OL : peut-on avoir défoncé Bruno Genesio et rester droit dans ses bottes ?

Genesio

HUMEUR. Sale temps pour les Genesio-sceptiques. Huit victoires de l’OL sur les neuf derniers matchs toutes compétitions confondues, une seule défaite cette saison (et encore, la barre du Parc des Princes tremble encore), une pluie de buts combinée à une série d’invincibilité conséquente : l’accusation de « retournement de veste » a de beaux jours devant elle à Lyon. Peut-on avoir défoncé Bruno Genesio hier et rester droit dans ses bottes aujourd’hui ? Sans doute que oui, si l’on considère que les changements intervenus dans le travail du coach, d’une saison à l’autre, sonnent comme un aveu d’échec des méthodes précédemment déployées. Tout n’est sans doute pas parfait en 2017/18, mais beaucoup des choix 2016/17 de Genesio n’ont plus cours. Loin de leur donner tort, l’entraîneur de l’OL valide certaines théories de ses contempteurs d’hier. Il reconnait par les actes que ses choix passés n’étaient pas les bons. Si Genesio n’est pas devenu un génie, il a au moins le mérite d’avoir appris de certaines erreurs.

 

Le double six ne commence plus la partie

2016/17 - L’association Gonalons-Tousart, peu sexy sur le papier, a connu un faux départ qui aurait pu inspirer le staff. Début décembre 2016, promis à une fessée à Louis II contre l’équipe en forme du moment, Genesio veut se rassurer en alignant deux 6. Gonalons, blessé à l’échauffement, est finalement remplacé par… Fekir, ce qui conduit Tolisso à redescendre d’un cran et offre à l’OL l’un de ses meilleurs matchs de la saison. Cela n’empêchera pas le double-six d’être inauguré peu de temps après, contre Angers au Parc OL (!), et d’être reconduit une dizaine de fois par la suite. Cela sera l’un des choix de Bruno Genesio les plus critiqués, et l’un des plus incompréhensibles. L’équipe, coupée en deux, n’a jamais autant abandonné ses offensifs qu’avec cet attelage. Le talent des joueurs offensifs a permis de s’en sortir ponctuellement, offrant même quelques larges victoires à l’OL. Mais le contenu n’a jamais été au rendez-vous. Pire : même dans les matchs où l’OL était tenu d’être solide plutôt que de créer (comme à Rome), Gonalons et Tousart se sont plus gênés que complétés.

2017/18 - Gonalons a peut-être réglé le problème tout seul, en ayant l’outrecuidance de s’interroger sur l’ambition de son club devant la presse. Une audace qu’Aulas ne lui a pas pardonné, après avoir pourtant passé toute la saison à porter aux nues une équipe qui perdait plus d’un match sur trois. Foutu dehors sans être remplacé par un autre récupérateur pur et dur, l’ex-capitaine laisse derrière lui Tousart comme seul vrai 6. La titularisation de Diakhaby à ce poste contre Limassol montre le problème que cela posera si Tousart se blesse ou fatigue. En attendant, ce dernier est quasi-systématiquement accompagné d’un joueur capable de porter la balle, de jouer vers l’avant, voire de taper une bonne praline quand l’occasion se présente (Darder, puis Ndombele ou Aouar). Et les rares fois où Genesio s’est laissé aller à renouveler l’idée d’un double pivot prudent, en associant l’ancien Valenciennois à Ferri (à Nantes et Limassol), n’ont apparemment pas donné envie au coach d’insister.

Aouar a mangé Cornet et Ghezzal

2016/17 - Cornet et Ghezzal sortaient d’une demi-saison réussie (au moins statistiquement) et avaient logiquement une belle cote début août. L’un et l’autre ont très vite proposé des performances décevantes, et même assez souvent catastrophiques. Pourtant, sur 54 matchs, il aura fallu s’en fader 46 avec l’un et/ou l’autre dans le onze de départ, et même six avec les deux titulaires ! Un véritable acharnement, surtout en deuxième partie de saison. Dès février, l’OL s’est retrouvé coincé au classement de Ligue 1 entre un Nice intouchable et des poursuivants trop peu constants pour l’inquiéter. La bonne impression laissée par Aouar lors des bouts de match qui lui ont été accordés méritait sans doute de bousculer un peu plus les deux autres, au moins sur les matchs sans enjeu.

