OL – La Gantoise (1-2) : Gerland, morne plaine

OL

LES NOTES. Pour sa dernière soirée européenne, Gerland a bu le calice jusqu’à la lie et a vu son OL perdre à la toute dernière seconde après avoir ouvert le score. Le Grand Stade devra donc attendre au moins jusqu’à la saison prochaine pour vivre ses premières émotions continentales. Ce n’est peut-être pas plus mal. 

 

Mardi 24 novembre, 5e journée de Ligue des Champions

Olympique Lyonnais – La Gantoise 1-2

Buts : Ferri (7e) pour Lyon, Milicevic (32e) et Coulibaly (90e+5) pour la Gantoise

Avertissements : Bedimo (38e) et Ferri (48e) pour l’OL, Nielsen (16e), Neto (25e), Foket (58e), Kums (75e), Asare (87e) et Raman (90e+3) pour La Gantoise

OL : Lopes – Rafael, Bisevac, Yanga-Mbiwa, Bedimo – Malbranque (Darder, 64e), Tolisso, Ferri (Cornet, 85e) – Valbuena, Lacazette, Ghezzal (Beauvue, 74e). Entr. : Hubert Fournier.

La Gantoise : Sels – Nielsen, Mitrovic, Asare – Foket, Neto, Kums, Saief – Dejaegere, Depoitre, Milicevic. Entr. : Hein Vanhaezebrouck.

Lopes 3
Rafael 2
Bisevac 2
Yanga-Mbiwa 2
Bedimo 2
Malbranque 2
Tolisso 2
Ferri 3
Valbuena 2
Lacazette 3
Ghezzal 3

 

Peu avant minuit, en ce 24 Novembre 2015, les lumières du Stade de Gerland ont cessé d’éclairer l’Europe pour la dernière fois. 114 rencontres plus tard, les rideaux sont tombés sur ce qui restera comme l’une des plus grosses débâcles de l’histoire contemporaine du club. Bien entendu, le passé européen de l’OL n’est pas dénué de zones d’ombres. Aux soirées étoilées ont souvent succédé les blessures des batailles perdues. Mais cette campagne, désastreuse par sa forme comme par son fond, rejoindra les souvenirs honteux de sorties par la petite porte, au même titre que les batailles de Maribor, Denizli, Liberec ou encore Nicosie.

La chute est d’autant plus violente, et le réveil d’autant plus douloureux, que la dynamique de cet OL 2015/2016 est aux antipodes de celle de la saison dernière. Les attentes générées par le retour en Ligue des Champions (un quasi droit divin) d’une équipe prometteuse, jeune et enthousiaste ont été douchées par un seul petit point obtenu en cinq rencontres dans un groupe unanimement vu comme abordable.

 

Le même film en boucle

Ce match face à La Gantoise – doublement sublimé par la dernière européenne de Gerland et par la victoire du Zénith face à Valence à l’heure de l’apéritif – ne fut qu’une nouvelle répétition des autres rencontres de Ligue des Champions de la saison. Comme un mauvais film qui tourne en boucle, on a pu revoir presque à l’infini les mêmes causes reproduire les mêmes conséquences. On ne s’attardera pas sur une composition d’équipe qui, si elle avait au moins le mérite d’apporter quelques changements après la défaite à Nice, portait les stigmates du brouillard complet dans lequel se trouve l’OL en ce moment : Mapou Yanga-Mbiwa, probablement auteur de l’une des pires séries de prestations défensives de l’histoire de l’OL, Steed Malbranque, qui n’avait vu le terrain que quelques minutes depuis le début de la saison et Rachid Ghezzal, qui n’était même pas dans le groupe à Nice quelques jours plus tôt, étaient tous alignés d’entrée.

Comme toujours, l’OL a semblé porter une application toute particulière à foncer dans le mur, encore et encore. L’équipe d’Hubert Fournier s’est appliquée à répéter sans cesse les mêmes erreurs : des débordements ponctués de centres imprécis pour quelques attaquants dépassés par la densité numérique et athlétique de la Gantoise, un manque de réalisme ou d’adresse chronique dans la surface adverse, une naïveté confondante en phase défensive et notamment sur coups de pied arrêtés, des corners à deux incapables de créer du danger, rejoués à l’infini ou presque et enfin une incapacité à capitaliser sur ses temps forts et à prendre confiance après avoir ouvert le score. Cette équipe donne l’impression de se replier sur elle-même, paralysée, quand elle mène, et de n’avoir aucune solution lorsqu’elle doit reprendre l’avantage ou recoller au score. Une fois de plus, les Lyonnais ont reçu une leçon tactique de la part de Vanhaezebrouck – sa défense à 3, son bloc et sa capacité à l’animer malgré des individualités parfois limitées sont remarquables. L’OL a donné l’impression d’une équipe bornée, prisonnière d’une volonté d’avoir le ballon et de faire le jeu contre vents et marée, sans inventivité ni créativité, et sans jamais vraiment se demander pourquoi elle voulait l’avoir, ce ballon. A cette insistance quasi-suicidaire, le Zénith a opposé son jeu de contre et sa verticalité, la Gantoise un bloc dense et organisé sur lequel sont venues inlassablement se briser les vagues lyonnaises.

