OL : crise du manque d’exigence, crise de déconnexion à la réalité

Cornet

HUMEUR. L’image est issue d’un long format de RMC Sport qui revient sur le nul contre Leipzig (2-2), et forcément sur les incidents ayant suivi malgré la qualification. Alors que l’équipe de l’OL est réunie au centre du terrain et refuse de saluer les tribunes, Rudi Garcia est en train de convaincre ses joueurs d’y aller. Maxwel Cornet arrive alors en se plaignant de la bronca reçue à la pause.

Clarifions tout de suite les choses : le boycott des célébrations d’après-match par les joueurs peut se tenir, ou du moins se justifier. Ne serait-ce que par le traitement reçu par Marcelo, loin d’être exempt de tout reproche avec son ego mal placé (et celui de sa femme) qui ne l’a que très rarement amené à remettre en cause son niveau sportif ou à faire profil bas en période de crise, mais qui est après tout l’un de leurs coéquipiers.

Mais les joueurs auraient dû savoir comment mener leur lutte : en rentrant directement aux vestiaires sans passer par la case tergiversation au centre du terrain (qui leur a peut-être toutefois été imposée) et surtout en laissant Memphis Depay et Houssem Aouar, les deux fuoriclasse de l’effectif et les deux héros du jour, jouer les délégués syndicaux, en étant les seuls à porter la décision et à l’expliquer ensuite devant les micros.

Car il y a quelque chose d’irrémédiablement comique à voir Cornet expliquer que les supporters du Parc OL ne sont pour rien dans le fait d’avoir rattrapé deux buts (une vision qui peut se défendre elle aussi, nous ne sommes d’ailleurs pas nous-mêmes persuadés que l’ambiance fasse marquer des buts) alors qu’il a lui-même disputé… zéro minute ce mardi. Et d’autant plus comique, ou tragique, alors que l’Ivoirien fait partie de ces joueurs moyens bien au chaud à l’OL. Une Institution où offrir une poignée de prestations correctes en 200 rencontres (il y est presque, oui, oui !) suffit à s’assurer un rond de serviette pendant bientôt cinq ans, et même à se voir offrir une prolongation de contrat (signée fin septembre).

Comique, mais pas illogique. L’OL semble en effet avoir fait du manque d’exigence sa culture d’entreprise. Incapable depuis des saisons d’aligner deux matchs convaincants technico-tactiquement d’affilée, sans même parler de gagner des titres, l’Institution n’a par contre jamais semblé s’en émouvoir. Un podium acquis sans la manière signifie que la saison est réussie, et dans le cas contraire il doit bien y avoir quelque chose de positif à retirer des coupes, et dans le cas contraire l’EBITDA va bien. Donc tout va toujours bien.

Un manque d’exigence qui conduit forcément à une déconnexion à la réalité, qui ne manque pas d’illustrations ces dernières saisons : la sous-estimation de la lassitude des supporters envers Bruno Genesio, la sur-estimation de son équipe par ce dernier (avec cette séquence surréaliste où il expliquat en avril dernier que seules cinq équipes en Europe faisaient mieux que l’OL, sans même citer par exemple Liverpool) ou Marcelo réécrivant allègrement l’histoire sur ses performances, allant jusqu’à se servir de l’algorithme WhoScored pour montrer qu’il faisait partie des meilleurs défenseurs de Ligue 1 la saison passée, ce que même ses défenseurs les plus acharnés n’osent pas.

Rien de surprenant donc à imaginer que Cornet était sans doute sincèrement persuadé d’avoir fait « plein de bonnes choses » après son occasion manquée contre l’Ajax en 2017 et d’avoir « retourné la tendance » avec un public avec qui il s’était « réconcilié », comme il l’expliquait au Progrès il y a deux semaines. Tout comme il a dû être sincèrement surpris et déçu d’entendre son équipe sifflée après 45 minutes d’une indigence folle et sans aucune idée de jeu alors qu’elle jouait sa survie européenne.

La seule bonne nouvelle de l’histoire, c’est qu’elle va peut-être permettre de faire un ménage que l’OL n’avait jamais fait par manque d’exigence. Il va en effet devenir difficilement tenable de rester à Lyon pour Marcelo et Cornet. Qui vont donc peut-être se retrouver victimes collatérales d’un manque d’exigence qui les a certes déconnectés de la réalité, mais dont ils avaient bénéficié auparavant, eux qui n’auraient pas dû survivre à autant de mercatos dans un club qui se donnerait les ambitions de ses moyens.

Hugo Hélin

(Capture d’écran RMC Sport)

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