Nîmes-OL (2-5) : journal de bord d’un suiveur du multiplex

OL

LES NOTES. Si on se moque souvent de l’attractivité de notre chère Ligue 1, un rendez-vous ne manque jamais de nous plaire : les multiplex à 10 matchs. Heureusement que cette abondance de football était là pour meubler notre dimanche soir, car si l’OL a tremblé en début de match, il a vite affirmé sa supériorité face à des Nîmois trop fragiles. Monaco a également gagné : l’avenir européen de Lyon se jouera donc dimanche prochain contre Nice.

Les notes de l’OL (par un mec qui a regardé le match en entier) : Lopes 4 – Dubois 6, Marcelo 3, Denayer 3, Cornet 5 – Guimaraes 6, Caqueret 7 – Paqueta 8, Aouar 7, Toko Ekambi 3 – Memphis 7

S’il y a bien une qualité unanimement reconnue aux Lyonnais, c’est bien l’amour de la diversité. C’est pourquoi en ce dimanche soir décisif, et bien que logiquement très impliqué émotionnellement dans l’action aux Costières, je ne suis pas devant le match de l’OL à 21h, mais à table avec une famille à fond pour le PSG. Il est donc possible qu’au moment même du coup d’envoi d’un match décisif pour le seul Olympique, j’acquiesçais poliment à l’évocation d’un « Allez les verts » opportuniste.

Pour ne froisser personne, j’ai également accepté de me passer des arabesques de Cornet sur son aile et de ne mettre « que » le multiplex. Il y a du charme dans cette façon de vivre un match clé : certes, je n’aurai aucun avis sur la qualité du jeu, et je serai obligé de croiser les avis lus le lendemain sur les réseaux sociaux. Qui serai-je pour nier que Mendes a bien mouillé le maillot et qu’Aouar a été trop indigent ? Finalement, peut-être que les supporters qui racontent n’importe quoi ne sont que des gens qui ont souvent des dîners.

A chaque musique reconnaissable, avouons-le : malgré le match à l’extérieur, malgré l’adversité qui joue le maintien le couteau entre les dents, on s’attend à voir Memphis se boucher les oreilles, Paqueta danser, ou Cornet faire semblant qu’il a tout à fait voulu envoyer ce centre dans le petit filet opposé. « But à Nîmes », douce musique à mes oreilles donc, jusqu’à deviner un maillot rouge : ils l’ont fait, l’OL a réussi à être mené à Nîmes. L’incompréhension fait place à une amère habitude lorsqu’on découvre comment ce but a pu arriver, à savoir via une passe en retrait indigne de Marcelo. Les buts se succèdent alors dans la course au maintien, mais on ne pense plus qu’à une chose : le ridicule dans lequel l’OL est en train de plonger la tête la première.

Paqueta et Memphis, comme d’habitude

A peine le temps d’expliquer à mon beau-père pourquoi Monaco va déclarer la guerre à la France d’ici la fin de l’année que le couperet « But à Nîmes » tombe à nouveau. Va-t-on sombrer définitivement dans le tragique ? Non, car Paqueta n’a mis que peu de temps avant de remettre les pendules à l’heure. J’ai à peine regardé le but, trop concentré sur le simple soulagement d’avoir un peu de frisson qui m’attend pour le reste de la soirée.

L’autre combinaison de mots clés de la soirée résonne : « But à Monaco ». Oui mais voilà : sur mon Wifi campagnard, les images de MyCanal sont floues comme notre projet sportif pour la saison prochaine. C’est un joueur en rouge qui a marqué, l’occasion de vivre une seconde de doute : et si Bruno Genesio, l’enfant du pays qui nous manque tant, avait fait sa magie ? Non, la célébration Kamehameha ne laisse que peu de place au doute, c’est bien Monaco qui vient de remettre Lyon à sa place du con.

Devant la succession d’événements, et alors que je suis encore à table, je pense à aller chercher mon ordinateur pour noter l’ordre des événements avant de les oublier et de devoir faire de cet article un copier-coller de dépêche AFP. C’est le moment que choisit Memphis Depay pour slalomer dans la défense nîmoise et éclaircir les perspectives de ses supporters. « Il est inconstant Depay, non ? » me lance mon beau-père au moment du ralenti : il est donc temps pour moi de passer 5 minutes à lui faire une réponse qu’il n’avait pas vraiment demandée.

La mi-temps se terminera avec des confirmations : aux Costières d’abord, où Lyon montre qu’il a le niveau pour battre une future équipe de Ligue 2, et Paqueta que même si on l’apprécie en gratteur de ballons, il est souvent décisif quand placé haut. A Louis II ensuite, où le but de Golovin réduit le niveau de suspense de la soirée à peau de chagrin. On se prend alors à vibrer pour la lutte pour le maintien, à regarder fébrilement Lille – Saint-Etienne sans forcément savoir ce qu’on en attend, voire même à se demander quel est le film du soir sur TF1.

