Les quatre piliers économiques de l’OL décryptés

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ÉCO. Alors que l’OL fait la gueule sur le terrain (quatre matchs consécutifs sans victoire en Ligue 1), le service financier du club, lui, a la banane. L’Olympique Lyonnais est en passe d’achever sa stratégie économique, qui devrait en théorie lui permettre de rester durablement sur le podium français. Quelques taches peuvent cependant encore venir gâcher ce tableau presque terminé. Décryptage.

 

L’OL peut-il redevenir la place forte du football français ? À court terme, la réponse est évidemment négative. D’un point de vue sportif, un « accident » n’est jamais impossible, comme l’a montré Monaco l’an dernier. Mais si la logique économique tolère parfois les belles histoires sportives éphémères, elle sait aussi remettre chacun à sa place. Bien qu’installé dans le top 20-30 des clubs européens les plus riches, l’OL lutte contre un PSG qui peut se permettre de poser quasiment le budget annuel lyonnais (250 millions d’euros) sur un seul joueur (Neymar et ses 222 millions d’euros l’été dernier).

John Maynard Keynes disait « qu’à long terme, nous sommes tous morts. » Mais entre le court-terme – dominé par le PSG – et la mort, il reste à certains d’entre nous quelques belles années à supporter l’OL (en tout cas on vous le souhaite). Belles années, en effet, car les Qataris ne montent jamais jusqu’au ciel (ceci est une référence économique pour frimer, et promis c’est la dernière). Personne ne sait quand les cheiks se lasseront de leur joujou, ni ce qui adviendra des clubs aux investisseurs plus ou moins douteux (le LOSC ou l’OM notamment) mais une chose est presque sûre : l’OL sera monté en puissance entre-temps.

Jean-Michel Aulas a en effet patiemment bâti un club économiquement sain. Si cela a posé ponctuellement des questions sur les priorités du président, le bilan final devrait être très positif pour les Gones : l’OL devrait être structurellement, hors investisseur adversaire ponctuel, le club le plus riche de France. La raison ? Sa stratégie, qui repose depuis des années sur quatre pieds, va peut-être enfin pouvoir compter sur les quatre pieds en même temps. Explications.

 

Le pilier historique : la participation à la Ligue des Champions

La montée en puissance de l’OL ne date pas d’hier : depuis que Jean-Michel Aulas a pris le contrôle du club en 1987, il a fait monter l’OL en première division, l’a stabilisé en Ligue 1, avant de l’abonner au Top 5 du championnat français. La conséquence est tout sauf anecdotique : l’OL est un des clubs qui touche le plus de droits télés, la poule aux œufs d’or du foot moderne. L’OL a ainsi encaissé pendant des années les juteux droits de retransmission offerts aux participants de la Ligue des Champions. Ils pèsent désormais au moins 30 millions d’euros annuels, soit 12% des recettes de l’OL. Le premier pilier de la montée en puissance du club est donc ici : la participation régulière à la Ligue des Champions. De ce point de vue, ces dernières années ont constitué un accident dans le chemin imaginé par Jean-Michel Aulas, la participation à la C1 ayant été irrégulière.

 

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Le pilier 100 % connecté : le formidable outil

Le deuxième étage de la fusée OL n’en est pour le moment pas vraiment un : il s’agit du Parc OL. L’OL est propriétaire de son stade, une quasi-exception en France. À court terme, l’affaire n’est économiquement pas rentable : l’OL doit patiemment rembourser une dette élevée en valeur absolue, ce qui pèse sur les finances du club. À terme, le stade pourrait cependant être un argument de compétitivité par rapport aux concurrents hexagonaux : déjà, en 2016-2017, la billetterie a apporté près de 20 % des recettes de l’OL, alors que la moyenne en L1 est d’un peu moins de 10. Reste que les recettes ne disent pas tout de la rentabilité du stade.

Les charges que l’OL doit assumer à Décines sont bien supérieures à celles de Gerland. Et si, en 2016-2017, l’OL a réussi à doubler ses recettes de matchday (billets + restauration) pour chaque spectateur qui se rend au stade, il n’est pas garanti que le club parvienne à maintenir de si bons résultats financiers. L’effet « nouveauté » étant passé, l’OL se voit obligé d’adapter sa gamme de prix, en proposant davantage de billets peu chers, donc peu rentables. Une opération qui marche ponctuellement (en témoigne le guichets fermés contre Metz lors de la phase aller), mais qui, pour le moment, ne permet ni de remplir le stade (en raison, probablement, de la mauvaise accessibilité), ni de rentabiliser davantage le stade. Les comptes du deuxième semestre 2017 , publiés ces derniers jours, sont venus confirmer que les recettes de billetterie ont sûrement connu leur point le plus haut la saison dernière. À moins de jouer les tous premiers rôles en L1, et en Ligue des Champions.

