On était à Ménival FC – AS Bron Grand Lyon (Coupe de France)

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COUPE DE FRANCE. On était au stade Alexandre Morin pour la suite de nos aventures en Coupe de France 2020, dont on a vu pour l’instant un match à chaque tour. Avec cette fois un international en numéro 10 !

C’est sans doute le fait d’avoir auparavant été à Fourvière, Vaise ou la Croix-Rousse, mais jamais jusque-là on n’avait autant eu l’impression d’être dans un clip de rap français. Des narguilés en plein air, des chaises pliables Décathlon pour être confortablement installés même sur les quelques rangées de béton qui servent de tribune ou sur l’herbe d’un talus, et des mecs qui suivent le match avec un mégaphone depuis le parvis d’une des tours qui entourent le terrain : sous un ciel alternant entre le soleil qui cogne les fronts et les grosses gouttes tombées de nuages lourds, on pourrait s’attendre à entendre à n’importe quel moment des punchlines vocoderisées.

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On se contentera de la voix de Gones s’entraînant à jongler sur la piste d’athlé et qui, comme partout en France, fredonnent que « c’est Marseille, bébé ». Quelques minutes plus tard, alors que le match vient juste de démarrer, une conversation entre ces jeunes du club nous apprendra qu’un des joueurs de Ménival a visiblement été pro auparavant. « Rachid le numéro 10, il a joué en Ligue 2 et même en Ligue Europa avec Nicosie je crois ! » On guette alors le 10 des bleus foncés, brassard au bras et barbichette qui le rend facilement reconnaissable, et on se lance dans des recherches Google un peu désespérées, mais qui portent leurs fruits.

La comparaison des résultats Google Images est en effet sans appel : le capitaine de Ménival est Rachid Hamdani, formé à Nancy avec qui il a disputé deux bouts de match en Ligue 1. Et qui a ensuite bel et bien connu la Ligue 2 pendant quatre saisons avec Clermont, puis la Ligue Europa avec l’Apollon Limassol et l’Asteras Tripolis (on n’en voudra pas à des gamins d’une dizaine d’années d’avoir confondu avec Nicosie), et qui a même eu l’honneur de porter le maillot du Maroc à deux reprises lors des qualifications pour la Coupe du monde 2010.

A 35 ans et dans une équipe de Départemental 1 (le neuvième niveau de la hiérarchie française), l’ancien milieu défensif joue aussi haut que son numéro de maillot le laisse entendre, quasiment en deuxième attaquant. Pas dit qu’on aurait deviné instantanément son pedigree si les Gones ne l’avaient pas évoqué, mais une déviation toute en finesse, une récupération haute grâce à un pressing déclenché dans le bon tempo, un dribble sans donner l’impression de forcer ou une passe en profondeur parfaitement dosée permettent effectivement de constater une supériorité sans ostentation de la part d’Hamdani, même si on aurait presque aimé le voir plus bas pour dicter le rythme d’une rencontre qui en a souvent manqué.

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Mais qui aura tout de même réservé une fin de match dramatique, surtout pour les supporters de Ménival. Le premier club de Samuel Umtiti menait jusque-là grâce à un penalty inscrit juste avant la pause et voguait vers un petit exploit qui ne ressemblait pas à un exploit tant leur adversaire, qui évolue un cran au-dessus en R3, était facilement contrôlé. Sorti pour cause d’adducteurs qui sifflent, Hamdani a pourtant vu du banc Bron marquer trois fois lors des dix dernières minutes, dont l’une quelques secondes après un poteau de Ménival sur coup franc suivi d’un réflexe du gardien des visiteurs pour dégager du pied le ballon alors que quelqu’un traînait pour égaliser.

Les Brondillants, qui jouaient ce dimanche avec des maillots jaunes au flocage « Coupe du Rhône » tellement vintage qu’il laissait présager qu’il était d’époque, ont donc gagné le droit de récupérer les maillots Coupe de France fournis par la FFF à partir du quatrième tour. Une récompense qui équivaut quasiment à une ligne au palmarès pour les footballeurs amateurs. Et même pour un ancien pro comme Hamdani, venu à Ménival pour « jouer avec des amis et prendre du plaisir » et qui avait décroché ce Graal l’an dernier lorsque le club était allé jusqu’au cinquième tour. « L’esprit de compétition ne disparaît pas. Quand tu vois que tout le monde est euphorique pour les maillots, tu te prends au jeu aussi ! »

Hugo Hélin

(Photos Hugo Hélin / Le Libéro Lyon)

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