Rudi Garcia et l’OL : faire bon ménage avant le coup de balai ?

Garcia

CHOIX TACTIQUE. Après un nouveau match décevant de l’OL à Lorient, Rudi Garcia cristallise les critiques et semble dans la même impasse qu’avant l’arrêt des compétitions en mars, sportivement et en termes de popularité. Si son cas pose probablement question aussi en interne, certains indices laissent penser que le club pourrait maintenir Garcia jusqu’à la fin de la saison.

Garcia résisterait-il à une nouvelle contre-performance face à Marseille ? La question se pose, et pas forcément juste dans les médias ou sur les réseaux sociaux… L’été mémorable d’un OL cornaqué par Garcia aurait pourtant pu valoir au technicien une assise confortée au sein du club. De la finale de Coupe de la Ligue au match contre le Bayern, Garcia a bel et bien imprimé sa patte avec des choix payants et surtout – enfin – stabilisés dans le temps (en tout cas sur quatre matchs). La défense à trois relançant Marcelo et Marçal, la touche Cornet, le milieu de terrain Caqueret-Guimaraes-Aouar, les statuts (notamment de Dembélé et Mendes) déboulonnés au bénéfice de profils cohérents avec un plan de jeu défini, des remplacements utiles : Garcia, reconnaissons-le, est allé chercher lui-même une recharge de crédit. Mais ses succès aoûtiens n’ont pas suffi. L’entraîneur de l’OL semble ne pas avoir gagné le moindre poids en interne. À son grand dam.

Octobre 2019 : Rudi amène

À son arrivée, Garcia s’accommodait pourtant très bien d’un rôle au périmètre restreint. Il en a même manifestement fait un argument d’embauche lors du désormais fameux entretien qui a tout fait basculer. Là où Laurent Blanc proposait un profil de manager demandant du temps, de la place dans l’organigramme et des moyens, Garcia se disait prêt à se contenter de ce qu’on lui donnerait. Pas loin, même, de se dire soulagé d’arriver dans un club structuré où il n’aurait pas à tout faire, adressant alors une petite crotte de nez à l’OM et un bon lot d’hommages appuyés à Aulas et Juninho. Pour ne pas rater une opportunité de rebond inespérée après sa dernière année cata à l’OM, Garcia a dit oui à tout.

Le meilleur, le pire, le plus drôle :
podcast bilan de la saison 2019/20 de l’OL

Y compris à une feuille de route téméraire. Aulas l’a bien expliqué : Garcia était prêt à « remettre le club sur le podium dès la trêve hivernale ». L’OL passe finalement les fêtes à la dixième place. Dès janvier, l’entraîneur sent peut-être que cette première promesse non-tenue pèse sur sa crédibilité. Garcia cherche de bonnes raisons à son retard, pointant notamment du doigt son effectif, avec la demande par exemple d’un défenseur central supplémentaire lors du mercato d’hiver. L’image de l’entraîneur qui valorise le groupe qu’il a, sur laquelle JMA semblait miser, se craquelle déjà.

Septembre 2020 : Rudi amer

Aujourd’hui, la non-qualification européenne, autre engagement tombé à l’eau, et le début de saison raté resserrent l’étau. Exposé, Garcia multiplie des contre-feux. Tous ne sont pas irrecevables sur le fond. Sur la forme, le technicien prend de moins en moins de pincettes, notamment quand il déplore un mercato subi ou le manque de disponibilité de joueurs de la réserve. Les compliments publics à son président et son directeur sportif se font de plus en plus rares.

On exprimait récemment notre prudence quant aux rumeurs « inside » décrivant avec précision des tensions internes. On reconnaitra quand même que l’ambiance actuelle au club semble pour le moins mitigée. Et qu’avant même cette rentrée difficile, quelques indices laissaient penser à la possible préparation d’un grand ménage. Antonin Da Fonseca (changement de fonction), Grégory Coupet (départ), Christophe Revel (arrivée) : les ajustements de cet été ont permis d’aboutir à un staff dont chaque membre est en fin de contrat dans un an. On peut y voir le signe avant-coureur d’un remaniement « total », avec l’arrivée d’un entraineur bien entouré (pas avec uniquement un spécialiste vidéo et un drone, quoi).

Octobre 2020 : embellie ou embolie?

