OL : l’échec Juninho plutôt que l’échec de Juninho ?

Juninho

HUMEUR. Deux ans et demi après son retour en tant que directeur sportif à l’été 2019, Juninho s’apprête déjà à quitter l’OL. Si le Brésilien n’a pas toujours pris la mesure de son nouveau costume, le club lyonnais a aussi raté cette nouvelle aventure avec le meilleur joueur de son histoire.

Il y a un peu plus d’un an, le Libéro Lyon marquait sa distance avec les infos « inside » qui fleurissent à chaque période de questionnement à l’OL. On ne va donc pas prétendre savoir, dans le détail, ce qui se passe autour de Juninho aujourd’hui, ou depuis deux ans et demi. Les tensions avec Ponsot ou les désaccords sur la cellule de recrutement n’ont jamais été évoqués ouvertement par le directeur sportif, ou par d’autres sources de première main. On essaiera donc de rester sur quelques éléments plus tangibles pour esquisser un diagnostic tout en évitant le storytelling bon marché.

Sylvinho, un pêché originel à resituer

L’un des reproches que l’on envoie le plus volontiers dans les dents de Juninho est le choix Sylvinho, « alors qu’il avait carte blanche ». Une lecture qui paraît toutefois un peu rapide. Les options du nouveau directeur sportif étaient pourtant contraintes : il fallait trouver un entraîneur sans staff, puisque Baticle, Caçapa, Coupet et De Fonseca étaient encore là. Certains ont avancé que JMA souhaitait garder des oreilles et des yeux dans le vestiaire. Garcia, qui a expliqué que le président l’appelait tous les jours durant son mandat, valide peut-être ce type d’hypothèse.

Issu du monde de l’entreprise, Aulas n’a peut-être pas imaginé la contrainte que représente, dans le foot, le fait d’imposer des subordonnés à un cadre technique. Reste que les coachs prêts à signer dans un club ambitieux sans assistants sont quand même plus nombreux dans la catégorie des débutants (Sylvinho), ou de ceux qui sont prêts à tout pour se relancer (Garcia), que dans celles des cadors ayant pignon sur rue. Juninho n’a, c’est un fait, probablement pas trouvé le meilleur des entraîneurs dans le choix qui lui était laissé, mais parler de « carte blanche » parait exagéré.

Les 9 points problématiques
de Sylvinho à la tête de l’OL

Les mains pas si libres…

La signature de Garcia était une idée de Gérard Houllier, les deux hommes l’ont confirmé. Il est désormais a peu près admis par tous que Juninho n’a, dans ce choix, pas été très actif. Quand à l’arrivée de Peter Bosz, rappelons qu’elle n’est intervenue que parce que Galtier a décliné le poste. Deux profils si différents qu’il semble facile d’imaginer deux cerveaux différents pour les envisager. Au regard de la relation qu’ils ont révélé depuis, on se permet ici l’hypothèse d’une préférence de Juninho pour Bosz, quand Galtier a tout du choix aulassien.

Partant de là, un constat : au moment du choix des trois entraîneurs de son mandat, le directeur sportif semble n’avoir jamais eu la priorité et/ou une liberté de choix totale. Il aura aussi travaillé avec deux directeurs du recrutement : Maurice, déjà en place avant son arrivée, puis Cheyrou, pour lequel l’influence d’Houllier a été évoqué assez clairement lors de son intronisation. De tout ça, ressort une impression qui ne semble pas juste sortie des fantasmes de supporters aveuglés par leur passion pour Juninho : celle d’un directeur sportif qui n’a pas vraiment eu les mains libres.

…mais le dos très large

Un autre rappel : la toute première fois où le nom de Juninho a été évoqué par Aulas, c’était deux ans avant son arrivée, à la fin de la première année pleine de Genesio. Une sortie alors analysée comme une tentative de rassurer l’opinion après une saison difficile, malgré la demi-finale de Ligue Europe. Cet épisode a probablement alimenté la suspicion, à l’été 2019, d’une nomination de Juninho en tant que paratonnerre. L’icône intouchable et sans prérogative, juste là pour mieux faire accepter les orientations du club aux supporters. Il serait grossier, deux ans et demi plus tard, de valider cette théorie brute.

