« On ne reverra pas une équipe gagner cinq fois de suite la Ligue des Champions »

OL

FÉMININES. L’OL a perdu sa couronne européenne, et son entraîneur au passage, après cinq années à être les « reines d’Europe ». Un surnom qui est le titre du livre, en anglais, consacré aux Fenottes par Abdullah Abdullah, Pakistanais de 29 ans vivant aux Emirats depuis ses 6 ans et qui collabore aussi avec le club féminin de Houston Dash. Entretien avec cet improbable supporter de la section féminine.


Comment as-tu commencé à suivre le foot féminin ?

J’aime évidemment Chelsea féminin, mais autant chez les hommes je mets Chelsea en premier choix, autant chez les filles je mets Lyon en premier.

J’ai commencé à écrire pour le site Total Football Analysis en 2018. Je les ai rejoints parce que j’adorais le foot depuis longtemps et que je voulais en parler. C’était RB Salzburg contre RB Leipzig, j’ai beaucoup aimé le faire et j’ai continué à m’occuper du foot masculin. Et en 2019 on a d’une certaine façon été forcés de se mettre au football féminin avec la Coupe du monde : tout le monde devait écrire sur une équipe au hasard. J’ai tiré la France du chapeau. J’ai dû apprendre toutes les joueuses, les tactiques, voir comment elles jouaient. En football masculin je connaissais les joueurs, là j’ai dû vraiment commencer de zéro. Mais en le faisant j’ai commencé à vraiment apprécier l’équipe. Et une fois la Coupe du monde finie, on nous a donné la chance de suivre qui l’on voulait et j’ai dit allez !

Tes premiers souvenirs de foot féminin français concernent donc les Bleues. Et Lyon ?

J’ai commencé à supporter l’équipe de France parce que je les couvrais et que je me suis investi. Lyon, j’ai toujours bien aimé l’équipe masculine. Je suis plutôt un supporter de Chelsea depuis les années 2000. C’est comme ça que j’ai commencé à suivre le foot…

Quelle équipe de Chelsea ?

Celle d’Emmanuel Petit et Marcel Desailly !

Encore des Français !

Oui, ce sont les premiers qui me sont venus à l’esprit ! C’était une grosse équipe, avec Ranieri puis Mourinho. Quelques années plus tard, quand j’ai commencé à plus m’intéresser aux joueurs et au football européen, j’ai suivi le Lyon qui gagnait des titres. Kim Kallstrom, Gourcuff ensuite, Juninho évidemment, une légende, puis plus tard Alexandre Lacazette. Je ne les suivais pas aussi bien que Chelsea, mais c’était mon équipe par défaut sur Football Manager. Dès que je démarrais une partie je les prenais. Steed Malbranque aussi ! Quand j’ai commencé à m’intéresser au football féminin, j’ai entendu dire que Lyon était une très bonne équipe. Et encore la French Connection : j’ai dit laissez-moi suivre cette équipe, c’est ma deuxième équipe chez les hommes, je vais les supporter chez les femmes. J’aime évidemment Chelsea féminin, mais autant chez les hommes je mets Chelsea en premier choix, autant chez les filles je mets Lyon en premier.

« Delphine Cascarino gagnera le Ballon d’or à l’avenir »

Pour ton livre tu as regardé des vieux matchs de l’OL, pour évoquer la première victoire en Ligue des Champions il y a dix ans par exemple ?

J’en ai regardé pour découvrir et mieux comprendre ce qu’il se passait aujourd’hui. Les éléments tactiques du livre sont basés sur la dernière saison, mais j’ai basé le reste du livre sur des histoires. J’évoque les dix dernières années d’un point de général en tant qu’équipe avec des histoires, et les dernières saisons au niveau tactique.

Quel est ton point de vue global sur l’OL féminin sur cette période ?