2017/18 - Là aussi, le mercato a en partie réglé le problème. Ghezzal est parti à Monaco, où Jardim n’a pas mis longtemps à s’interroger en conférence de presse sur le niveau de sa recrue. Cornet est toujours là, mais il semble ne devoir être titulaire que pour faire souffler les titulaires, pallier leurs blessures ou piquer leur orgueil. Il est notamment passé derrière… Aouar, dont les performances et la maturité (y compris en tant qu’ailier) ne donnent pas véritablement tort à ceux qui le réclamaient à grand cri depuis plusieurs mois. On a bien du mal à croire qu’un joueur devenu titulaire indiscutable en octobre n’avait pas le niveau pour rentrer dans la rotation avec Ghezzal et Cornet en avril. Plus globalement, Genesio se montre nettement plus à l’aise dans la gestion des joueurs : Memphis (dont le maillot du premier but trônera fièrement dans le musée de l’OL, rappelons-le) a ainsi eu droit à un passage en tribunes attendu en vain par certains supporters l’an passé. Le Néerlandais est beaucoup moins individualiste depuis, et aligne les prestations convaincantes. La gestion des latéraux en atteste également : qu’importent les statuts au démarrage de la saison, le meilleur joue. Même si c’est le plus jeune.

 

Une charnière mieux huilée

2016/17 - Durant l’été, l’OL recrute Nkoulou pour remplacer le taulier Umtiti. Logiquement, il fait la paire avec Mapou, qui reste sur une fin de saison réussie. L’association ne durera pas plus loin qu’août. Comme pour la tactique (voir plus loin), Genesio fonctionne en réaction et change d’idée dès que les contre-performances s’enchaînent. Aucune des onze associations testées n’alignera plus de quatre matchs d’affilée. Une réalité certes dictée, en partie, par les suspensions et blessures. Reste que si on distingue des tendances (défense à trois en septembre, Mapou-Diakhaby de novembre à janvier, un peu de Mammana-Diakhaby ensuite, Nkoulou-Diakhaby pour finir), le va-et-vient global dessert à peu près tout le monde et atteint un summum d’improvisation quand Genesio décide de sortir Nkoulou de la CFA où il végétait (le Camerounais n’avait joué aucun des 22 matchs précédents de l’OL) pour un quart de finale de coupe d’Europe. À son arrivée, début 2016, l’entraîneur avait pourtant stabilisé ce secteur en fixant un duo clair, bien que pas si évident à ce moment-là (Mapou avait été installé au côté d’Umtiti alors qu’il était probablement le plus catastrophique sur les 4 mois précédents).

2017/18 - Pour la troisième année d’affilée, l’OL recrute un central au statut de taulier supposé. Les quatre acteurs de la mascarade précédemment décrite sont grillés : c’est Morel qui doit faire la paire avec Marcelo. Les autres sont plus ou moins clairement invités à partir. Mammana et Nkoulou sont les seuls à avoir des offres. Diakhaby et Mapou restent donc, et récupèrent les étiquettes de n°3 et 4. Ils ne jouent qu’en cas d’absence des titulaires. Le duo Marcelo-Morel ne fait pas d’étincelles pour commencer, mais cette fois-ci, la confiance est de mise. Maintenus malgré une somme de buts encaissés conséquente en août-septembre, ils peaufinent leurs repères. Si (en se projetant un peu) le niveau de Marcelo-Morel en Ligue des Champions pourrait poser question, la stabilité qui leur est offerte explique certainement la belle série de clean sheets qu’ils offrent à l’OL actuellement.

Ta tactique t’a quitté

2016/17 - Le 4-3-3 triomphant du printemps 2016 semble être, durant la préparation, l’unique solution envisagée par le staff. Après cinq matchs (et trois défaites), le grand cirque commence. Le 3-4-1-1 ou 3-5-2 est voué à dépanner, avant de devenir une solution pérenne aux yeux de Genesio, sauf qu’après quelques défaites, ce n’est finalement plus si sûr. On verra par la suite des 4-4-2, 4-2-3-1, des retours au 4-3-3 et même, perdu au milieu du souk, un bref 4-4-2 losange. De janvier à juin, les allers-retours tactiques, à un rythme de plus en plus effréné, donnent la nausée et finissent de perdre certains joueurs. Le tout semblant davantage guidé par la panique face à des résultats décevants que par une idée tactique en évolution.

