L’amour du travail Bafé

RANK’N’OL #45. Et le pire, c’est que tout cela paraît normal : l’OL gagne à Nancy (0-3), Gomis marque deux buts magnifiques, Gourcuff ressemble à un meneur de jeu international… Que ce soit une pièce exceptionnelle ou le début d’une production en série, ça reste de la belle ouvrage. Le genre de Rank’art à ne pas rater.

 

Le compte rendu du match : Du placard au ballet

 

Rank'n'OL #45 Nancy-OL

Le mode d’emploi : Let’s Rank’n’OL !

 

1. Bafétimbi Gomis : le Rank a toujours su rendre hommage à ses matchs de combattants, passés dos au but, au service du collectif et de la sacro-sainte « institution ». Et même si cela devait être au détriment de son efficacité. Mais personne ne pouvait défendre le Bafé 2013, lent et maladroit. Inoffensif. Alors Gomis avait fini par sortir du onze, et ce ne sont pas ses entrées en jeu qui allaient le faire regretter. Pour tout dire, on en était presque à se demander comment on avait pu soutenir (à jeun) qu’il n’y avait pas meilleur complément pour Karim Benzema en équipe de France. Aussi osera-t-on avancer que Rémi Garde, après avoir compris que Licha ne reviendrait pas sur le terrain, a réfléchi avant de prendre la décision qui allait tout changer. Martial ? Malbranque à droite pour recentrer Benzia ? Une demande de dérogation à la LFP pour inscrire Lacombe sur la feuille de match ? Ce sera finalement Gomis. Qui prend d’entrée la mesure du double quintal de la défense centrale nancéienne avec une remise pour Benzia. Avant de marquer un premier but qu’il ne doit qu’à lui-même. Il n’est alors sur la pelouse que depuis trois minute. Véritable aimant à défenseurs, Gomis reprend son rôle d’ouvrier et ouvre des brèches à la pelle pour ses coéquipiers. Pour terminer le travail par un nouveau chef-d’œuvre : enchaînement roulette-balle piquée en douceur. Génial. Et quatrième meilleur buteur de Ligue 1 (16 buts). Entre Gomis et les Lyonnais, il y a clairement eu une histoire d’amnésie. Reste à savoir de quel côté.

2. Yoann Gourcuff : depuis qu’il est arrivé à Lyon, Gourcuff n’a jamais fait qu’une chose, revenir. À chaque fois, on a vu cette même scène se reproduire : celle d’un joueur voulant renaître au football, multipliant les étirements comme les touches de balle comme pour mieux sonder ce corps qui semblait lui en vouloir, presque autant que le destin. Voilà pour le corps. L’esprit maintenant. Soit précisément ce qui a foutu le camp après ces neuf mois passés à incarner le futur du foot français – et un peu plus que ça – du côté de Bordeaux. Un après-midi passé sous le soleil de Nancy ne suffira sans doute pas à ramener ce joueur qu’on a perdu. Mais il en a peut-être esquissé un genre de futur. Où Gourcuff donne d’abord dans ces courses qui sauvent Dabo de sa condition d’orphelin, pour mieux se retrouver à coups de contrôles soyeux, de détours dans l’axe ou de passes en première intention à libérer un peu plus que l’espace : l’esprit.

3. Anthony Lopes : avant lui, en bon gardien ayant grandi à l’ombre de ceux qui l’ont précédé, Vercoutre avait fait du name dropping un genre d’art en soi. D’abord en ramenant quelque chose de l’allure de Coupet dans les cages lyonnaises, entre interventions frappées au coin du bon sens et sorties à l’énergie. Puis en reprenant à son compte le théorème de Lloris qui veut qu’un gardien ne vaut que s’il s’impose aux points – ceux qu’il fera gagner à son équipe. Parce qu’il savait qu’il ne pouvait en arriver là, Vercoutre a construit sa place de titulaire à coup de sortie aux poings et en évitant de la sorte d’en faire perdre, des points, aux siens. Et pour Lopes alors ? Il est déjà ailleurs. Ses sorties décisives évitent à l’OL de perdre bien plus que des points (un Derby), avant d’en faire gagner au bout de deux apparitions. La chance du débutant pour ceux qui attendent de voir la suite. La nouvelle assurance tout risque pour les autres qui prennent à leur compte ces échos qui l’annonçaient en prochain crack des cages lyonnaises. Entre les deux, reste une place à prendre : la chance tout risque.

4. Gueïda Fofana : après tout, il avait été irréprochable à son poste. Alors quand on lui a dit « Gueïda, tu vas jouer latéral », il a répondu : « D’accord. Mais à ma façon. » Et de la même manière qu’il fait un piètre récupérateur lorsqu’il joue trop bas à son goût au milieu de terrain, Fofana n’aime le poste d’arrière droit que pour sa partie récréative. Certes, le bonhomme est déjà en postion d’ailier quand Koné ne sait pas quoi faire du ballon. Et on peut craindre à tout moment qu’un adversaire s’engouffre dans son dos. Sauf que la stratégie tout-ou-rien a débouché sur une clean sheet de Lopes et deux passes décisives pour Gomis et Gourcuff. C’est risqué. Mais quand ça se passe comme ça, c’est du gâteau. Fait Maicon.

5. Bakary Koné : le titre du mec le plus cool de la terre, c’est un peu comme le Ballon d’Or. Il n’est jamais question que de retenir deux noms, d’alimenter un vague suspense quand tout le monde sait que la cause est entendue et de révéler celui des deux noms que tous les kids auront envie de floquer sur leur maillot. On a ainsi longtemps cru que Kim Gordon pourrait remporter le titre en question, avant que Stephen Malkmus ne sorte le nouvel hymne à même de faire chavirer l’Internationale slacker. Laquelle a dû être ébranlée dans ses certitudes pour peu qu’elle ait aperçu la partie de Bako Koné. Parce que, de mémoire de slacker, on n’a jamais vu un défenseur jouer aussi cool et délié que le Général : des têtes en tour de qu’on trolle, des relances nez au vent et des dégagements à l’emporte-Cris. On pourra toujours dire qu’Umtiti y est pour quelque chose, à rendre aussi indispensable un type donné pour perdu au moins un bon millier de fois cette saison. On rappellera qu’il faut surtout une bonne part de génie pour profiter de ce travail de sourd qu’un autre veut bien faire pour vous et rester ainsi fidèle au seul style qui compte : le Bakonbauer.

Par Pierre Prugneau et Serge Rezza

Retrouvez le Rank’n’OL sur OL Dirty Bastards et le Libéro Lyon.

One Comment

  1. -Twist-

    6 mai 2013 at 11:49

    Evoquer Kim Gordon et Malkmus pour parler de Bakary Koné, là, je dis : CLAP. CLAP. CLAP !
    Bravo messieurs !

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