« Ma chère Olympe, ma douce »

Anderson

HUMEUR. Ma chère Olympe, ma douce. Ça ne t’a pas échappé, on a un peu de mal à communiquer en ce moment. Si je prends mon plus beau clavier aujourd’hui, c’est parce que je ne veux pas que la nostalgie demeure le meilleur lien entre nous deux.

Oui j’ai adoré nos jeunes années, ton innocence, notre insouciance. Après quelques années de petits boulots laborieux, te souviens-tu de notre première carte interrail, notre émoi maladroit à Faro (je suis trop jeune pour t’avoir connu quelques années plus tôt, lorsque tu connaissais tes premiers avec un Suédois dont tu n’as plus jamais eu de nouvelles), première étape de ce court mais intense périple ? Bien sûr, ça a fini en gueule de bois près de la forêt de Sherwood, mais quelle régalade avant cela dans la Cité Éternelle !

On avait tellement aimé ça qu’on a remis ça régulièrement. Tu ne savais pas forcément bien t’y prendre, mais tu te jetais dans l’aventure avec fougue et entrain ! Ah, cet été 97 ! Avec Joseph-Désiré et Frédéric, on avait arpenté les auberges de jeunesse d’Europe de l’Est, de Bucarest à Vienne, de la Pologne à la Slovaquie, d’Istanbul à Milan après un crochet au Danemark ! On était jeune, on était fou et on y a pris goût. Oh bien sûr, il y a bien eu quelques galères, notamment en 99 quand il a fallu te tenir les cheveux après une mauvaise rencontre à Bologne au printemps puis subir l’horreur d’une spectaculaire sortie de route pluvieuse à Brême un soir d’automne. Mais ça nous a endurcis. Et tu sais quoi ? Avec le recul, j’ai adoré te tenir les cheveux en Émilie-Romagne ou la main en Basse-Saxe. Tu étais vivante, tu étais pleine et entière. T’étais pas la mieux sapée, ton rimmel coulait des yeux et tes cheveux étaient parfois un peu gras, mais Dieu que t’étais attirante.

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T’étais une fonceuse, tu te donnais corps et âme dans tout ce que tu faisais. Et dans ton travail quotidien, bien conseillée par ton père Jean-Michel, là aussi tu es devenue brillante. 2002 à 2008, tout te réussissait. Reconnue de tous, tu as amassé un beau petit paquet d’oseille, qu’on claquait en débauches d’anthologies, mais cette fois dans les plus beaux hôtels, de Munich, Bruges, Madrid ou Glasgow, on découvrait Brême sous son meilleur jour… Bon, on ne se refait pas, on a aussi pleuré un soir où un Danois nous a volé un demi qui nous tendait les bras dans un rade hollandais ou quand un joueur de pipeau t’a dérobé ton sac et tes illusions au cours d’une soirée lombarde qui s’annonçait pourtant magique.

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Tes robes étaient plus chics, tu accordais à présent tes pompes avec ton sac et tu avais toujours cette joie de vivre, cette fraîcheur des débuts. Oui, je te le dis, t’étais sacrément désirable à cette époque. Et Dieu que tu bougeais bien, sur des airs Mauriciens, sur les rythmes de samba de Goiatuba ou du Pernambuco, ou sur une symphonie de ce petit artiste frêle venu de Nantes.

Mais ton succès nous est un peu monté à la tête et en se cherchant de nouveaux défis, on s’est un peu perdus. Tu t’es mise à la muscu, tu voulais devenir costaude. Moi, je t’ai fait quelques infidélités pendant mon Erasmus hispanique. J’ai pris du bon temps avec deux bourgeoises et me suis encanaillé chez une punk à chiens tatouée de Vallecas (pas la peine de chercher trop loin pour la métaphore, l’auteur était vraiment en Erasmus en Espagne et habitué du Rayo Vallecano, ndlr). C’était… différent, c’était agréable, mais ça n’avait pas ta saveur. Cette entorse au contrat nous a finalement permis de mieux nous retrouver (note aux lecteurs : cet argument très bielsista n’est à employer qu’avec parcimonie avec votre moitié. Beau, romantique et plein de panache, il a cependant du mal à fonctionner sur le long terme). On s’est donc retrouvés, à ce moment de la vie où l’on veut laisser sa trace. Tu nous as alors offert une tripotée de magnifiques marmots, la plus belle chose que tu aies faite, assurément. Ces petits Max, Clément, Alex, Sam, Nabil, Coco et Antho, que de beaux moments nous avons vécus avec notre carte famille nombreuse.

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Les petits ont grandi, nous les avons bien éduqués et la plupart sont partis à leur tour user de nouvelles cartes interrails, tandis qu’on quittait la vieille maison familiale, pas très fonctionnelle mais élégante et chargée de beaux souvenirs pour ce magnifique penthouse ultra-moderne de banlieue. Tu organises à présent de magnifiques soirées. On emmène Houssem, le petit dernier, voir des monster-trucks. Céline Dion vient jouer à la maison. Pour toi, c’est le pied.

Mais pas pour moi, Olympe. La Coupe d’Europe de Rugby, je m’en contrefiche comme de la carrière de Bafé Gomis. L’EBITDA que tu fais péter allègrement chaque année m’enthousiasme autant qu’un contrôle orienté de Bakary Koné. Je suis désolé de te le dire, mais si tu n’ondules plus comme dans mes souvenirs je me tamponne d’Ed Sheeran comme Tony Vairelles de sa première veste en cuir. Même tes frasques, de Giurgiu à Moscou en passant par la Gantoise n’ont plus le même panache.

Bien sûr que tu sais encore y faire, Olympe, tu m’as fait grimper aux rideaux à Rome (dans le même hôtel que 20 ans plus tôt, même si les patrons avaient changé) et Istanbul il n’y a même pas 18 mois! Tes massages de la prostate à 5 doigts, à Nice et dans le Forez l’an dernier, je dois avouer que j’en ai des souvenirs émus même si ce n’est pas le genre de la maison. Tu veux que je te dise ? Même à Amsterdam, quand on a tellement essayé de repousser l’extase qu’on a fini par tout foutre à côté tel le premier Maxwell Cornet venu et qu’on a raté notre vol pour Solna, cette frustration était douce. Parce qu’on s’était offert pleinement l’un à l’autre. Avec nos vices et nos turpitudes, mais aussi notre générosité.

Ces instants de vie ne doivent plus rester fugaces. N’aie crainte. J’accomplirai toujours mon devoir conjugal bi-hebdomadaire, la passion ayant ses raisons que la tactique ignore. Mais lâche-moi cette calculatrice et ces comptes d’apothicaires ! Sors de ton confort et danse à nouveau pour moi, Olympe ! Laisse à nouveau couler ton rimmel, laisse la pluie mouiller tes cheveux aujourd’hui permanentés et vibrons à nouveau ensemble. Vidons des pintes de bières tièdes, de Guingamp à Dijon, de Lille à Toulouse. Tombons allègrement, aussi, mais d’avoir couru trop vite. Toi aussi, je le sais, tu n’as jamais pris autant ton pied que le souffle coupé.

asunada

(Photo Marcos / archives Lyon Figaro)

One Comment

  1. Virgil

    22 novembre 2018 at 12:51

    Délicieux…

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