OL : Maxwel Cornet – Melvin Bard, une histoire de piston(né)

Bard

AUTORITÉ DE LA CONCURRENCE. Maxwel Cornet est convoqué lors de la conférence de presse d’avant-match organisée ce jeudi. Une présence qui laisse augurer, dans la pratique, d’une titularisation pour le match en question (OL-Nîmes, vendredi soir). Et qui dit Cornet titulaire dit Melvin Bard remplaçant, sauf surprise (retour de Cornet à un poste plus offensif ou Bard recentré). Un choix qui va sans doute faire parler.

Depuis le démarrage de la Ligue 1 contre Dijon (et en particulier lors de ce match), Maxwel Cornet illustre bien un phénomène peu surprenant : l’OL que l’on a vu du premier au 20 août contre le PSG, la Juventus, Manchester City et le Bayern a quelque chose de non reproductible une fois le Final 8 achevé, quand l’opposition redescend de deux ou trois niveaux. Tactiquement et dans l’esprit, Cornet a répondu présent début août (même si sa contribution décisive aux deux premiers buts munichois est souvent passé sous silence). Dans un cadre stratégique bien particulier, son don de soi incontestable et son coffre ont été remarquablement valorisés. Mais contre Dijon, le rôle de « piston gauche » prend une autre tournure, impliquant une présence dans le camp adverse 80 % du temps, le plus souvent avec le ballon. La performance de centreur compulsif, tête baissée et maladroit pour couronner le tout, proposée ce soir-là à Décines, a déjà suffi à sérieusement rogner la bonne impression qu’il avait laissée début août. Ses sorties à Bordeaux et Montpellier, laborieuses bien que moins caricaturales, ont entériné le retour des soupirs blasés sur ses prises de balle.

Cornet cale, Bard propre

Rien de très nouveau pour un joueur très souvent critiqué, à tort ou à raison. Ce qui change, en revanche, c’est la nature de la concurrence. Là où un Bertrand Traoré suscitait tout autant de lassitude, Bard inspire beaucoup d’espoir. Soyons clair : le phénomène « Académie » joue probablement un rôle dans l’enthousiasme de nombreux supporters pour le John Arne Riise d’Écully. Un supporter lyonnais digne de ce nom se doit d’emballer un minimum le moteur pour un joueur formé au club. Mais les bonnes perfs de Bard débordent, cette fois, un peu du cadre de la réserve. Ses matchs amicaux de juillet, mais surtout ses deux entrées (c’est certes peu) contre Dijon et à Montpellier ont permis une comparaison directe avec Cornet. Plus réfléchi, plus propre, mais pas moins dynamique ou impliqué, Bard a contribué à redonner un peu d’intérêt à deux matchs a priori pliés. De quoi créer l’envie de le tester en tant que titulaire contre Nîmes (on ne parle pas de l’installer définitivement à ce stade). D’autant que l’adversaire semble raisonnablement abordable, et que Cornet commence à montrer un peu d’usure après avoir enchaîné les sept matchs disputés depuis la reprise (634 minutes jouées sur 660 !).

Ce ne sera donc a priori pas le cas, et c’est là qu’il faut évoquer Rudi Garcia. L’entraîneur de l’OL n’a jamais montré un emballement absolu pour Bard. Arrivé en octobre dernier à la tête d’une équipe en retard sur ses objectifs, coincé par ses promesses de redressement immédiat, Garcia a voulu jouer la sécurité en s’appuyant sur les joueurs chevronnés de son effectif. Après plusieurs semaines au club, il avouait ainsi n’avoir pas pris le temps de se pencher sur le cas Bard. Et dans une saison 2019/20 où le poste d’arrière gauche était sinistré (Youssouf Koné et Fernando Marçal oscillant entre blessures et déceptions, pour rester poli), il ne lui aura donné qu’une mi-temps à jouer, préférant les dépannages de Rafael, Léo Dubois et donc Cornet.

Cornet à piston

La préparation estivale a offert un cadre plus relax au technicien lyonnais, qui a donc fini par donner sa chance à Bard. Les amicaux ont confirmé un potentiel certain. Assez pour dévorer tout cru le fragile Koné et conforter le bien-fondé d’un replacement de Marçal dans l’axe. Mais pas suffisant pour déloger Maxwel. Les aventures aoûtiennes jouent probablement un rôle majeur (et plutôt objectif) dans la cristallisation de la hiérarchie à gauche dans la tête de Garcia. Difficile de croire, toutefois, que tout relève uniquement du sportif. Pour l’entraîneur en fin de contrat l’été prochain, ce mois d’août est une caution : après sa dernière année cata à l’OM, et cinq premiers mois compliqués à l’OL, il court après une crédibilité qui s’effrite. Il est essentiel pour lui qu’on associe davantage son travail à une demi-finale de Ligue des Champions qu’à une septième place en Ligue 1. Or, « Cornet arrière gauche » est à la fois un ingrédient des succès de l’été, que le joueur a même en partie incarnés avec son but contre City, et un choix 100 % Garcia. Il y a donc de fortes chances qu’il s’y accroche très fort, même quand ce choix apparaîtra plus raisonnable…

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Pour certains supporters, on en est déjà à ce stade. Un motif d’espoir, pour ceux-là : si obtus, ou guidé par des motifs « politiques » qu’il soit, Garcia n’en a pas moins fini par se rendre à l’évidence, à un autre poste. Ses réticences ostensibles à faire confiance à Caqueret dans la durée (dédicace au double pivot Tousart-Denayer à Saint-Pétersbourg) ont fini par exploser. Il faudra peut-être un peu de temps et un petit coup de pouce des circonstances (comme le départ forcé de Lucas Tousart avant la fin de la Ligue des Champions, qui a ouvert la voie à Caqueret), mais si Bard est à la hauteur de la réputation qu’on lui prête, même Garcia devrait finir par s’en rendre compte.

Eloi Paillol

(Photo Damien LG / OL)

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