En mettant de côté la saison actuelle, l’équipe a toujours su s’améliorer. Avec un noyau de joueuses, comme Renard, Le Sommer, Henry, la colonne vertébrale de l’équipe, ces cinq ou six joueuses qui sont celles autour desquelles elle était construite. Mais aussi avec une capacité à bien recruter. Chaque fois qu’une joueuse venait deux saisons pour tout remporter avant de repartir, ou qu’une joueuse importante partait, elle était bien remplacée.

Qui sont tes joueuses de l’OL préférées ?

Amandine Henry est sans doute ma favorite. C’est une des deux ou trois meilleures milieux défensives du monde, c’était la première joueuse que j’ai aimée quand j’ai regardé l’équipe de France, pour son style de jeu, son intelligence sur le terrain, ses passes. C’est le genre de joueurs que j’adore regarder, j’adore les milieux défensifs, et ces meneurs en retrait. En deuxième, puisque je vais tenter de faire un podium, je pense à Delphine Cascarino, une joueuse fantastique.

C’est notre Ballon d’or 2020 moral !

Oui, elle était tellement forte la saison passée ! Femme du match en finale (de la Ligue des Champions), et je pense que sans elle l’histoire aurait été totalement différente. Je pense que c’est une future Ballon d’or dans tous les cas et qu’elle le gagnera à l’avenir. Et en troisième, bien sûr Ada Hegerberg. Il est impossible de sous-estimer ce qu’elle apporte à cette équipe. Et on l’a vu lors de cette année et demie : si elle avait été là, je suis persuadé que ça aurait été une équipe différente. Quand elle n’est pas là, il vous manque automatiquement 30 buts. Donc Amandine Henry, Delphine Cascarino et Ada Hegerberg.

« Vasseur avait un plan, mais j’ai l’impression qu’il n’en avait pas de deuxième »

Tu es un peu inquiet pour Hegerberg ? Quand elle reviendra, ça fera deux ans qu’elle n’aura pas joué.

Ça va être dur. Je pense qu’il lui faudra quelques matchs pour revenir dans le rythme, mais que cette équipe de toute façon repartir de zéro la saison prochaine. Pour Ada, la première partie de saison est un bon moment pour revenir et être prête pour les grandes échéances, parce qu’il faut reconnaître que d’août à décembre une équipe comme Lyon est censée tout gagner.

Quel est ton point de vue sur Jean-Luc Vasseur, dont l’OL nous a semblé assez faible y compris dans le pressing par exemple.

Quand c’est contre le PSG ou la Ligue des Champions je regarde, mais quand c’est contre Guingamp je ne regarde pas. Tu sais qu’elles vont gagner, donc tu regardes peut-être un résumé mais c’est tout. C’est vrai qu’il y a un peu plus cet élément de surprise en Angleterre.

Je ne sais pas ce que les gens pensent, j’ai juste parlé à un ou deux supporters de Lyon qui avaient le même point de vue que moi : il avait un plan, mais j’ai l’impression qu’il n’en avait pas de deuxième. Les dernières saisons, les joueuses ont porté l’équipe. Vous aviez Ada Hegerberg en forme pour marquer des buts fantastiques, Lucy Bronze, Henry et Kumagai pour contrôler le milieu, Wendie Renard pour solidifier la défense et marquer sur coup de pied arrêté, Marozsán… Toutes ces joueuses étaient en forme et capables de porter l’équipe. Mais même la saison dernière quand c’était un peu plus compliqué, il n’avait pas vraiment de plan B tactiquement, c’était juste « Je vais changer cette joueuse, celle-ci et celle-là ». C’était la même tactique de pressing, la même tactique offensive et la même tactique défensive. Cette saison a d’une certaine façon mis en évidence son manque de sens tactique. Tout n’est pas forcément de sa faute, mais en tant qu’entraîneur de telles joueuses vous devez leur apporter quelque chose de plus, pas juste compter sur leur talent individuel.

« Il peut y avoir un effet Bompastor juste parce qu’elle inspirera le respect aux joueuses »

Comment tu vois le futur de l’OL ?

