Yoann Martelat, deux ans et quelques « claques » plus tard

Martelat

RENCONTRE. On l’avait quitté en 2018, en CFA avec la réserve de l’OL dont il était l’un des éléments sûrs (une cinquantaine de matchs en B) à défaut d’un des plus grands talents de sa génération. On l’a retrouvé deux ans plus tard à quelques kilomètres de là, mais toujours au même niveau (qui a changé de nom). À l’entraînement de Saint-Priest, Yoann Martelat est la plaque tournante de son équipe, oriente le jeu et arme des frappes pures en attendant le début du N2.

« J’ai compris tout seul les choses », rembobine Martelat en regrettant le manque de dialogue à la fin de son aventure avec l’OL. « Tu le sens venir, parce que ceux d’avant t’ont dit comment ça se passait. Du coup, tu sais ce qu’il va t’arriver quand les plus jeunes sont privilégiés et que tu joues moins. Quand tu demandes des explications, on te parle un peu chinois. Il faut savoir se remettre en question, mais tout seul. Si tu ne joues pas c’est que forcément il te manque des choses, mais on ne te dit pas le pourquoi du comment. »

« Il y a forcément des regrets. On aurait pu en faire plus », avoue toutefois le relayeur d’1m73, qui avait un contrat pro d’un an avec l’OL. « On était dans de super bonnes conditions, on ne va pas se mentir. C’est vrai que quand on n’est plus à l’OL et qu’on va s’occupe de sa paire de crampons ou de gérer soi-même le kiné quand on est blessé, on se rend compte de la chance qu’on avait. »

Un an sans jouer, la Bosnie et la R1

« Quand c’est fini, tu te prends une grosse tarte dans la tête. » Et Martelat gère mal le virage qui suit. « J’ai changé d’agent à cette période-là. Ça n’a pas été un bon choix de ma part. L’année d’après, j’ai fait un an sans jouer. Je me suis entraîné avec Ain Sud, mais sans disputer les matchs. » Un club de National semble proche de recruter le jeune Lyonnais à l’été 2019, mais temporise et le laisse sans nouvelles. Martelat s’engage donc plutôt en Bosnie, au Sloboda Tuzla qui le contacte au même moment.

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Il n’y finira pas la saison. Soucis financiers de son club, manque d’infrastructures (« On est dans des conditions compliquées, il n’y a pas grand chose en terme de matériel, on est vachement seuls, il faut être prêt mentalement pour aller là-bas. »), problèmes relationnels (« Il y avait un coach qui parlait français et qui a démissionné au mois d’octobre. Les gens là bas pensaient que j’étais en collaboration avec lui. ») et blessure que le Sloboda ne peut pas prendre en charge financièrement le poussent à revenir prématurément en France. « Il valait mieux, même mentalement », concède Martelat, qui assure toutefois ne pas regretter l’expérience. « Avec le recul, je me dis que j’ai pris en maturité, que ça va me servir dans la vie, que ça m’a permis de voyager et que de toute manière j’aurais regretté si je n’y étais pas allé. »

« Ce n’est pas grave si je ne signe pas en pro »

Sur le coup, Martelat se prend toutefois une nouvelle « grande claque dans la tête. » « J’étais à un moment de ma vie où je me suis demandé ce que je voulais réellement faire. Peut-être pas arrêter le foot, mais peut-être le faire passer au second plan dans ma vie alors que ça a toujours été un objectif très clair pour moi. C’est vrai que là c’était difficile, j’aurais pu baisser les bras, me dire que j’avais trop donné et que ça avait été trop difficile. Mais au final je me suis raisonné. Je suis allé en R1 pour reprendre un peu goût au ballon, rejouer au foot avec deux-trois collègues, prendre du plaisir. »

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Il signe donc au FC Salaise et n’a le temps d’y jouer que trois matchs avant le coronavirus. Suffisant pour lui remettre d’aplomb et le convaincre de répondre à l’appel de Saint-Priest, où il signe avant même l’annonce du repêchage en N2. « J’étais en contact avec le coach Lionel Bah depuis un an ou deux et ça s’est fait naturellement. Je pense que tous les jeunes qui sont de Lyon et qui jouent en CFA à l’OL sont connus dans la région. » À 23 ans, Martelat savoure donc pour l’instant le plaisir d’être revenu au point de départ : dans l’agglomération lyonnaise et en quatrième division. Sans même penser à autre chose, il l’assure. Peut-être le meilleur moyen d’éviter de se prendre une nouvelle claque. « Je vais toujours travailler et faire les efforts, c’est quelque chose qui est en moi, mais ce n’est pas grave si je ne signe pas en pro. »

Hugo Hélin

(Photo AS Saint-Priest)

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