Les jeunes lyonnais étaient là pour apprendre : le plus frustrant, c’est que cette répétition inlassable des mêmes éléments match après match nous laisse l’amère impression qu’ils n’ont justement rien retenu.

 

Tactique rigide et leçon de football

L’OL aura reçu une leçon tactique de la part d’une équipe bien moins classée à l’indice UEFA, mais qui peut se targuer de posséder tout ce que cet OL n’a pas : une adaptabilité tactique, une cohérence collective, une confiance en ses qualités alliée à une conscience aigüe de ses limites. C’est peut-être là la grande force de la Gantoise : savoir ce qu’elle ne sait pas faire. En opposant à cette formation au mérite immense un 4-3-3 d’une terrifiante rigidité, Hubert Fournier n’a pas trouvé les clés. Sa défense s’est montrée terriblement fébrile, à l’image d’une charnière centrale Bisevac-Yanga Mbiwa new look. Ses latéraux ont alterné le bon et le moins bon, avec ces nombreuses montées stériles. Son milieu fut une caricature : une sentinelle vissée devant la défense en la personne de Corentin Tolisso; deux relayeurs dont on n’a jamais compris lequel était vraiment supposé être le plus offensif et lequel devait se concentrer sur les tâches défensives. Résultat, à part sur le but, Alexandre Lacazette aura été le seul joueur d’axe offensif quasiment toute la rencontre. Ses ailiers sont restés collés à la ligne de touche. Lorsque par miracle ils n’allaient pas centrer pour une tête belge, ils n’ont su convertir leurs occasions.

Est-ce un hasard que sur l’une des rares actions où la rigidité bétonnée de ce 4-3-3 d’université a été remise en cause (rentrée dans l’axe d’un joueur de côté – Ghezzal – et appel en profondeur de l’un des 3 milieux –Ferri -), l’OL a marqué? L’ironie de l’histoire, c’est que cette séquence étonnante de fluidité et de dépassement des fonctions a été amenée par… une perte de balle de la Gantoise.

 

Et maintenant, le néant?

On pourrait passer plus de temps sur les notes et les cas individuels – mais ce soir, ce n’est pas ce qui compte. Au-delà des individualités, c’est un collectif, un club, un système qui a failli. L’échec lyonnais dans cette campagne de Ligue des Champions a cela d’effrayant qu’il est un échec systémique. Il est l’échec d’un coach dont les limites tactiques auront été exposées avec une violence inouïe match après match et dont l’absence totale de cohérence dans la gestion de son groupe jette un doute légitime sur ses compétences. Il est celui d’un staff et de dirigeants ayant consenti un effort financier considérable pour renforcer une équipe et dont les investissements les plus coûteux oscillent aujourd’hui entre le désastre complet (Mapou), l’erreur de casting manifeste (Beauvue), la demi-déception (Valbuena) et un point d’interrogation sous-utilisé (Darder). Il est celui d’un encadrement médical qui n’aura encore une fois pas réussi à protéger ses joueurs. Il est enfin celui d’individualités dont les demandes financières satisfaites et la prétention à un nouveau statut n’auront été suivies que de comportements nocifs pour la vie d’un groupe, démontrant une immaturité préoccupante dans leur accueil des nouvelles recrues et leur gestion d’une concurrence supplémentaire, accompagnés de performances bien en-deçà de ce qu’ils ont pu montrer par le passé.

Cet OL avait un devoir. Celui de représenter le football français. Celui de faire honneur à un stade qui aura vu s’écrire les plus belles pages de l’histoire de ce club. Celui de redresser une trajectoire bien mal engagée, à la force du poignet. Cet OL a failli. Dans la grande Histoire européenne de Gerland, cette dernière page restera à jamais froissée, humide, honteuse. Puisse-t-on un jour leur pardonner.

Étienne M.

(Photo Frédéric Chambert / Panoramic)

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