Reste que le grand cirque d’Aulas, répétant à l’envi que le choix récent le plus contesté à l’OL (Garcia) était signé Juninho, alors que même l’intéressé a clairement exprimé le contraire, montre que le président lyonnais n’a pas totalement écarté l’utilisation de son directeur sportif comme bouclier. En définitive, Juninho s’est vu reprocher le choix Sylvinho par l’essentiel des observateurs, attribuer le choix de Garcia par son président, et la responsabilité de l’échec de Garcia par Garcia. S’il a répondu aux attaques de l’ancien entraîneur marseillais, le Brésilien a accepté le reste par manque de mordant, ou par corporatisme. On peut quand même comprendre qu’il ait mal vécu ces épisodes.

Juninho à l’OL,
le grand 8

Organigramme foireux

Juninho n’a pas été bon dans tout, et ses idées n’ont pas toutes été excellentes, même en tenant compte de la marge restreinte qui lui était laissée. Sylvinho, Jean Lucas ou Henrique peuvent être brandis sans trop trembler par ses détracteurs (on cite les Brésiliens, pour lesquels la responsabilité lui est plus facilement imputable vu de l’extérieur que pour les autres). Ce qui transpire le plus du mandat de Juninho, malgré tout, c’est l’impression d’un organigramme subi et fouilli autour de lui. Au moment de « prendre du recul », malgré sans doute les meilleures intentions du monde, Aulas a raté la passation en morcelant sans doute trop son omnipotence.

Houllier, Ponsot, Juninho, Maurice puis Cheyrou, et même Garcia dans une certaine mesure (on pense ici à son opposition à Juninho pour l’histoire du décrassage d’Aouar à Angers, ou à De Sciglio – avant de très vite ré-oublier l’Italien) se sont partagés les prérogatives et l’influence auprès d’un président qui ne s’est pas tant éloigné du sportif que ça (voir encore une fois les appels quotidiens rapportés par Garcia). C’est un acte manqué sans doute pas délibéré, mais JMA n’a de toute évidence pas su réellement passer le témoin et les pleins pouvoirs, pas plus à Juninho qu’aux autres. Difficile de donner une direction claire à un club quand il faut convaincre/contourner deux ou trois autres têtes pensantes.

Aulas renvoyé à sa succession ratée

Sur la communication, enfin, Juninho n’a pas toujours été magique. La manière et le timing liés à l’annonce de son départ confirment une forme de naïveté, voire un certain manque de clairvoyance sur le poids de ses sorties. Il est impossible d’estimer l’impact direct qu’a eu cette séquence sur le terrain dernièrement, mais il est clair qu’elle sème le trouble autour du club. Est-ce une manifestation de la légèreté du Brésilien sur le registre de la communication, ou souhaite-t-il donner, enfin, un coup de pied dans la fourmilière au moment de partir ? Difficile à dire.

Reste qu’après avoir donné longtemps l’impression d’avaler les couleuvres en silence, cette sortie créatrice de remous attire l’attention sur certains dysfonctionnements à l’OL, longtemps supposés et encore difficiles à décrire dans le détail, mais qui paraissent de plus en plus clairs. Rien ne permet de dire que ce dernier petit shoot changera quoi que ce soit. Mais, une fois de plus et peut-être pour de bon, Jean-Michel Aulas est renvoyé à l’organisation de sa succession au club, entamée il y a quelques années et sportivement ratée. À ce niveau, et avec leurs excès, leurs partis-pris et leur mauvaise foi, une grande partie des supporters semblent bien avoir atteint un point de non retour blasé.

Diagnostics approximatifs en vue

Les observateurs « extérieurs », quant à eux, risquent fort de rester à la surface. Dans ce registre, le passage du Brésilien au poste de directeur sportif était déjà résumé lors de sa première conférence de presse. En évoquant publiquement les limites de Tousart au milieu, Juninho avait révélé ses idées de jeu ambitieuses autant que son manque de sens politique. Les médias étaient alors restés sur l’écume en soulignant uniquement la maladresse sous l’angle polémique, et en se dépêchant de rapporter le propos à Tousart, alors en sélection, sans s’intéresser au fond du problème. On se prépare à une analyse similaire. Faute d’un suivi suffisamment proche du club, et sans doute dupés par l’image de pleine réussite drainée par Aulas depuis si longtemps, les observateurs évoqueront probablement « l’échec de Juninho », et non pas ce que beaucoup de supporters perçoivent davantage comme « l’échec Juninho ».

Eloi Pailloux

(Photo Damien LG / OL)

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>