Nom de code : K.G.B. (1988-1990)

KGB

SOUS L’HORLOGE. A la fin des années, alors que le bloc soviétique est à l’agonie et que la Guerre froide touche à sa fin, l’OL entre dans l’ère pas vraiment marxiste-léniniste de la présidence Aulas. Empêtré en deuxième division depuis 1983, sujet à un déficit chronique, le club lyonnais est restructuré par les méthodes plutôt libérales du jeune PDG de la CEGID. Pendant que Gorbatchev est en pleine Perestroïka en 1987, JMA met lui en place le plan OL-Europe, véritable planification de conquête du football français.

Le triumvirat Aulas-Lacombe-Domenech, sorte de Præsidium du Soviet suprême de l’OL, crée le Kabongo-Garcia-Bouafia, communément appelé le KGB, une arme offensive redoutable, qui deviendra l’un des meilleurs systèmes de déverrouillage des défenses adverses du monde. Ou du moins du groupe B de la deuxième division du championnat de France de football. Retour sur une page pas si secrète de l’histoire de l’OL.

Kabongo

L’agent K

Eugène Kabongo est né en 1960 à Kinshasa au Zaïre. Il est un avant-centre complet, puissant et adroit devant le but. Après un passage réussi au Racing Paris puis une saison à Anderlecht, il arrive, libre, à Lyon en juin 1987. Sa signature est le premier grand coup de l’ère Aulas. Ses 17 buts lors de la saison 1987/88, suivis des célébrations extatiques de Marc Jean, le speaker de Gerland (« But du numéro 11 de l’OL, Eugène KabongooOOOOOO ! ») font de lui le héros des supporters. Ses prestations ne suffisent malheureusement pas à hisser l’OL en D1, avec un échec en barrages pour la troisième saison d’affilée (Caen, après Mulhouse et Cannes). Son entente avec les deux autres attaquants de l’équipe, Jean-Pierre Orts et Franck Priou, n’est pas vraiment au beau fixe. Les trois hommes, qui semblent souvent évoluer dans le même registre, en viennent aux mains après la débâcle contre Sochaux (1-7) en août 1987.

Le onze cauchemar
de Gerland

L’agent G

Surnommé « El Turco », Claudio Omar Garcia est pourtant bien Argentin. Né en 1963 Buenos Aires, il fait ses classes à Huracán et à Vélez. Sélectionné en équipe d’Argentine, il est oublié par Carlos Bilardo pour la Coupe du monde 1986 suite à un désaccord avec ce dernier. Il débarque à Lyon en juin 1988 pour la somme record de 12 millions de francs. Il est décrit par son compatriote Hector Subiat comme « un joueur capable à tout moment de changer de course, de s’arrêter et de repartir brusquement grâce à un souffle inépuisable. »

"El Turco" avec un de ses fans, qui pouvait lui aussi s'en mettre beaucoup dans le nez.

« El Turco » avec un de ses fans, qui pouvait lui aussi s’en mettre beaucoup dans le nez.

L’agent B

Ali Bouafia, international algérien, est né à Mulhouse en 1964. Formé dans le club local, il devient rapidement un titulaire important de l’équipe première alors entraînée par un certain Raymond Domenech. Après une expérience décevante à l’OM (il n’y joue que 14 matchs en 1987/88), il rejoint son ex-entraîneur du FC Mulhouse à l’OL en juin 1988. Il est décrit par son entraîneur comme un attaquant qui a besoin d’espace et qui va vite balle au pied. Les chevauchées de Mouche (sa maman l’appelait « Abrouche » que ses amis ont transformé en « Mouche ») sur le côté gauche sont redoutables.

bouafia

KGB, les pions qui venaient des trois

Le KGB est aligné pour la première fois en match officiel le samedi 16 juillet 1988 à Gerland contre Nîmes, et il frappe d’entrée puisque Garcia marque le but de la victoire dans les dernières minutes de la rencontre. Entre ce 16 juillet 1988 et le 16 mai 1990 (date du dernier match de Kabongo à l’OL), l’association Kabongo-Garcia-Bouafia a des stats cumulées, toutes compétitions confondues, de 77 buts et 29 passes décisives. Le trio brille surtout en 1988/89. En championnat de France de D2, cette saison-là, les trois joueurs sont alignés ensemble à 31 reprises sur 34 matchs et inscrivent 43 des 66 buts de l’OL, soit 65% du total des réalisations lyonnaises.

