Chronique d’un faux supporter

Parc OL

AMBIANCE. Je suis un faux supporter. Ou je suppose en tout cas que cette expression avec laquelle on nous a rebattu les oreilles toute la saison décrit bien mon rapport à la sélection nationale. Venu parasiter la passion sincère et indéfectible du peuple français convergeant comme un seul homme à Décines, je profite samedi soir du premier amical de l’équipe de France à Lyon depuis 2009 pour me mêler nonchalamment à la marée bleu-blanc-rouge. Ce ne sont pas tellement les Bleus que je viens voir, du moins pas tous, mais plutôt le spectacle des tribunes.

 

Ahou 1 – France 0

Autour du stade, les protagonistes habituels des soirées genesiesques n’ont rien changé à leurs habitudes houblonnées d’avant-match, les blasons frappés du lion se mêlant à ceux empreints du coq. Quelques explosions de pétards viennent rappeler qu’en dépit de l’ambiance de kermesse, peinture sur les joues et cheveux teints, c’est un match de football à la sauce locale qui est sur le point de débuter. Avec ses petites facéties.

Suivant un conducteur identique que la rencontre se déroule au Stade de France, à Nice ou à Lyon, le speaker tente avant le coup d’envoi de lancer un clapping. Et c’est là que le faux supporter entre en scène. Comment ça, crier « France » ? Ahou ! Les injonctions de se plier à l’élan patriotique ne font alors qu’amplifier l’écho sourd d’une masse bien trop fière pour renier ses coutumes. Le tout non sans un malin plaisir. Vous imaginez sans peine ce qui arrive au « Qui ne saute pas… », lancé dans la foulée au micro et qui fait lui aussi les frais de la même espièglerie communicative.

Featuring Francis Lalanne

Puis la rencontre débute et un son de tambour se fait entendre. Les Irrésistibles Français, installés en bas du virage sud ? Non, la petite cinquantaine de Yankees (pas ceux de Marseille) perchés à l’emplacement habituel du parcage ! L’essentiel du public ne semblant pas coutumier des stades de football (ni même des bases de la langue anglaise), le faux supporter se délecte de voir ces novices applaudir en rythme les « U-S-A, U-S-A » lancés de l’autre côté du rectangle vert.

La première mi-temps n’est animée que d’innombrables olas et de… Tiens tiens : mais quel est cet homme chevelu qui s’agite au premier rang du virage nord ? Mais oui, c’est bien Francis Lalanne ! L’inénarrable troubadour joue les capos avec un succès tout relatif, tandis que les chants adaptés du répertoire lyonnais trouvent quant à eux une résonance spontanée et familière bien plus grande.

Les petits ont l’air d’aller bien

Nouveau sourire en coin du faux supporter lorsque l’outil conspue ses protégés du soir à la mi-temps, après avoir été surpris sur la seule occasion américaine. Mais ce sinistre personnage cynique tourne sa veste grâce au vent frais insufflé par les entrées de Corentin Tolisso puis Nabil Fekir. Nos petits, chez eux, chez nous. Impatience de gosse, clameur intense, communion jouissive, et formidable témoignage de reconnaissance pour ceux qui seront quoi qu’il en soit et à jamais toujours des nôtres.

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Chaque touche de balle des deux locaux de l’étape entraîne une sur-réaction du public, trouvant enfin un exutoire à son chauvinisme jusque-là bridé par l’insipide « Aux armes » provençal. Le faux supporter se sent soudain moins seul, constatant que son voisin n’a plus le même regard depuis l’entrée en jeu des véritables maîtres de cérémonie, seuls détenteurs des clés du stade.

Et cette fierté lyonnaise se transforme soudain en tension quand l’ex futur Scouser pose son ballon pour un coup franc bien placé. Un murmure parcourt alors les travées et tout le monde imagine une fin grandiose. Il va le faire, c’est sûr et certain. Le gardien repousse pourtant la tentative d’un arrêt d’une cruauté absolue, avant de s’imposer de nouveau sur un tir lointain du même Fekir dans les ultimes secondes du match.

Si tel était notre dernier rendez-vous avec Nabilon, on maudira souvent Zack Steffen pour nous avoir un peu gâché ces adieux. Quelques minutes auparavant, Mbappé avait pourtant trompé le portier du Columbus Crew et égalisé. Mais le faux supporter s’en fichait. Il avait vibré pour autre chose.

Rodolphe Koller

(Photo Rodolphe Koller)

One Comment

  1. Joni

    11 juin 2018 at 3:08

    J’aime. Tout simplement.
    Sans fioriture

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