« Y en a qui se sont fait troller sur Twitter ! »

(Photo Damien LG / OL)

INTERVIEW. Malgré la large défaite 12-0, l’US Port-Valais se souviendra longtemps de son match amical contre l’OL. Jonathan Amorim Machado, capitaine du club de sixième division suisse, nous raconte cette expérience forcément spéciale lors de laquelle les twittos auront été plus méchants que les joueurs lyonnais.

« Notre idée, c’était d’essayer d’en prendre moins de dix… »

Dans un tweet tu as plaisanté sur le fait d’avoir réussi à tenir une minute avant d’encaisser le premier but

On s’attendait clairement à prendre une valse. Sur le terrain, il n’y a pas de comparaison possible. Ils jouent la Ligue des Champions, nous on joue notre championnat régional.

Vous aviez regardé ce que c’était la plus large victoire de l’histoire de l’OL avant le match pour avoir un point de comparaison ?

Non, pas du tout. On a vu par la suite qu’on a égalé le record qui datait des années 60. Notre idée, c’était d’essayer d’en prendre moins de dix.

Un peu déçus du coup ?

Non, franchement le score est pour nous vraiment secondaire. Ce qu’on va garder, c’est l’expérience, les images, ce qu’on a vécu. On a l’habitude de se retrouver en championnat contre des gars qu’on connaît, des amateurs comme nous, et là t’as devant toi Depay ou Denayer… Ou Anthony Lopes, mais lui on l’a observé avec des jumelles parce qu’on ne l’a pas trop approché.

« On s’est bien marrés dans le vestiaire, parce qu’il s’est fait traiter de mécanicien obèse sur Twitter »

Quelles images tu garderas, justement ?

Le joueur qui m’a marqué, c’est Depay, par sa carrure déjà, c’est vraiment un athlète incroyable. Et ce qui m’a le plus marqué, c’est d’ailleurs la différence physique entre eux et nous. Quand ils accélèrent, c’est juste impossible pour un joueur amateur de rivaliser. Quand Memphis, Reine-Adélaïde ou Toko Ekambi accélèrent, pffff… Mais ce qu’il faut dire c’est qu’en plus d’être amateurs et donc d’avoir le niveau qu’on a, ça fait aussi trois ou quatre mois qu’on avait arrêté le foot. Et on bosse tous à côté, donc la plupart n’avait pas forcément continué à faire beaucoup de sport à côté. On a repris les entraînements, deux à trois fois par semaine, il y a deux semaines. On n’avait même pas de coffre.

C’est un peu méchant, mais on s’est effectivement dit que certains joueurs avaient vraiment un physique d’amateurs…

Y en a qui se sont fait troller sur Twitter ! Mais franchement on l’a bien pris. On a bien rigolé dans le vestiaire et les screenshots ont fusé sur Whatsapp à la fin du match. Ça nous a plus fait rire qu’autre chose et ça nous a permis d’envoyer deux ou trois vannes dans l’équipe.

Celui qui a mis le petit pont n’a pas trop pris la grosse tête ?

C’est Kevin [Almonte]. On s’est bien marrés dans le vestiaire, parce qu’il s’est fait traiter de mécanicien obèse sur Twitter. Pour lui c’est un super souvenir. Quand il reparlera de ce match dans dix ans il ne dira pas qu’il a pris 12-0, mais qu’il a mis un petit pont à Thiago Mendes. Et en plus, il est propre son petit pont !

« Même moi je ne savais plus le score à ce moment-là »

Tu as dit que l’OL avait gagné des supporters hier, les joueurs étaient cools sur le terrain ?

Moi qui travaillais dans le foot pro ces quatre ou cinq dernières années, je sais que l’attitude de certains joueurs peut parfois être un peu hautaine. Mais hier ils ont été pros, classes, simples et humbles. Ils ne nous ont pas pris de haut, ils ont joué sérieux, ils s’excusaient et ils nous relevaient quand ils faisaient une petite faute, ils ont même parfois déconné avec nous sur le terrain. Je ne sais plus si c’est Toko ou Reine-Adélaïde qui s’est retourné vers moi à un moment et qui m’a demandé « Oh frérot, y a combien au fait ? », avec le sourire, vraiment sans aucune méchanceté. D’ailleurs, la vérité c’est que même moi je ne savais plus le score à ce moment-là.

Et vous avez donc récupéré les maillots à la fin du match…

C’est un membre du staff de l’OL qui a réuni les maillots et les ballons pour les offrir à notre coach. On avait établi un protocole avec Lyon. Comme c’était le premier match devant les caméras en France, on ne voulait pas faire d’échanges de maillots sur le terrain. Ils ont fait les choses en ordre, en réunissant tout dans un sac et en le remettant au coach qui va laver les maillots et les distribuer.

Comment vous vous êtes retrouvés à faire un amical contre l’OL au fait ?

Ils étaient dans le coin. Et, comme je le disais, j’ai travaillé dans le foot pendant longtemps et je connais très bien quelqu’un chez la société qui a organisé le stage. C’est lui qui m’a appelé parce qu’il sait que je joue au foot dans la région, qu’on est à 15 minutes d’Evian et qu’en Suisse certaines équipes avaient repris l’entraînement alors que c’était plus compliqué en France. Au début tu crois un peu à une blague quand on te demande si ça te dit de jouer contre Lyon. Dans les faits, bien sûr que tu as envie, mais ça faisait trois mois qu’on n’avait pas joué et on vient de reconstruire l’équipe, donc tu n’as pas non plus trop envie de passer pour des guignols à la TV. Mais au final le fait de jouer contre Lyon a primé sur le fait qu’on allait prendre une large défaite.

Donc si l’OL vous repropose un match amical l’été prochain, vous acceptez ?

Bien sûr ! Et là on aura un objectif clair : faire mieux. 11-0.

Propos recueillis par Hugo Hélin

(Photo Damien LG / OL)

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>