Un match va particulièrement marquer les esprits. A Sète, le 23 juillet 1988, pour leur deuxième match en commun, les trois joueurs se régalent. Kabongo inscrit un triplé, Garcia et Bouafia marquent chacun un but. Entre 1988 et 1990, Garcia et Bouafia, à eux deux, délivrent 16 passes décisives à Kabongo. Sur le terrain, les percées de Mouche sur le côté gauche et le jeu tout en rupture de l’Argentin, permettent au numéro 11 de l’OL de trouver les espaces ou de reprendre les centres millimétrés de l’Algérien.

Le rouge n’est plus tendance

Le trio offensif contribue grandement au retour de l’OL dans l’élite après six ans d’attente. Malheureusement sur les pelouses de Division 1, la ligne d’attaque de l’OL s’essouffle. A l’automne, Kabongo souffre d’une blessure à la cuisse et manque plusieurs matchs. Doublés par François Brisson dans la hiérarchie des attaquants, Bouafia et Garcia sont mis en concurrence.

Durant l’hiver 1990, alors que le vent des révolutions souffle encore sur l’Europe de l’Est et que l’Union soviétique se disloque, le KGB de l’OL, comme celui de Moscou, vit ses dernières heures. Les trois joueurs sont titularisés simultanément une dernière fois le dimanche 17 décembre 1989 contre Metz et ils jouent leurs 13 dernières minutes communes le 25 février 1990 en fin de match contre l’ASSE. Le rouge n’est plus vraiment tendance. L’OL jouera désormais en blanc. Kabongo quitte Lyon en juin 1990, suivi de Garcia en décembre de la même année. La fin d’une époque.

Après le KGB

Kabongo arrête sa carrière en 1992 après une dernière expérience au SC Bastia. De retour au Zaïre, qui deviendra la République démocratique du Congo en 1997, il se lance en politique. Proche de l’opposition, il est arrêté et emprisonné plusieurs mois entre 1998 et 2000. Il devient ensuite successivement ministre des sports du nouveau régime, puis député. Parallèlement il fonde une école de football et est nommé sélectionneur national en 2002. Ces dernières années, il a présidé la Ligue congolaise de football.

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Relégué en équipe réserve après les arrivées successives de Roberto Cabanas et d’Aziz Bouderbala, recrues vedettes de l’été 1990, et barré par l’émergence de Guillaume Masson, Claudio Garcia repart en Argentine à l’automne 1990. Il évolue dans plusieurs clubs, rejoue en sélection et remporte même deux Copa America en 1991 et 1993. Il met un terme à sa carrière de joueur au début des années 2000. Il se lance, sans trop de succès, dans le métier d’entraîneur dans des clubs de divisions inférieures. Très populaire en Argentine, il réapparaît à la télévision en 2020 dans Master Chef.

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Ali Bouafia reste à l’OL jusqu’en 1992. Le samedi 15 septembre 1990, il entre dans la légende du Derby en délivrant une passe décisive improbable au défenseur stéphanois Sylvain Kastendeuch. Il quitte l’OL en 1992 pour Strasbourg, puis Sochaux, Lorient, Créteil et Guingamp, en continuant inlassablement, ses débordements sur son côté gauche. Il raccroche ses crampons en 2000 mais persiste dans le monde du football en devenant successivement directeur de sportif de l’EAG puis recruteur à Strasbourg et Monaco. Depuis quelques années, il est correspondant sportif pour le journal Ouest-France.

Précisions

L’autre KGB de l’OL, le Kop Gens Bouin, voit lui aussi le jour dans la deuxième partie des années 80. Il est le nom que se donnent les plus fervents supporters du club situés au centre de la tribune Jean-Bouin de Gerland. Il précède et accompagne les premières tentatives de structuration de ces amoureux de l’OL qui deviendront, un peu plus tard, les Bad Gones. Les différents bars/restaurants/discothèques ayant porté ce nom dans la région lyonnaise n’ont a priori aucun lien avec les supporters ou le trio d’attaque. MSN, BBC… L’histoire du football a vu apparaître d’autres emprunts à des acronymes connus mais le KGB, souvent copié mais jamais égalé, demeure le plus redoutable trio d’attaque. En tout cas pour les supporters nostalgiques des maillots rouges de l’OL.

Phanou Herko

3 Comments

  1. Gege

    5 avril 2021 at 7:52

    Le début de l’article souligne un point intéressant : le management d’Aulas à son arrivée pour supprimer le déficit et remettre l’OL en D1.
    Ce serait super d’en apprendre plus sur cette période.

  2. o8

    6 avril 2021 at 11:30

    Bel article

  3. kabongo

    7 avril 2021 at 6:47

    Enfin!

    J’allais à Gerland pour entendre : « But du numéro 11 de l’OL, Eugène KabongooOOOOOO ! »

    C’est devenu ma madeleine et mon pseudo.

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