2017/18 – À l’intersaison, et pour la première fois après un an et demi au poste d’entraîneur, Genesio parle de foot. Il définit sa tactique, le 4-2-3-1, et une manière de l’animer : en gros, jouer bas et se projeter rapidement vers l’avant. L’idée peut paraître dépouillée ; elle a le mérite d’exister. On aime ou on n’aime pas le projet, on peut le trouver léger, mais il structure un minimum le fonctionnement de l’équipe. Il a sans doute guidé un recrutement qui ressemble enfin à quelque chose, après plusieurs années de transactions guidées par d’autres cerveaux que ceux du staff (citons Valbuena, Nkoulou voire Morel, engagés pour faire la nique à Labrune, le mystère Mateta ou même Mammana, arrivé dans les pattes d’un Genesio qui a très vite montré son manque d’enthousiasme pour ce profil). En tout cas, le 4-2-3-1 a été maintenu, même après le bilan mitigé de septembre, et n’évolue que peu, dans un 4-3-3 voisin, quand Fekir est absent. Même sans atteindre des sommets collectifs, le dispositif semble se roder et offrir à chacun un créneau compatible avec ses qualités. Comme quoi avoir une ligne de conduite, même pas très sophistiquée, peut être plus efficace que de naviguer entre « losange, carré, triangle, rectangle »

Éloi Paillol 

(Photo Damien LG)

One Comment

  1. Bourdieu84

    18 décembre 2017 at 12:14

    Je ne vois pas ce qui dans la déclaration universelle des droits de l’homme ni dans le capital pourrait justifier d’interdire de changer d’avis sur les actes d’un individu… surtout si les actes changent.

    Ce qui est un peu déstabilisant (et plaide pour une certaine mauvaise fois vu de l’extérieur) c’est que vous ne vous appliquez pas à vous mêmes les progrès que vous reconnaissez à Genesio. Quand vous dites que la défense centrale, sans être géniale, a le mérite de la stabilité, du rodage, qui lui donne une consistance bien supérieure à ses prédecesseures qui n’avait connues que l’alternance au rythme des boulettes et des défaites… Voilà qui plaiderait pour une certaine bienveillance à l’égard d’autrui le temps de prendre ses quartiers, et la possibilité de laisser quelqu’un qui débute sa carrière le temps d’apprendre… quitte à le rétrograder s’il ne fait pas l’affaire mais au moins lui laisser le temps de prendre la mesure de son costume. Or l’un des arguments les plus récurrents à l’encontre de Genesio était « il est nul, intrinsèquement nul ». C’est un peu dommage avec la culture footballistique qui est la vôtre de ne pas convenir que l’on ne nait pas grand joueur ou entraîneur on le devient.

    Et c’est plus largement le souci proprement rhétorique (ou logique comme on voudra) des discussions pro ou anti Genesio : chercher à déceler dans ses choix sa véritable valeur objective et universelle des uns et des autres en oubliant que le talent et le don des uns et des autres… Ben ça n’existe pas. Surtout ce n’est pas un substance stable.

    L’exemple Cornet me semble sur ce point probant. Un certain nombre d’articles font comme si seul un semi-aveugle sénile pourrait assumer de titulariser un tel joueur. Or, il semblerait plutôt qu’il y a des matchs fait pour lui, des systèmes qui lui conviennent mieux etc. C’est assez limité de chercher à dire définitivement à 21 ans qui est bon qui est pas bon (surtout quand traoré est absent 6 semaines…). Mais c’est un peu ambitieux d’avoir à ce point là des compétences de profiler. Ca ne veut pas dire que tout le monde peut faire la carrière de Benzema ou Govou, mais force est de constater qu’il vaut mieux que la CFA et qu’il a une capacité à respecter les consignes tactiques (notamment dans son couloir) plus importante que pas mal de solistes qui l’entourent.

    Alors oui, on peut critiquer Genesio puis apprécier les choix qu’il fait. Vus n’irez pas au purgatoire pour avoir changer d’avis sur l’homme. Le problème c’est que vous continuer de chercher à juger des actes qui seraient des proxy de sa qualité intrinsèque, d’homme justement. Ce serait rassurant de pouvoir faire ainsi mais de fait c’est pas vraiment comme ça que le football fonctionne. S’il y a sans doute bien une hiérarchie entre des bons coach et des moins bons, ça parait difficile d’en juger au matin de leur carrière dans des contextes fluctuant sur lesquels ils peinent à avoir autant d’emprise que les plus expérimentés.

    Moi aussi j’aurais préféré avoir Darder et Mamana titulaire. Mais on ne peut pas à la fois dire que Genesio est nul par essence et qu’il a des principes que vous ne partagez pas.

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