Garcia a de quoi se sentir mis à l’épreuve… Sa dernière année à Marseille et ses cinq premiers mois à Lyon laissent craindre qu’il n’entre dans un cercle vicieux d’innovations tactiques frénétiques plus ou moins désespérées, entraînant des performances peu maîtrisées, entraînant elles-mêmes d’autres innovations tactiques… Peut-être surprendra-t-il. Avec la fin du mercato et un effectif figé, il sera toujours temps de mettre en place un système pérenne et travaillé, adapté à son groupe. C’est aujourd’hui sa posture (« La saison commence le 6 octobre »), et c’est de bonne guerre.

Mais si cette embellie n’arrive pas, le problème du coach continuera de pourrir la saison. Car licencier Garcia n’est pas une option si facilement envisageable. On l’a vu, l’idée semble être, en cas de changement, de faire de la place au staff du nouveau venu. Mais ce n’est prévu que pour 2021. Quid de Revel, Paolo Rongoni, Claude Fichaux, Claudio Caçapa et Gérald Baticle en cas de départ anticipé de Garcia ? Faire place nette en cours de route coûterait cher. Et cela, en admettant que le successeur rêvé de Garcia existe, qu’il soit disponible avec un staff et disposé à arriver en pleine saison galère. Ou à travailler pendant quelques mois avec un staff qu’il n’a pas choisi et qui se saura encore plus sur la sellette.

Juin 2021 : début d’un (vrai) nouveau cycle ?

L’option la plus envisageable, si Garcia devait réellement partir avant la fin de son contrat, serait a priori de promouvoir un ou plusieurs de ses adjoints. Mais il faudra que la saison se passe vraiment très mal pour qu’on en arrive là, Car remplacer Garcia implique d’autres considérations, notamment en termes de crédibilité - au-delà du manque de sex-appeal de la solution Baticle, dont la montée en grade ces dernières saisons n’a pas coïncidé avec grand progrès dans le jeu.  

Juninho en serait à deux échecs sur deux en moins de 24 mois, même si on lui prête un rôle plutôt passif dans le choix de Garcia. Pour Aulas, qui déteste se tromper et encore plus le reconnaître, c’est presque pire : on en serait à cinq licenciements sur les sept derniers coaches (Perrin, Puel, Fournier, Sylvinho et donc Garcia), sachant que l’un des deux autres est le controversé Genesio. Seul Garde sauve les apparences sur cette série.

L’attelage actuel semble donc avoir de bonnes chances d’être conforté jusqu’au bout. Un mariage de raison, avec un divorce quasi programmé dans dix mois qui rendra ceux-ci encore plus compliqués. Mais Garcia a besoin de se refaire une réputation et le club a besoin d’Europe pour envisager la suite le plus sereinement possible. Reste à savoir si une gestion intelligente de cette situation précaire serait envisageable dans un OL où l’équilibre des pouvoirs semble lui-même précaire et avec un entraîneur qui a toujours aimé étendre son influence en coulisses. Quand les solutions proposées donnent de tels maux de tête dès la cinquième journée, la saison s’annonce en tout cas longue pour tout le monde.

Eloi Pailloux

(Photo Damien LG / OL)

2 Comments

  1. o8

    29 septembre 2020 at 4:52

    J’ai visiblement posté mon commentaire un poil trop tôt sur l’autre article, alors je réitère :
    Juninho n’avait-il pas laissé entendre l’année dernière qu’on serait enfin débarrassés de Baticle ? Qu’en est-il ?
    A lire cet article, je suis désespéré. Il me semblait qu’on était à peu près tous d’accord pour dire qu’il faisait partie du problème de l’absence de cohérence de jeu sous Génésio. Comment peut-on envisager qu’il devienne entraineur ?? Je n’ai rien contre l’homme, que je ne connais pas, mais il faut tourner la page…

    • Hugo Hélin

      3 octobre 2020 at 10:04

      Je pense que le sous-entendu concernait la fin de son contrat : il termine lui aussi en 2021, et l’idée semble être de ne pas le conserver. Et je suis d’accord sur les compétences qu’il faudra effectivement interroger en voyant sa trajectoire (globalement il est entraîneur des attaquants sous Garde, adjoint pas principal sous Fournier et adjoint principal sous Genesio : on ne peut pas dire que son ascension s’accompagne d’une augmentation de la qualité de jeu…)

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>