Stats offensives : l’OL privilégie désormais la qualité à la quantité

OL

STATS. À quelques jours d’affronter le PSG dans un match qui permettrait, en cas de succès, de passer devant les triples champions en titre, l’OL peut se targuer de se trouver dans une dynamique très positive. Le succès à Metz (1-3) a en effet permis d’aligner une dixième rencontre consécutive sans défaite, avec six victoires lors des sept derniers matchs. Cette bonne période, notamment depuis le match face à Strasbourg, a débuté juste après la clôture du mercato estival, faisant écho à une prédiction de Rudi Garcia. Comment expliquer ce regain de forme des Lyonnais, qui avaient pourtant bien mal débuté le championnat ? Quelques explications en se basant sur les stats offensives.

Des centres avec parcimonie

Alors qu’ils ont souvent été moqués, en début de saison, pour la quantité astronomique de centres manqués, les Lyonnais ont largement diminué leurs ardeurs dans ce domaine depuis la fin du mercato. Sur les sept derniers matchs, l’OL effectue presque trois fois moins de centres par match (de 35 à 11,9 en moyenne par match), pour un nombre de centres réussis qui diminue beaucoup plus faiblement (de 7 à 4,6 en moyenne par match). Sur cette série, les matchs ayant vu le plus de centres lyonnais (16 contre Angers et Metz) ne dépassent en nombre aucune des rencontres des six premières journées (22 contre Bordeaux, le minimum lors des matchs ayant eu lieu durant le mercato). Ce drastique changement permet à l’OL de voir son taux de réussite sur les centres passer de 20% à 39%, soit presque le double.

(source WhoScored)

(source WhoScored)

La meilleure qualité de centres se voit également dans les expected goals (xG). Un centre réussi ne veut pas forcément dire un centre dangereux, mais simplement un centre qui trouve quelqu’un. L’étude des xG permet de remarquer que, en plus de réussir plus de centres depuis Strasbourg en valeur relative, ceux-ci trouvent des joueurs en meilleure situation. Lors des six premières journées, le xG d’un tir lié à un centre avait une valeur moyenne de 0,12 par tir. Cette statistique a grimpé à 0,20, soit près du double, lors des sept dernières journées.

Alors qu’en début de saison, les Lyonnais étaient critiqués pour centrer « dans le tas », pas très finement, de manière massive et face à des blocs défensifs bien en place, il faut bien constater que cette tendance n’est plus. Les centres sont désormais effectués avec parcimonie lorsqu’un décalage a été créé, pour un coéquipier visé se trouvant en bonne position. Le match contre Metz, avec un but de Memphis sur un centre en retrait et à ras de terre de Toko Ekambi, en a d’ailleurs offert un exemple. L’étude des tirs lyonnais montre d’ailleurs qu’ils suivent la même tendance que les centres.

Des tirs mieux placés

L’OL tire en moyenne moins souvent qu’avant sa bonne série. Et même beaucoup moins : 13,4 tirs par match en moyenne contre 20,7 au début de saison. Pour autant, l’OL marque plus, beaucoup plus : 2,43 buts par match en moyenne contre 1,17 au début de saison, soit plus du double. Ceci peut sembler presque absurde, le taux de conversion ayant triplé.

Mais les xG montrent que l’OL privilégie là-aussi la qualité à la quantité. Lorsqu’on regarde de plus près, on remarque que la qualité moyenne des tirs lyonnais a largement augmenté en passant de 0,11 xG à 0,17 xG (+55%), la médiane étant quand à elle passée de 0,05 à 0,08 (+60%). Lorsqu’un Lyonnais tire, il est en meilleure position pour marquer.

xG

(source Understat)

Ces deux paramètres expliquent pourquoi les xG/match sont restés relativement constants entre le début de saison et la série actuelle (2,28 vs 2,32 actuellement). L’OL privilégie désormais des tirs de meilleure qualité, mais au cumulé, le nombre de buts attendus n’a pas particulièrement évolué car l’OL tire en contre-partie beaucoup moins. Mais le nombre de buts réels a lui explosé. Comment expliquer cela ? Nous pouvons envisager trois facteurs, bien que cette liste ne soit pas exhaustive.

Premièrement, le manque de confiance. Les attaquants marchent en partie à la confiance et la réussite devant le but est souvent plus importante dans une équipe qui tourne bien. Via un cercle vicieux de mauvaises performances, la réussite des offensifs lyonnais n’était alors pas au rendez-vous lors des six premières rencontres. Ceci est mis en exergue par la terrible statistique suivante : les attaquants et les milieux de l’OL n’ont inscrit qu’un seul but hors penalty lors des six premières journées (Memphis face à Dijon). Grâce à l’enchaînement des bons résultats et des performances pas forcément excellentes mais en nette amélioration, la réussite devant le but est bien revenue chez les joueurs lyonnais.

