Njie, l’Eto’o se ressert

Olympique Lyonnais

RANK’N’OL #S03E41. Du feu au départ et un peu d’angoisse ensuite : à Reims, l’OL l’a joué comme Njie, ce qui suffit pour l’emporter (2-4) quand la balance clintonienne penche du bon côté. On n’osera pas ici parler de Njie-dépendance, mais ce n’est pas comme si l’OL n’avait jamais – et août en est témoin – calqué ses performances sur celles de Samuel Eto’o fils-fils. Le Rank n’en est pas encore à s’en réjouir, mais il n’est pas suffisamment borné pour ne pas savoir en jouir.

 

Le match : L’OL part vite et oublie le ballon
 

Olympique Lyonnais

 

Le mode d’emploi : Let’s Rank’n’OL !

 

Olympique Lyonnais1. Clinton Njie

Après un départ en fanfare et un match maîtrisé sans se forcer, on s’est demandé d’où venaient les colères à répétition de Lacazette et le dépit démonstratif de Fekir une fois ramené sur le banc. Dans un foot suffisamment individuel pour se repasser à l’infini les stats des uns et des autres, on imagine sans mal les deux joueurs déçus d’avoir vu filer autant d’occasions sans pouvoir les concrétiser. Et à ce jeu, il se pourrait bien que Njie y soit pour quelque chose. À lui seul, le Camerounais est parvenu à refaire basculer le jeu des siens dans un 4-3-3 OL’ school donné pour perdu à mesure que Fekir et Lacazette ont pris le pouvoir. En passant un coup à droit pour servir le Kid de Mermoz (0-2, 6e), un coup à gauche pour envoyer son extér’ pleine lucarne sur un centre de Bedimo (1-3, 20e), Njie s’invite dans le duo avec l’idée de faire le ménage à trois. On ne sait quelle part il faut accorder à la réussite du moment et au désordre dans le show le plus déhanché d’un Clinton depuis la disparition de Funkadelic. Les vingt-cinq premières minutes plaideraient pour la première hypothèse. La suite nettement plus approximative ramène Eto’o fils au carré vers le losange et ses rigueurs, entre courses linéaires, conduite de balle limite, tirs sans conviction et crash final sur Agassa (36e et 77e). L’OL peut bien laisser la seconde période aux Rémois, l’avance est bien trop large pour ne pas craindre d’avoir à y laisser ses nerfs. Comme au bon vieux temps de la domination, ça gère. Preuve que la réaction n’est pas seulement une réponse à une situation – le plus souvent mal embarquée. C’est aussi un choix politique. On n’en attendait pas moins de la part du plus imprévisible des rejetons de la dynastie clintonienne.

Olympique Lyonnais2. Alexandre Lacazette

Quand Bako squatte le Rank et que Clinton en prend la tête, c’est qu’on a vécu une soirée pas comme les autres. Alors Alexandre Lacazette s’est dit que c’était peut-être le moment ou jamais pour marquer du gauche (0-2, 6e). Une première cette année qui n’éclipsera pas la 26e, cette réalisation qui lui permet de devenir le meilleur buteur de l’OL sur un championnat. Le but avait de la gueule, le symbole encore plus mais le match pas tellement. C’est un peu le problème de la Njinsanity : quand Clinton kiffe, les autres un peu moins. Et même si c’est le Camerounais qui lui a offert de doubler André Guy (comme il lui avait permis de l’égaliser contre Bastia), on sent que ça pèse au Kid de Mermoz de se retrouver un peu esseulé dans l’axe et moins sollicité pour jouer au ballon. Cela ne l’empêchera pas d’y aller de son pas de danse avec son camarade après le troisième but. Parce que même quand il galère un peu, Lacazette n’est pas là pour faire des histoires. Il est là pour l’écrire.

