Qui se souvient encore de Lucas Tousart ?

Tousart

PERDU DE VUE. Il y a un an, se préparait le transfert de Lucas Tousart vers le Hertha Berlin, avec une vente en janvier et un prêt à l’OL jusqu’à la fin de saison. Cet anniversaire rappelle l’ancien numéro 29 au souvenir des supporters, qui s’étonneront pour certains d’avoir si rapidement « oublié » le passage de celui qui bénéficiait pourtant d’un statut de taulier bien établi dans le vestiaire lyonnais. Une absence de manque qui résume peut-être l’évolution globale du milieu de terrain depuis l’arrivée de Juninho.

« On a besoin d’un autre profil devant la défense […] Quelqu’un de fin techniquement, qui aime le ballon et qui fasse jouer son équipe, un patron. Lucas Tousart a un profil plus physique. » Le 28 mai 2019, lors de la présentation de Sylvinho, Juninho se laissait aller à cette petite déclaration. Dans les jours qui ont suivi, celle-ci a été largement qualifiée de maladresse d’un directeur sportif débutant dans les médias. Juninho apportera d’ailleurs ce qui ressemble à une nuance, sinon un démenti (« Je me suis mal exprimé le premier jour. Il a un profil très intéressant. »). On peut, certes, y voir un peu trop de franchise : il aurait été possible de parler du secteur de jeu sans citer de nom. Les observateurs auraient d’ailleurs pu s’intéresser au message de fond plutôt qu’à la « polémique ».

Un peu moins d’un an et demi après cette conférence de presse, le message de Juninho prend une tournure moins polémique et finalement plus réjouissante. Le milieu de terrain est devenu un secteur fort de l’OL, parfois considéré comme supérieur à celui du PSG. L’ensemble des recrues dans cette zone est estampillé Juninho : Thiago Mendes, Jeff Reine-Adélaïde, Jean Lucas, Bruno Guimaraes, Camilo et Lucas Paqueta (dans l’ordre d’arrivée). Maxence Caqueret, très apprécié du Brésilien, a également éclos dans l’équipe. Il serait trop long de résumer les trajectoires, très hétérogènes, de chacun d’entre eux. Il est plus court et pas inintéressant de se pencher sur celle de Tousart.

L’ancien Valenciennois a beaucoup joué la saison passée (37 matchs sur les 44 disputés par l’OL). Il l’a d’ailleurs débutée en tant que titulaire, au côté de Thiago Mendes, envisagé par beaucoup comme son concurrent et finalement aligné plus haut, en tant que relayeur. Ce statut ne souffrira pas de l’effritement de l’équipe de Sylvinho, ni de l’arrivée de Garcia. Il perdurera jusqu’au mercato hivernal, pendant lequel le milieu de terrain est considéré comme indispensable, l’OL négociant âprement avec un Hertha Berlin pourtant prêt à le payer très cher la possibilité de le garder jusqu’à la fin de la saison. Et quand Guimaraes a pris, dès ses premières minutes de jeu, le rôle du taulier en 6, Garcia a cherché une formule qui lui permette de garder Tousart dans le onze-type, le resituant en relayeur. Et lui offrant par là même un regain de forme inattendu pour ses derniers matchs avec l’OL, avec une grosse performance et un but en apothéose lors du match aller contre la Juventus (1-0).

Puis le Covid-19 est arrivé, le championnat s’est arrêté, et Tousart est parti fin juin, coincé par la fin de son prêt par le Hertha, que le club allemand n’a pas voulu prolonger. Son absence pour la finale de Coupe de la Ligue et le Final 8 est alors considérée comme un coup dur pour l’OL. Et pourtant, il ne manque guère dans la parenthèse enchantée du mois d’août 2020, incarnée au milieu par Guimaraes, Caqueret et Aouar. Et si le système à trois défenseurs de Garcia se dispense plus facilement d’un 6 du profil de Tousart, c’est moins vrai pour le 4-3-3 actuel dans lequel on envisage traditionnellement une « sentinelle » entourée de deux milieux plus joueurs. Pourtant, Tousart ne manque toujours pas – alors que les supporters lyonnais ne sont pas les derniers à regretter les joueurs partis sous d’autres cieux.

