en 2014, avec une année supplémentaire en cas de remontée en L2) m’avait recruté pour être un cadre de l’équipe et jouer la montée. Pour l’instant, je n’ai pu y disputer qu’une quinzaine de matchs. Kinés, ostéos, chirurgiens, et des tas de spécialistes, je tente tout mais tout le monde est un peu désemparé. Je suis en manque de foot, c’est affreux, j’aimerais jouer et courir à nouveau.

Revenons à ton arrivée au centre de formation de l’OL, à 14 ans, en provenance de l’Arbresle. Es-tu fier de t’être vite imposé comme le capitaine de cette fameuse génération 1987 (Benzema, Ben Arfa, Mounier, Rémy…) ?

C’est vrai que j’ai quasiment tout le temps été capitaine à l’OL, des 16 ans nationaux à la CFA. J’ai d’excellents souvenirs mais je ne retiens pas que le fait d’avoir été capitaine. J’ai surtout connu de très bons moments, on a quasiment tout gagné. C’était l’époque dorée, il n’y avait pas encore tous les tracas du foot à côté, on était jeunes… C’est un peu difficile de se remémorer tout ça car actuellement, je suis dans une galère.

« On ne connaissait pas tous les méandres du système »

Même à seulement 26 ans, cette époque te semble loin ?

Ah oui, carrément ! Je me souviens qu’au centre de formation de l’OL, on ambitionnait tous de devenir professionnels. On ne connaissait pas tous les méandres du système, tous les à-côtés. Dans ma tête en tout cas, je voulais vraiment être pro.

Karim Benzema et Hatem Ben Arfa étaient-ils déjà considérés comme des joueurs à part en équipes de jeunes ?

Non, ils étaient des coéquipiers comme les autres à ce moment-là, avec certes des qualités plus importantes que les autres. Ils ont pris leur envol ensuite. Hatem était peut-être un peu plus attendu dès son arrivée à l’OL.

Te souviens-tu que le président Aulas lui avait reproché de ne pas avoir voulu disputer la finale de coupe Gambardella (perdue 1-3 face à Strasbourg en 2006) avec vous ?

C’était son choix, ça ne nous a pas coupé les jambes plus que ça. S’il ne voulait pas jouer cette finale, il avait ses raisons. On ne s’était vraiment pas pris la tête avec ça.

« Rentrer en jeu en Ligue des champions me paraissait presque normal »

C’est Gérard Houllier qui te lance dans le monde professionnel avec un contrat de trois ans en juin 2007…

Il m’a fait signer pro et il a quitté le club juste derrière en gros. Les contrats pros sont partis de lui pour une partie de ma génération, entre Antho (Mounier), Sandy (Paillot) et Loïc Rémy.

Avant cela, tu avais eu le droit à trois minutes de jeu face à Rosenborg en Ligue des champions (2-1, sa seule apparition en pros sous le maillot lyonnais) en décembre 2005…

Oui, avec le recul, c’est un souvenir magnifique. Mais sur le coup, je ne m’étais pas rendu compte de l’ampleur de l’exploit de rentrer en jeu en Ligue des champions. Ca me paraissait presque normal. J’étais encore très naïf à 18 ans.

Tu t’es dit à l’époque que c’était le premier match d’une longue liste avec l’OL ?

Je n’ai jamais songé que je pourrais avoir le type de carrière que j’ai aujourd’hui. Dans ma tête, j’allais être pro, j’allais jouer et devenir titulaire à l’OL. Je n’avais aucun doute là-dessus. J’avais toujours été capitaine à l’OL, j’étais sélectionné en équipe de France de jeunes, donc c’était dans l’ordre des choses.

« Cinq ou dix minutes de jeu avec l’OL, c’était l’équivalent d’une quinzaine de matchs avec une autre équipe »

Cette belle dynamique s’est enrayée avec le départ de Gérard Houllier ?

Non, je ne sais pas. On m’a fait signer pro et on m’a rapidement signifié qu’on ne comptait pas forcément sur moi, qu’il fallait que je sois prêté. Quand on était prêté à l’époque à l’OL, ce n’était jamais bon signe. C’était un peu bizarre mais j’ai saisi l’opportunité du prêt en Belgique en 2008. Puis il y a eu ces blessures, mais je n’ai pas spécialement de regrets. Il y a des hauts et des bas dans une carrière, une part de chance. Une carrière ne se joue à pas grand-chose.

As-tu pensé avoir ta chance avec Alain Perrin (2007-2008) puis Claude Puel à ton retour de prêt (2009-février 2010) ?

Je peux regretter d’avoir fait une quinzaine ou une vingtaine de bancs avec Alain Perrin mais de n’avoir jamais eu droit à quelques minutes de temps de jeu. Ce n’est pas le temps de jeu proprement dit qui m’intéressait mais surtout l’exposition pour rebondir ailleurs. Car à l’époque, quand on jouait cinq ou dix minutes avec l’OL, c’était l’équivalent d’une quinzaine de matchs avec d’autres équipes. Cela aurait pu avoir un impact mais on ne m’a pas donné cette chance, c’est dommage…

Appartenir à cette génération 1987 ne t’a jamais aidé à faire décoller ta carrière ?