Olympique Lyonnais3. Corentin Tolisso

Ces derniers jours nous est revenu en écho ce cri du cœur d’anciens profs : « S’il y en bien un qui ne laissait pas entendre qu’il pouvait faire carrière, c’est bien Corentin Tolisso ! » La raison ? Trop concerné par sa scolarité quand les autres n’y sont plus depuis longtemps. Cela pourrait être la fable de la première apparition, fracassante, du jeune milieu dans la partie à Reims : une tête qui vient de bien plus loin qu’on ne le croit et qui finit dans les filets (0-1, 2e). Avec sept buts au compteur en Ligue 1, Coco n’a pourtant plus rien du jeune premier qu’on ne voit pas venir. Il faut alors s’en remettre à l’autre versant de la révélation professorale, celle du garçon appliqué en tout. À elle seule, cette autre fable pourrait raconter à peu près tout de la réussite lyonnaise cette saison, et plus précisément de ce milieu qui sait y faire pour mettre de l’intensité en toutes choses : réduction des espaces, les efforts faits les uns pour les autres, la ligne de récupération qui remonte jusqu’à l’étouffement, la passe qui libère l’espace sur l’un des buts les mieux amenés de la saison (1-3, 20e). À ce compte-là, Tolisso ne ressemble à rien de ce qu’on a pu connaître toutes ces dernières années entre Saône et Rhône. Peut-être parce qu’il a pris le parti de tous leur ressembler : aussi puissant que polyvalent pour se rapprocher de ce modèle de joueur post-moderne incarné par le Bison, lecteur insatiable du jeu comme Tiago, pièce trop indispensable pour qu’on trouve les raisons de s’en passer, à commencer par toutes celles qui ont pu nous échapper sous Källström. Le Rank a sans doute trop de mémoire pour ne pas avoir à s’en remettre une fois de plus à ces correspondances au-dessus desquelles Tolisso pourrait bien être appelé à évoluer. Raison de plus pour se convaincre qu’il n’a pas la reconnaissance facile.

Olympique Lyonnais4. Henri Bedimo

Quand Njie s’évertue à montrer qu’il n’incarne pas l’avenir en ressuscitant le passé et le 4-3-3 qui va avec, c’est Bedimo qui fait Maloudabidal à lui tout seul. Ça commence par cette sortie de balle tonique et autoritaire sur son côté gauche qui aboutit neuf secondes plus tard et 90 mètres plus loin au but de Lacazette après un enchaînement Fekir-Grenier-Jallet-Njie (0-2, 6e). Puis il y a ce centre coupé par Njie après un appel en profondeur parfait, pour sa quatrième passe dé’ de la saison (1-3, 20e). Bedimo trouvera ensuite le moyen d’être dans l’affaire sur le quatrième (1-4, 90e), non sans avoir pris soin auparavant de sauver les siens dans ses six mètres devant De Préville (76e). Alors certes le Camerounais reste un type qui s’attarde rarement plus de deux ans dans un club, mais du haut de ses presque 31 ans et de ses désormais 200 matchs en Ligue 1, il sait ce que tous les vieux savent et que les Anglais ne vont pas tarder à apprendre : Bedimo compte double.

Olympique Lyonnais5. Bako Koné

Temps additionnel dans la surface lyonnaise. N’Gog vient tout juste d’envoyer Umtiti au tapis sur un premier crochet quand Koné se lance pour emporter ce qu’on lui avait promis à l’annonce de sa titularisation, un penalty et un rouge. L’ancien Parisien préfère en passer par la feinte pour s’ouvrir le chemin du but. Ce qui pourrait s’apparenter à une forme de mansuétude coupable de sa part vient plutôt conclure un moment de félicité pour celui qu’on avait quitté sur une faute trop coupable face à Nice pour ne pas coûter une partie du titre à l’OL. Même les jours de banquet sur les bords du lac Tibériade ne comptent pas autant de miracles que ceux aperçus dimanche soir du côté d’Auguste-Delaune : aucun carton récolté quand le reste de l’équipe se presse au guichet pour prendre le sien en seconde période ; aucune relance foireuse à déplorer alors que le pressing rémois a su faire ses moyens au milieu lyonnais ; des interventions aussi nettes que décisives – et pas forcément que de la tête. Et pour mieux célébrer cette soirée au goût d’inédit, une titularisation à l’extérieur qui se termine pour la première fois de la saison sur une victoire. La moyenne de buts encaissés peut bien dépasser de loin le tarif habituel, on n’oubliera pas de préciser que, sans ce recours à Bako, l’OL n’aurait jamais pu évoluer dans ce dispositif largement porté vers le spectacle. On sait bien qu’il sera toujours plus facile d’envoyer le Général en Grèce que d’invoquer l’état de grâce permanent. Ce qui valait bien une dernière escale par le Rank.

Par Pierre PrugneauSerge Rezza

Retrouvez le Rank’n’OL sur OL Dirty Bastards et le Libéro Lyon.

(Photo Anthony Bibard – FEP / Panoramic)

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