Une forme d’oubli sans doute provoquée en partie par ses débuts difficiles en Bundesliga, qui n’ont pas permis de voir les traditionnels reportages élogieux quand un Français aligne quelques bons matchs à l’étranger. « Comme Tousart est le transfert le plus cher de l’histoire du Hertha, les attentes étaient – et sont toujours – très grandes », rappelle Jan Schultz, journaliste à OneFootball, qui raconte que les interrogations sur le positionnement de Tousart n’ont pas disparues lorsque celui-ci a traversé le Rhin. Si le Français l’a plutôt convaincu sur ses deux derniers matchs en tant que sentinelle, il attend en effet toujours de le voir s’imposer semaine après semaine. « Comme le début de saison a été vraiment mauvais (avec une défaite 4-5 en coupe contre l’Eintracht Braunschweig, équipe de deuxième division), le coach Bruno Labbadia a rapidement eu pour priorité de stabiliser la défense. Le défenseur central Niklas Stark a été placé en milieu défensif et Tousart a dû remonter d’un cran en milieu relayeur. C’est là qu’il a surtout joué pour l’instant. Et tu peux voir que ce n’est pas la meilleure position pour lui. La construction repose toujours sur d’autres joueurs et il ne crée pas beaucoup de danger devant le but, ni par des passes décisives ni par des buts. Il n’a été impliqué dans aucun but pour l’instant. A cause de ça, il a déjà été étiqueté de flop par certains, surtout que Guendouzi qui jouait à côté de lui est plutôt dangereux devant le but. »

Les habitués du Libéro Lyon se rappellent forcément de l’agacement que Tousart a pu susciter en ces pages, par la rareté de ses contributions à la construction du jeu, qu’il desservait même parfois par son réflexe de la passe latérale/en retrait. L’idée ici n’est pas plus de se donner raison a posteriori que de se faire plaisir à critiquer un joueur qui n’est même plus dans l’effectif. Admettons même qu’il y avait de la posture de notre part lors des derniers mois de Tousart à l’OL et considérons les arguments de ceux qui le défendaient alors : la ténacité, l’état d’esprit, l’utilité à la récupération. Les deux premiers, qui se rejoignent, sont incontestables. Le troisième a commencé à perdre de l’épaisseur quand les chiffres ont établi, dès l’hiver dernier, qu’un Caqueret tout juste émergent grattait plus de ballons que lui. Quoi qu’il en soit, personne ne considérerait aujourd’hui que l’OL a perdu au milieu en ténacité, état d’esprit ou capacité de récupération. Le poste de six est aujourd’hui occupé par Thiago Mendes, avec pour suppléant Guimaraes. Deux profils différents de Tousart, dans le sens où leur capacité à harceler le porteur de balle adverse ne les résume pas et se combine à un vrai sens du jeu vers l’avant. Un chouïa plus haut, Caqueret et Paqueta jouissent également d’une belle réputation liée à leur capacité à répéter les efforts tout en restant des milieux joueurs.

En reconstruisant un milieu de terrain qui ne distingue plus, par défaut, les aptitudes « récupération » et « construction », Juninho a clairement changé la nature de ce secteur de jeu qu’il connait très bien. Son investissement et sa réussite dans ce travail dans certains coups immédiats (souffler Guimaraes à l’Atletico, relancer un Paqueta en proie aux doutes, notamment) ou différés (Thiago Mendes enfin au niveau, en attendant Jean Lucas ?) ne gâtent rien. Reste à savoir s’il a le même nez pour appliquer cette recette à d’autres postes. On imagine que si ça doit se faire, ce sera sans doute via le remplacement de joueurs pas dénués de qualité, mais peut-être un peu trop mono-registre, par des profils plus complets.  

Tout pour avoir un impact positif et rapide (et l’on ne parle pas de la hausse de 728% des abonnements OLTV en Algérie) Publiée par Le Libéro Lyon sur Mercredi 13 janvier 2021

Eloi Pailloux (propos de Jan Schultz recueillis par HH)

(Photo Hertha BSC)

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