Je pense qu’il faut faire vraiment attention cet été. C’était un peu surprenant de se séparer de Vasseur maintenant et de ne pas attendre la fin de la saison, mais je suppose que l’idée est d’installer la nouvelle coach maintenant pour lui donner cinq matchs pour voir l’équipe et la comprendre, savoir comment elle veut la faire jouer et prévoir les recrutements de l’été. Au milieu par exemple, Egurrola est blessée, Gunnarsdottir est enceinte, Marozsan et Kumagai partent, il faudra du renfort. Surtout que le PSG est à un haut niveau et que le championnat sera plus disputé, tout comme la Ligue des Champions puisque les autres équipes progressent. Je ne pense pas qu’on reverra une équipe gagner cinq fois de suite la Ligue des Champions comme Lyon l’a fait. Tout n’est pas évidemment pas tout noir, mais il ne faudra pas se tromper cet été.

Tu as évoqué le championnat, comment tu le suis ? L’écart est tel qu’on avoue qu’on a du mal à regarder les matchs hors PSG en D1, et que la saison de l’OL se résume donc à une poignée de matchs.

Je ne vais pas vous mentir : je fais la même chose ! Quand c’est contre le PSG ou la Ligue des Champions je regarde, mais quand c’est contre Guingamp je ne regarde pas. Tu sais qu’elles vont gagner, donc tu regardes peut-être un résumé mais c’est tout. C’est vrai qu’il y a un peu plus cet élément de surprise en Angleterre. Là où Lyon est quasiment assuré de remporter ses matchs, Chelsea a 70% de chances de gagner contre Brighton, Reading ou Aston Villa. Elles peuvent l’emporter 4 ou 5-0, mais sur un match il peut y avoir une surprise. On l’a vu : Brighton a été la première équipe à battre Chelsea cette saison. J’ai vu le résultat et je me suis dit que c’était impossible. City, United ou Arsenal ont fait des nuls. Il y a plus d’équipes compétitives en FAWSL, et ça améliore le reste du championnat. L’écart est plus important en France, les deux meilleures sont bien plus fortes que le reste. Les clubs anglais vont poser de plus en plus de problèmes, même si le Bayern peut aussi gagner cette saison.

On a évoqué l’actualité en parlant de Vasseur, mais qu’est-ce que tu penses de Sonia Bompastor ?

Je sais qu’elle fait partie de l’histoire de Lyon et que c’était une joueuse fantastique. Ce que j’aime avec ce choix, c’est que c’est une nomination lyonnaise : c’est quelqu’un qui connaît par cœur Lyon, qui comprend ce que cela signifie de jouer pour ce club. Dans un moment où l’équipe ne joue pas si bien, il peut y avoir un effet Bompastor juste parce qu’elle inspirera le respect aux joueuses. Je ne sais pas ce qu’elle vaut tactiquement, et on va le découvrir, mais d’un point de vue management je pense que c’est un bon choix.

Dernière question : si tu pouvais recruter une seule joueuse à l’OL, ce serait ?

Je réclamais ce transfert plusieurs mois avant la blessure de Damaris (Egurrola), que j’adore aussi et qui est aussi une excellente recrue : Ingrid Engen, de Wolfsburg. Je pense vraiment que ça peut être une joueuse utile, surtout avec les départs. Je la recrute sans réfléchir.

Propos recueillis par Hugo Hélin

(Photo Damien LG / OL)

One Comment

  1. o8

    29 avril 2021 at 11:27

    Un peu étonnant d’écrire un livre sur l’histoire de l’OL féminin en ayant si peu de connaissances du cheminement (surtout que ces dernières années sont les moins enthousiasmantes côté jeu). Bon, pourquoi pas, mais j’espère que ça ne coupera pas l’herbe sous le pied de projets plus érudits.

    Sinon, tellement content de la nomination de Bompastor ! Quelle joueuse extraordinaire, à la fois arrière gauche, 8, 10, 11. On pourrait la cloner et en mettre 11 sur le terrain. Si je devais faire une équipe all-star mixte, je mettrais Cafu à droite et Sonia à gauche.

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>