Il ne faut donc pas espérer du stade qu’il soit la vache à lait d’un OL rivalisant avec l’élite du football européen, mais prendre le formidable outil pour ce qu’il est : une superbe infrastructure pour jouer au foot, et un élément structurant du maintien de l’OL au plus haut niveau du foot français.

 

Le pilier retrouvé : le recrutement

Le troisième étage de la fusée n’a rien de nouveau, mais comme un ami perdu de vue, on commençait à n’en parler qu’au passé : la qualité du mercato. L’OL a bâti une large partie de sa puissance des années 2000 sur son recrutement. Ses achats, souvent à faible coût, et souvent réussis, ont permis d’obtenir les résultats que l’on sait sur le terrain, et une relative stabilité financière. Puis vint l’époque des gros transferts ratés (Keita, Gourcuff…), et enfin l’époque Rémi Garde où l’enveloppe totale des transferts ne dépassait plus 10 millions d’euros. Désormais, l’OL a remis la main au portefeuille, et a eu le bon goût de faire confiance à Florian Maurice. En copiant la stratégie de Porto ou Monaco (miser sur des jeunes relativement inconnus et parier sur leur explosion), l’OL revient, grâce au flair de son Recrutator, à une politique de transferts qui devrait, sauf, catastrophe, être une réussite.

Un coup d’oeil au mercato de cet été suffit à prendre la mesure de la chose. L’OL a globalement peu dépensé, vu l’inflation sur le marché des transferts, mais a recruté beaucoup de jeunes joueurs talentueux. Hormis Marcelo et Marçal, dont le but était d’améliorer à court-terme la qualité de l’équipe, tous les autres recrutements ont été faits dans la perspective financière de les revendre plus cher. Bien sûr, ces joueurs sont arrivés dans l’espoir qu’ils remplacent sportivement Alexandre Lacazette et Corentin Tolisso. Mais sur le plan financier, l’idée est de réussir des coups pour profiter des gigantesques tirelires anglaises.

Vu les coûts d’achat de Memphis (16 millions d’euros), Ndombele (11 millions) Traoré (10 millions), Diaz (8 millions), Mendy (5 millions), Tete (3 millions) ou encore Tousart (2,5 millions) et Cornet (400 000 euros), les plus-values possibles sont alléchantes, tant le jeunisme définit désormais le marché des transferts. Cette politique « jeuniste » confère par ailleurs à l’OL un avantage en termes de salaires : le club dépenserait ainsi 90 millions euros de moins que l’OM en salaires cette saison, selon les informations de l’Équipe. Un gouffre gigantesque. L’OM, justement, constitue le contre-exemple parfait de la stratégie de l’OL : le club phocéen a recruté des joueurs à plus-value potentielle faible à inexistante, dans le but de s’améliorer sportivement à court-terme et participer rapidement à la Ligue des Champions. L’horizon de l’OM se compte en mois, celui de l’OL en années.

Reste un bémol, tout de même : si l’OL s’est remis à bien acheter, il lui reste désormais à mieux vendre. Monaco et Porto ont montré par le passé qu’on peut vendre un joueur moyen à un prix record. Alors que Lyon vend encore des joueurs records à des prix moyens (tu nous manques, Sam23).

 

Le pilier de la hype : la formidable académie

Reste enfin le dernier étage de la fusée, l’incontournable et formidable académie, qui a sauvé l’OL ces dernières années, au meilleur des moments. À titre d’exemple, sans la vente d’Alexandre Lacazette cet été (64 millions d’euros, le deuxième semestre 2017 aurait été particulièrement mauvais sur le plan financier (en raison de l’absence de Ligue des Champions et des affluences moyennes au Parc OL).

Umtiti, Tolisso, Lacazette :
une fierté lyonnaise

 

Qui pour s’asseoir sur la nouvelle chaise ?

La stratégie financière de l’OL est donc quasiment mûre. Mais comme une chaise, elle souffre quand un de ses pieds traîne la patte. Actuellement, le stade fait encore défaut, car il faut le rembourser. Le déséquilibre que cela crée rend presque indispensable la Ligue des Champions. Autrement, l’OL se voit obligé de brader au moins un bon joueur chaque été. Tout cela ramène, évidemment, au terrain, car c’est là que se gagne le ticket magique à 30 millions.

Et cela ramène, par ricochet, à celui qui doit s’asseoir sur la jolie chaise (c’est plutôt un banc, voire une glacière, dans la vraie vie) au bord de ce même terrain. Un sujet qui risque d’être incontournable cet été, alors que le risque d’une nouvelle saison blanche (ou en tout cas sans qualification en Ligue des Champions) apparaît comme de plus en plus probable. Ce serait vraiment dommage de tout gâcher maintenant.

Vincent Grimault

(Photo Damien LG)

One Comment

  1. Skeddio

    24 février 2018 at 5:28

    Pour être intéressant, cet article aurait dû démontrer que les coûts de remboursement du stade soient bien plus importants que ses bénéfices générés. Avec la renégociation de la dette (et l’arrivée des chinois dans le capital), je crois savoir que le coût annuel est passé à 7M…

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