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Le multiplex, heureusement

Rien à signaler en début de seconde période, puisque Canal ne daigne pas nous montrer l’arène (rapport à la ville de Nîmes, que je connais très bien puisque j’y ai passé 2 jours à l’été 2019). Des comptes Twitter m’affirment que Lyon souffre en début de deuxième acte, mais comment savoir si c’est vrai ou si ce sont de vils influenceurs qui cherchent à déstabiliser mon institution chérie ? J’en suis donc réduit à me passionner pour Bordeaux-Lens.

Je l’avoue donc : au moment où la sirène retentit pour saluer le 4e but lyonnais par Houssem Aouar, j’étais en train de vérifier quel est le film du soir sur TF1. Heureusement, grâce aux 3-4 minutes de retard sur la réalité que nous octroie MyCanal, tout le salon a pu me prévenir à l’avance, et j’ai eu l’occasion de me préparer mentalement. Heureusement, car l’action est splendide : dommage que le score déjà large et la victoire monégasque aient retiré de mon petit corps toute l’intensité émotionnelle que j’avais à 21h.

Intensité émotionnelle il n’y aura pas non plus sur le 2e but nîmois : 3 personnes différentes m’auront écrit pour s’en plaindre avant que je ne voie l’action. D’ailleurs, au moment précis où j’écris ces lignes, je ne l’ai toujours pas vu. J’aurais d’ailleurs préféré ne pas le voir : que les Lyonnais offrent un but à un adversaire déjà en mort cérébrale, passe encore, mais le fait de voir Caqueret perdre ce ballon à 30m de ces buts m’affecte. Si je ne peux plus compter sur lui, à qui faire confiance ? Certainement au fait que si je vais sur Twitter après que l’OL ait encaissé un but, je vais voir des congénères dézinguer Rudi Garcia. En ces temps incertains, ils sont mon phrare dans la brume, ma boussole au milieu de l’océan.

Résigné sur le fait de faire fonctionner MyCanal correctement, je vis une expérience détestable : j’apprends les buts sur Twitter, et je les vis 5 minutes plus tard. Oui, mais quand j’apprends que Rennes a marqué, la situation désagréable vire au doux frisson : à tout instant qui passe, peut-être Genesio est-il en train de m’offrir une grande joie et je ne le sais pas encore… La probabilité a beau être faible, je m’en contenterai, en l’absence d’enjeu dans le match de Lyon. Du moins je l’espère, car avec ce multiplex de Schrödinger, l’OL est peut-être en train de perdre 8-4 et je ne le sais pas encore. Pour préserver mon innocence, j’exhorte le reste du salon à ranger les téléphones.

Si les 22 acteurs avaient commencé un croquet sur la pelouse des Costières, je ne serais vraisemblablement pas au courant (et je suis sûr que Paqueta serait très fort). Mais je ne peux pas en vouloir au service des sports de Canal, j’entends tout à fait qu’il y ait des enjeux plus brûlants à l’échelle nationale que la qualité ou non de l’entrée de Cherki. Pour autant, je pensais finir ma semaine autrement qu’en essayant de vibrer sur une égalisation de Metz, même si la frappe est super. Hergault redonne ensuite l’avantage aux Merlus, et la joie de l’équipe est intense. Existe-t-il « Le Libero Lorient » ? Si c’est le cas, quel titre donner au compte-rendu du soir ? Je proposerais « Merlu et approuvé ». C’est un titre assez médiocre, mais dans cette seconde mi-temps qui semble avoir démarré il y a plusieurs décennies, je ne suis plus capable de produire mieux. Plus que 10 grosses minutes pour la furia rennaise : en écrivant ces termes, je réalise à quel point ils sont improbables. La furia se concrétise par un carton rouge pour Da Silva, et je regrette encore un peu plus mon choix de mots.

Cherki encore super-sub

En voyant que l’OL a marqué un cinquième but, mon émotion n’est que modérée. En voyant que le but est de Slimani, à peine plus, même si je suis heureux de sa bonne période : c’est le fait que Cherki soit une nouvelle fois décisif qui me rend heureux. Si vous êtes lecteur régulier du Libero, vous savez déjà sûrement que les entrées de Cherki sont de plus en plus décisives. Je n’ai bien sûr aucune capacité à juger ses 30 minutes ce soir, mais cette nouvelle ligne statistique suffit à me rendre optimiste pour le futur. Le contraste est fort avec la grisaille qui attend les Nîmois officiellement relégués : même si je n’ai strictement aucun sentiment à l’égard de ce club, dans cette soirée un peu fade depuis la 30e minute, je suis à la recherche de la moindre émotion, et le visage abattu de Ripart m’atteint. La soirée se terminera sur un penalty anecdotique pour Marseille, les joies à Bordeaux ou à Nantes : rien de décisif, et c’est bien le week-end prochain que tout se jouera. Difficile d’être optimiste ce soir, mais on aura au moins droit à des émotions. Dans cette situation où l’OL ne contrôle rien, c’est au moins la seule certitude qu’on a.

(Note de la rédaction : le titre « Merlus et à prouver » a déjà été fait par Le Libéro Lyon…)

Nicolas Schweisguth

(Photo Damien LG / OL)

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