Des supporters de l’OL lancent un crowdfunding pour offrir des penalties à l’OM

Thauvin

TRANSE PRESSE. Touché par l’extrême dénuement dans lequel vivent les tireurs de penalty marseillais, des supporters de l’OL ont décidé de lancer une plateforme de financement participatif pour les aider à retrouver un peu de dignité. Rencontre.

Assis devant son MacBook dans un espace de coworking du plateau de la Croix-Rousse, Bastien Benoît se souvient en remuant son thé du jour de sa prise de conscience. « Je remontais la rue de la Ré. D’habitude je mets mon casque sur les oreilles pour éviter d’être pris à partie par les démarcheurs d’ONG, mais cette fois-là je l’avais oublié chez moi. » Un jeune homme portant un haut de survêtement de Chelsea et un bas de survêtement du Bayern l’aborde alors. « Il travaillait pour le 9m15 Truth Movement. On a discuté pendant au moins une demi-heure. Plus il me présentait des chiffres, plus mon regard sur le monde changeait. »

Bastien souffle sur son thé et en boit une gorgée, avant d’égrener de tête les chiffres en question. Nombre de penalties sifflés en faveur de l’OM, nombre de ballons touchés dans la surface par les Marseillais entre chaque penalty, comparatif avec les autres clubs de Ligue 1 : le jeune homme est incollable. « C’est dur de rester insensible… » Il nous demande pardon et arrête de parler pendant quelques secondes, le temps de réprimer quelques larmes. « J’ai toujours détesté l’injustice. Au collège, j’étais dans le collimateur de l’intendant parce que je me suis plaint que les 3e avaient du rab de frites et pas les autres. Comme par hasard, il n’y avait jamais de mousse au chocolat quand je passais au self-service et j’ai dû manger de la compote de poire au dessert pendant quatre ans. Mais je n’ai rien lâché. »

La rencontre de la rue de la République change sa vie. Ce grand révolté a désormais trouvé son combat. Et va se trouver un allié, son ami d’enfance Nicolas Pluietown. « Il est sans doute moins à fleur de peau que moi. Je lui ai parlé des chiffres, il me disait que ça faisait effectivement beaucoup, mais je sentais que ce n’était pas suffisant pour qu’il s’engage vraiment dans la cause. » Bastien fait alors grimper son pote dans un TGV. « On en entend parler à longueur de journée, mais c’est dur de s’imaginer la réalité. De s’imaginer comment c’est sur place. Aller à la Commanderie lui a ouvert les yeux. »

Nicolas connaissait les chiffres, il découvre des visages. Celui de Konstantínos, qui a fui l’austérité grecque pour découvrir une autre forme de privation. Celui de Florian, ado qui cache son mal-être sous une tonne de Vivelle Dop. Celui de Dimitri, qui avait réussi à quitter cet enfer mais est revenu pour sa famille. Celui de Valère, toujours souriant malgré les circonstances. Tous sont d’une grande gentillesse. « Ce que les autorités leur font subir, c’est… Est-ce que vous tiendrez une semaine dans les mêmes conditions ? Ça doit forcément leur peser. Dimitri a par exemple le visage bouffi par le stress. Mais ils ne se plaignent pas. Ils veulent conserver leur dignité. »

De retour entre Rhône et Saône, Bastien et Nicolas sont plus que jamais convaincus de la nécessité de faire quelque chose. Après de longues nuits sans sommeil à discuter de la meilleure façon d’agir, les deux hommes décident de lancer une plateforme de financement participatif. Sur le site OMPenaltyProject.com, les supporters de l’OL sont incités à faire un don. Et rien n’a été laissé au hasard. Le site a ainsi été rédigé, bénévolement, par un ancien d’OLweb dans un style spécialement étudié pour toucher les fans de l’OL. « Nous, Lyonnais, souhaitons une plus grande compétitivité des adversaires. Voir prospérer les EBE des autres clubs de Ligue 1 permettra à moyen et long terme d’engranger des points UEFA, dans le respect du financial fair play. Constatant à regret le manque d’entregent des dirigeants marseillais, et ne pouvant rien faire pour leur manque de charisme, nous avons décidé de créer une cagnotte qui, utilisée avec à-propos, permettrait à l’Olympique de Marseille d’obtenir davantage de penaltys et ainsi de pouvoir lutter à armes égales avec l’Olympique Lyonnais. »

En ligne depuis deux jours, la cagnotte dépasse pour l’instant les prévisions de ses créateurs. « On ne pensait pas récolter autant aussi vite. Ça prouve que les gens sont prêts à s’engager pour des grandes causes. » Et cela ne devrait pas s’arrêter là. Les deux hommes ont en effet d’autres projets en stock. « On a mangé à la Mère Brazier avec Clovis Cornillac, Benjamin Biolay et Michael Jones hier. Ils ont tous été très touchés par le sort de l’OM et ont passé quelques coups de fil. Je ne peux pas encore vous donner de date, mais Les Enfoirés donneront un concert au Vélodrome et sortiront un album de reprises de Jul. Les profits iront entièrement dans la cagnotte. »

Ce matin, on apprenait aussi que Jérôme Jarre s’apprêtait à rejoindre les Bouches-du-Rhône pour apporter son aide. Dans une vidéo postée sur Twitter, l’influenceur expliquait que de nombreux Rohingyas lui ont demandé de s’occuper plutôt des Phocéens, plus durement touchés qu’eux. Quand on lui annonce la nouvelle, Bastien Benoît ne peut réprimer un sourire. « C’est magnifique de voir cet élan de solidarité. Je vais d’ailleurs vous faire une dernière confidence. Clovis a contacté un certain Jean-Michel Aulas. Il lui a transmis certaines vidéos et c’est dur de rester insensible devant ces images de fautes flagrantes pas sifflées. Vous connaissez l’influence du Préze. Il était très ému et il se pourrait bien que l’OM ait une bonne surprise dès ce week-end… »

Agence Transe Presse / ZZ pour le bureau de Lyon

(Photo OM)

5 Comments

  1. gégé

    4 janvier 2018 at 11:07

    Magnifique ! Plus vrai que nature !

  2. MJP 2604

    4 janvier 2018 at 11:35

    Excellent! Ça va égayer ma journée. On pourrait également lancer un appel pour les pleureuses de Sainté.

  3. rototo

    4 janvier 2018 at 12:38

    le site est down ^^

  4. OM_ADDICT

    4 janvier 2018 at 2:25

    Bonjour à tous,
    Article original, l humour est bien senti mais je ne comprends pas pourquoi une cagnotte… Ah si je viens de comprendre… Sans rancune

  5. bonne mére

    6 janvier 2018 at 1:38

    très bon article monsieur zadkine,j’ai beaucoup aimé la description de ces pauvres joueurs de l’ohéme,on peut s’imaginer sans peine le visage de ces povres ados meurtris dans leur chair.

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