Deuxièmement, cela peut également venir, du moins partiellement, d’un biais dans le calcul des expected goals. En effet, les xG sont calculés à partir de l’ensemble des tirs effectués dans les grands championnats depuis plusieurs saisons. Cependant, chaque équipe, chaque joueur, chaque saison et chaque match sont différents. Une idée serait de calculer les expected goals non pas à partir de tous les matchs des grands championnats sur plusieurs années, mais plutôt à partir d’un sous-ensemble plus précis, comme par exemple l’ensemble des matchs de l’OL sous Rudi Garcia. En effectuant un ajustement des valeurs pour correspondre plus précisément aux matchs de l’OL sous Garcia et non pas au football en général, on obtient que les expected goals sont passés de 2,16 entre les six premières journées à 2,47 sur les sept dernières (on vous épargne les calculs). Ces valeurs ajustées ne correspondent pas non plus parfaitement à la réalité, mais elles s’en rapprochent un peu plus. Dans les faits, cette légère convergence des valeurs ajustées signifie que, sous Rudi Garcia, l’OL a plus de mal à marquer que ce que les expected goals laisseraient à penser lorsque l’occasion est de faible qualité. Au contraire, l’OL marque un peu plus souvent que ce que laisserait penser les expected goals lorsque l’occasion est de meilleure qualité.

La troisième raison est plus générale et concerne le football en lui-même. Le score d’un match de football est très faible globalement, entre un et trois buts en général. Ceci est à mettre en perspective avec d’autres sports collectifs comme notamment le basket, qui tourne autour d’une centaine de paniers par match. Un faible score, causé par un faible nombre de tirs, donne lieu à une plus grande dose d’aléatoire sur la réussite d’un tir et sur les résultats d’un match. Cet aspect est une part importante de la beauté du football et donne lieu régulièrement, plus que dans beaucoup d’autres sports, à des exploits des petites équipes face aux grosses. Ce raisonnement est également applicable aux expected goals. Le pourcentage de réussite d’une équipe va tendre vers ses expected goals, mais cette convergence demande du temps, et puisqu’au football, les échantillons de tirs sont faibles, cette convergence se fait difficilement sur un seul match, et même sur plusieurs. Contrairement au basket, lieu de naissance de ce type de statistiques, où la convergence se fait beaucoup plus rapidement. En disputant plus de matchs et en augmentant la qualité de ses occasions, l’OL s’est rapproché de la tête du classement. Cela est aussi passé par un changement de philosophie.

Un renouveau tactique

Deux changements importants sont à noter, statistiquement, sur l’évolution philosophique de l’OL entre les six premières journées et les sept dernières.

Depuis le match contre Strasbourg, l’OL est beaucoup plus axial et n’hésite pas à transpercer le bloc adverse par l’axe (ou les half-spaces) via ses milieux et ses attaquants, là où, en début de saison, le contournement du bloc adverse par les latéraux collés à leur ligne était privilégié. Alors qu’en début de saison, 37% des passes clés (c’est-à-dire les dernières passes avant un tir) étaient effectuées par les latéraux, ce chiffre est passé à 28% depuis le match contre Strasbourg. Les combinaisons dans l’axe des attaquants sont également bien plus importantes, les attaquants représentant 35% des passes clés, contre 26% en début de saison (chiffres WhoScored). Ceci peut être en partie expliqué par le nouveau trio offensif Toko Ekambi – Memphis – Kadewere, sans doute beaucoup plus complémentaire que le trio Memphis – Dembélé – Toko Ekambi aligné en début de saison, Dembélé étant dans une mauvaise période et n’ayant jamais vraiment réussi à jouer avec le capitaine Memphis.

Une autre piste de réponse se trouve dans la possession, passée de 64,2% sur les six premiers matchs à moins de 50% en moyenne (49,7%) sur les sept derniers matchs (source : whoscored). L’OL ayant des atouts importants sur les transitions offensives rapides comme il l’a montré lors du Final 8 de la Ligue des Champions ou plus récemment sur son superbe second but face à Metz, lâcher un peu le ballon permet à l’équipe de profiter plus régulièrement d’espaces en transitions, arme importante et qui met même en danger des équipes jouant en bloc bas la majeure partie du match. Des changements philosophiques qui ont permis de redresser la barre après un début de saison manqué. Mais, alors qu’il reste plus de la moitié du championnat à jouer, l’OL peut-il continuer sur ce rythme ?

L’OL en sur-régime offensif ?

Avec l’efficacité retrouvée de l’OL, on peut se demander si l’équipe n’est pas en sur-régime offensif. Ce n’est pas vraiment ce qui transparaît des expected goals. Le club a inscrit 17 buts sur les sept derniers matchs, exactement ce que les xG lui promettaient (entre 16 et 17, selon l’ajustement ou non), et les chiffres indiquent plutôt un sous-régime en début de saison (7 buts sur les six premiers matchs, avec entre 13 et 14 xG ). La série actuelle ne constitue donc pas vraiment l’anomalie. Et pas non plus quand on regarde l’historique de la Ligue 1. L’OL tourne sur les sept derniers matchs à 2,43 buts par match, un total qui se situe entre la médiane du PSG des cinq dernières années (2,77) et la médiane du deuxième de Ligue 1 des cinq dernières années (1,84). Une position qui correspond aux ambitions de l’OL. Et un rythme offensif qui pourrait être tenable dans les grandes lignes par un club stable et qui n’a aucune autre compétition que la Ligue 1 à jouer cette saison.

Franck A.

(Photo Damien LG / OL)

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