Monaco – OL (2-3) : Memphis improvise le podium

(Damien LG)

LES NOTES. La troisième finale parmi les finales de l’OL avait un peu moins de panache après les résultats des deux premières confrontations contre des candidats au titre. On a cru que celle contre Monaco marquerait le début des vacances après le but de Volland : on a pourtant eu droit à une deuxième mi-temps à la limite de l’absurde. Et comme souvent ces dernières années, quand la logique se perd, l’OL gagne. Surtout quand Memphis prend les choses en main tout seul.

Olympique Lyonnais : Lopes – Dubois (Kadewere, 45e), Denayer (Diomandé, 29e), Marcelo, De Sciglio, Cornet – Caqueret, Mendes (Guimaraes, 88e) – Toko Ekambi (Cherki, 88e), Paqueta, Memphis. Entr. : Rudi Garcia.

Factuellement, ce match à Monaco pouvait s’annoncer chaud. L’enjeu sportif était au rendez-vous malgré l’échec de l’opération « 10 matchs, 10 finales » : si l’OL ne joue plus pour gagner, il peut encore jouer pour ne pas perdre l’aspiration du trio de tête, et s’offrir encore quelques frissons. Ajoutez à cela le match plus que tendu en Coupe il y a une dizaine de jours, et vous avez tous les ingrédients d’une rencontre intense. La seule inconnue : le cœur à l’ouvrage apporté par les Lyonnais. La méthode Coué pour croire encore à un sprint final glorieux (malgré toutes les limites dans le jeu depuis le début de l’année civile) a pris un sérieux coup dans l’aile depuis la défaite à domicile contre Lille. Aura-t-on droit à un OL conquérant sur le Rocher ? Vu l’entame de match positive des Gones, on peut le croire, et on se surprend à rêver. Mais comme souvent cette saison, les rêves rhodaniens se heurtent à un mur de réalisme.

L’apathie reconnaissante

Heureux les amateurs de clichés internationaux : c’est un allemand qui apportera la dose de pragmatisme déplaisant. Prenant de vitesse un Jason Denayer (non noté) à la rue depuis le début du match (on apprendra quelques minutes après qu’il jouait encore blessé) et un Maxwel Cornet (3) à l’alignement médiocre, Volland vient fusiller un Anthony Lopes (4) impuissant. Les commentateurs de Canal + abuseront de la comparaison avec le scénario du match de Coupe de France, mais là où le penalty monégasque avait fait beaucoup de mal tant la domination lyonnaise était alors outrageante, le but de ce soir vient sanctionner une bonne entrée en matière, sans plus.

Le reste de la mi-temps sombrera d’ailleurs dans une torpeur déprimante : pas parce qu’on est déçus de voir nos joueurs se laisser embarquer dans un faux rythme, mais parce qu’on se prend alors nous aussi à se voir déjà en vacances. Même la tentative par Rudi Garcia de placer Karl Toko Ekambi (3) piston droit à la place de Léo Dubois (4) ne provoque qu’un léger haussement de sourcil.

Le chant du cygne

Les joueurs capables de nous sortir de cette apathie n’étaient que peu nombreux sur le terrain, notamment puisque Lucas Paqueta (5), tout revanchard qu’il soit après son erreur cruciale contre Lille, n’a pas apporté son étincelle habituelle, peut-être bien surveillé face à des adversaires maintenant prévenus. C’est Memphis Depay (8) qui nous a rappelé qu’au delà de son efficacité incroyable, on aura du mal à retrouver cette capacité à amener de l’élégance quand l’attaque lyonnaise semble pataude. D’un beau slalom dans la défense monégasque, il rallume la lumière ; d’un coup franc déposé sur la tête de Marcelo (5), il rallume le feu. Peut-être un peu trop même : la célébration de Marcelo laissait augurer d’un retour de karma, d’autant que Maxence Caqueret (6) avait déjà laissé ses coéquipiers à 10, à force de fautes marquantes qui ternissent un peu un énième très bon match par ailleurs – dont la moitié passée à compenser pour le fantôme de Thiago Mendes (3). Ce carton a au moins eu le mérite de permettre à Tino Kadewere (3) de rester sur le terrain jusqu’au bout du match : coupable d’une énorme semelle deux minutes après l’exclusion de son coéquipier, il aurait dû laisser ses coéquipiers à neuf, et à part les scrupules de mettre deux rouges coup sur coup, on voit mal ce qui a retenu le bras de l’arbitre.

Et c’est pas fini !

Mener 2-1 à 10, on le sait, est une situation extrêmement dangereuse pour l’OL cette année. On ne s’attendait pourtant pas à la suite d’événements à venir : Lopes qui emplâtre Sinaly Diomandé (4), à peine a-t-on le temps d’expliquer à nos amis non-lyonnais que c’est un fait de jeu classique et que Lopes est discriminé qu’il envoie un crochet du droit dans la tête de Pellegri sur une deuxième sortie, et encaisse donc logiquement le penalty du 2-2. Fin de la récréation pense-t-on, un peu coupables de s’être pris à y croire : c’était sans compter sur Bruno Guimaraes et Rayan Cherki, entrés 2 minutes avant, qui combinent avec Mattia De Sciglio (5) pour offrir au petit prince de l’Académie son premier but en professionnel. Ce but vient récompenser des entrées de plus en plus probantes au fil que la saison avance, et vient offrir à l’OL un succès qu’on a envie de qualifier de miraculeux, tant on a cru ce soir que la torpeur allait l’emporter. C’est pourtant dans une intensité excessive que le match se termine, avec une bagarre générale dont Marcelo et De Sciglio sortent avec des cartons rouges. Le match à Lorient se jouera donc sans Memphis, Caqueret, Denayer, et les deux susnommés.

Revoilà donc les lyonnais embarqués dans un sprint final dont ils ne maîtrisent pas l’issue : ce match ne sera peut-être qu’un anecdotique rebondissement dans une saison décevante, pliée au pied du podium. Mais s’il s’agit là du match qui offre à l’OL un podium qui a 100 fois semblé tout à tour acquis puis inatteignable, on s’en souviendra longtemps. Encore parler de podium ce soir semble déjà bien inespéré : l’OL n’a déjà plus rien à perdre, il n’est pas passé loin de n’avoir plus rien à gagner.

Nicolas Schweisguth

(Photo Damien LG / OL)

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