OL : le beau plutôt que le but

Memphis Depay

HUMEUR. Les supporters lyonnais ont toujours une petite appréhension au moment où Bernard Lacombe prend la parole. Plus rare médiatiquement depuis quelques années, l’ancien attaquant de l’OL se distingue parfois avec des citations douteuses, comme lorsqu’il répondait à une auditrice de RMC en 2013 : « Je ne discute pas avec les femmes de football. Je le dis parce que c’est mon caractère. C’est comme ça. Qu’elles s’occupent de leurs casseroles et puis ça ira beaucoup mieux. » On se souvient également de sa réaction au moment de la nomination de Bruno Genesio en 2016, un choix contesté par certains supporters : « Alors, ceux-là, qu’ils ne viennent pas me gonfler ! Ils sont supporters, qu’ils supportent et restent à leur niveau. Comment osent-ils critiquer les choix du club ? »

« Le football, il y a un moment où il faut les mettre au fond »

Bref, Bernard Lacombe est, si l’on veut utiliser un euphémisme poli, quelqu’un qui n’a pas sa langue dans sa poche. Ce vendredi, avant le match entre l’OL et Nîmes, l’ancien conseiller de Jean-Michel Aulas était invité au micro de RTL et interrogé sur sa relation avec les attaquants actuels de l’OL. Les conseille-t-il, comme il a pu le faire avec certains de leurs prédécesseurs, notamment Karim Benzema ? « Bof, c’est compliqué là, c’est plus compliqué… Parce qu’il y a des gars, ils font le beau geste pour le beau geste. Le football, il y a un moment où il faut les mettre au fond. »

Une citation passée inaperçue (il faut dire que Lacombe a aussi sorti une ou deux punchlines plus lacombesques comme « Quand vous faites venir un gars de la pampa, il va faire des discours, mais il ne sera pas plus efficace. ») et qui peut pourtant expliquer en partie l’irrégularité lyonnaise des derniers mois. En effet, les atouts offensifs lyonnais sont majoritairement des artistes, plus que des tueurs. Ils jouent, au sens premier du terme. Memphis cherche parfois à alimenter son compte Instagram plutôt que d’assurer un geste plus juste et moins spectaculaire. Traoré est capable de feintes de corps d’une élégance rare, mais aussi de choix incompréhensibles.

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Certains peuvent le regretter, d’autres s’en réjouissent : les attaquants lyonnais ne sont pas des attaquants réalistes, froids et sans merci face au but. Ils sont imprévisibles, audacieux, parfois nonchalants, parfois géniaux. Lorsqu’ils réussissent, l’OL gagne des matchs (et le surnom d’Exploits Individuels FC), mais quand l’inspiration est moins bonne, tout est beaucoup plus difficile. L’an dernier à la même période, les attaquants lyonnais étaient en surperformance totale avec 20 buts inscrits pour 13.57 expected goals. Autrement dit, la qualité individuelle et la réussite des buteurs lyonnais permettaient aux Gones de marquer beaucoup plus que prévu. Cette année, pas d’euphorie offensive : avec 16 buts marqués pour 16.62 expected goals, l’attaque lyonnaise est loin de l’état de grâce du début de saison précédente.

Mais se lamenter éternellement sur le manque de réalisme des attaquants lyonnais ne sert à rien. Il est important de prendre conscience de deux choses. D’abord que c’est ce côté génial qui permet à l’OL de battre des adversaires comme Manchester City cette année ou le PSG à domicile l’an dernier. Le beau geste sera parfois raté, mais c’est aussi un moyen de réaliser des exploits. Ensuite que sans ce caractère artistique et donc parfois peu réaliste, certains joueurs seraient déjà très loin de l’OL. Un Memphis plus sobre, un Traoré plus efficace ou un Ndombele plus inspiré dans les 25 derniers mètres évolueraient déjà dans des top clubs européens. Si les joueurs cités progressent, ils s’en iront très rapidement, car la régularité et la constance sont les qualités qui leur manquent pour accéder au plus haut niveau.

Lacombe ne s’en plaignait pas en janvier…

Regretter le manque de réalisme, c’est regretter que les attaquants lyonnais soient ce qu’ils sont. Certes, le fait que le secteur offensif lyonnais soit essentiellement composé de génies intermittents pose question. Est-il pertinent de recruter et d’aligner autant de joueurs de ce profil ? Dembélé parviendra peut-être à remplacer Mariano dans le côté pragmatique et tueur (en moins individualiste, espérons-le). Mais dans tous les cas, pour avancer, il faut cesser de se plaindre du manque de réalisme et commencer à composer avec. Memphis fera encore des choix collectifs sans queue ni tête, préférant tirer d’une position improbable plutôt que de décaler le latéral qui arrive lancé. Mais il marquera quelques buts ainsi, de 25 mètres comme du milieu de terrain. Il progressera collectivement s’il le peut et s’il le veut, mais en attendant, l’OL n’a pas d’autre choix que d’accepter ce défaut dont Lacombe ne se plaignait pas lorsque le Néerlandais propulsait le ballon dans la lucarne d’Areola en janvier dernier.

Blâmer continuellement le manque de réalisme, de chance, de réussite ne servira par définition jamais à rien. Comme le disait le mentor de Pep Guardiola, Juan Manuel Lillo : « En tant qu’entraîneur, tout ce que vous pouvez faire, c’est empêcher autant que possible la chance de jouer un rôle. » Le projet de jeu, la tactique et l’organisation servent à réduire au maximum les paramètres aléatoires d’un match de football. À l’OL, et surtout dans le secteur offensif, ces paramètres sont sans doute beaucoup plus nombreux qu’ailleurs. Ou plus aléatoires.

Timothée Piron

(Photo UEFA)

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