Cela ne m’a pas ouvert de portes. Si tu penses à Ben Arfa et Benzema, c’est sûr que je n’ai pas cette réussite-là pour le moment. Chacun fait son chemin, les carrières ne sont pas linéaires pour tout le monde. J’ai eu pas mal de pépins physiques (22 matchs par saison en moyenne depuis 2008). A partir du moment où tu es blessé, qui plus est à une mauvaise période, tu mets un frein à ta carrière. A la fin de mon prêt en Belgique (à Tubize, promu en D1 en 2008-2009), qui s’est bien passé, je me suis blessé (cartilage du genou) peu de temps avant le mercato estival durant lequel il fallait que je recherche un club pour me relancer, car l’OL ne comptait pas sur moi. Tu te fais vite oublier quand tu ne joues pas.

« La Belgique a été une super expérience pour moi »

Pourquoi avais-tu rejoint la Belgique, une destination rarement choisie par les jeunes footballeurs français ?

J’avais besoin de temps de jeu. Le club s’était renseigné sur moi. Je ne regrette pas du tout, c’était une super expérience. J’aurais bien continué dans un autre club belge. J’avais des contacts mais encore une fois, quand on est blessé… La D1 belge s’apparente facilement à la L2 française, voire quelques équipes comme Anderlecht, le Standard, Bruges et Genk qui valent la L1.

S’agissait-il de la meilleure période de ta carrière professionnelle ?

Non, ma saison la plus aboutie s’est passée à Luzenac (National, en 2011-2012). J’ai retrouvé mon niveau, j’ai été épargné par les blessures et c’est là que j’ai pris le plus de plaisir. On était vraiment sur la même longueur d’ondes avec le club. C’est bizarre car c’est le plus petit club que j’ai connu. On s’est maintenu en National, c’était notre objectif.

Parvenais-tu encore à vivre du football, même dans un petit club amateur comme Luzenac ?

Oui, tout le monde ne faisait que ça dans l’équipe. En National, les clubs n’ont que le statut amateur. Le fonctionnement est exactement le même qu’un club pro. Tu t’entraînes tous les jours, tu as des contrats fédéraux avec des salaires plus que confortables. A Luzenac, la moyenne des salaires était alors de 3 000 € par mois par exemple.

Ta carrière qui ne décolle pas vraiment (D1 belge et quatre clubs de National) t’a-t-elle poussé à davantage te préoccuper de l’après-football ?

Oui et non, je vais sans doute passer des diplômes d’entraîneur, mon brevet d’état. Mais là je me contente de me soigner et on verra la suite. Je ne me fais pas de souci, je sais que je trouverai ma voie. Le milieu du foot est très compliqué. Cela ne me dérangerait pas d’en sortir.

« Sans mes blessures, j’aurais fait une autre carrière »

A quelques années près, ne te dis-tu pas que tu aurais pu avoir une carrière à la Maxime Gonalons ?

C’est impossible de répondre à cette question. Maxime a fait son chemin et mérite la carrière qu’il a. J’ai ma carrière, elle est comme elle est et il y a des raisons à cela. Il n’y a pas à pleurer sur son sort. Je ne me dis pas une seule seconde que j’aurais eu ma chance à l’OL en étant dans une génération d’après. C’était écrit comme ça.

A 26 ans, crois-tu encore pouvoir rejoindre un club de L1 ou de L2 ?

Si je continue à jouer, c’est pour atteindre le plus haut niveau possible. Je suis conscient que je ne serai pas demain en L1, je ne suis pas stupide. Mais ça peut aller très vite dans les deux sens… Je suis à Amiens dans un club professionnel qui n’a rien à faire en National au vu de ses structures. Si on monte en L2 en fin de saison, on ne sait pas comment ça peut tourner. Je n’ai jamais privilégié l’argent au jeu. On m’a souvent proposé des destinations exotiques comme la Grèce et ça ne m’a jamais intéressé. Sans mes blessures, c’est certain que j’aurais fait une toute autre carrière mais c’est la vie.

Te sens-tu parfois résigné face à tous ces coups du sort ?

Non, je les affronte. Ce n’est pas facile car ces combats se mènent souvent tout seul. Car c’est un milieu où on oublie vite les personnes qui ne sont pas sur leurs deux pattes à 100 %. Je sais que je vais guérir de cette pubalgie mais c’est sûr que ça met des freins énormes dans une carrière.

Gardes-tu encore un lien particulier avec l’OL ?

Oui, j’ai encore de très bons contacts avec le club, notamment avec Bernard Lacombe que j’ai souvent au téléphone.

Rêves-tu d’y rejouer un jour ?

Non, c’est impossible. Il faut savoir être réaliste, là c’est plus qu’utopique…

Entretien réalisé par Jérémy Laugier

(Photo amiensfootball.com)

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