« Mon cher Memphis, on t’offre le plus ambitieux des challenges »

Memphis

LETTRE. Après avoir tenté de convaincre l’OL qu’il fallait absolument conserver Memphis Depay lors du mercato hivernal, on tente l’approche inverse. En écrivant directement au Néerlandais pour lui expliquer pourquoi il a tout intérêt à rester avec nous.

Mon cher Memphis. Je t’écris cette bafouille parce que je lis quelques bêtises de ci de là, comme quoi tu pourrais filer à l’anglaise, mais façon crème catalane. Alors je sais bien qu’il faut laisser braire, mon p’tit Batave, mais vois-tu, j’voudrais être sûr que tu nous laisses pas en quenouille quand même. Les griffonneurs de babillards, z’aiment bien nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Mais parfois, dans le lot, une chinoiserie n’en est pas une, et on se retrouve cocu comme un chef de gare. Alors j’m’en vais t’expliquer, mon petit prince de Moordrecht, pourquoi tu ferais bien de rester dans notre belle capitale des Gaules. Tu te doutes bien que je quitte pas le marathon des orgies de fin d’année pour épiler les kiwis. Je prends de mon temps pour m’assurer que le courant passe bien entre nous.

T’es un homme de chiffres, Memphis. Fais pas ton timide, l’artiche, le sonnant et trébuchant, t’aimes ça. J’te jette pas la pierre, c’est un vice qu’on a en commun. Eh bien vois-tu, qu’est ce que t’irais te fourvoyer à filer en catimini en pleine cailllante hivernale, quand tu pourrais attendre les beaux jours et palper des rivières de fafiots avec une rondelette prime à la signature en juin ? T’es pas assez de gauche, romantique ou les deux pour faire ça quand même ?

T’es un homme de chiffres, mais aussi un homme d’image. Les clips de rap, la marque de sape, la célébration « blind and deaf to the world »… T’aimes être vu et reconnu. Tu veux qu’on te bade. Tu veux en foutre plein les mirettes. Mais tu vas impressionner qui si tu pars au Barça pour 5 millions d’euros de transfert ? Un départ pour le coût de Franck Honorat ou François Kamano ! Alors oui, je te sais intelligent, prêt à me dire que l’important c’est où tu arrives et avec quel projet. Et tu auras raison. Mais quand même, Memphis, est-ce que t’imagines Kanye West être transféré pour moins cher que Paul Bernardoni ?

Passons au sportif maintenant. Les stats sont bonnes, p’tit père. 8 buts et 4 passes dé en 17 matches, c’est plus qu’honnête. Et tu nous régales encore régulièrement de passes millimétrées ou de gestes de classe. Mais on va pas se tirer les cartes entre gitans, toi comme moi, on sait que tu n’as pas encore retrouvé ton niveau physique d’avant blessure. Le coup de rein n’est pas encore totalement revenu. Tes dribbles ne sont plus si dévastateurs. Le maniement de l’épée est tout aussi maîtrisé, mais la lame est moins affûtée. Du coup, tu n’as pas encore la régularité que tu avais avant ta blessure. Pas l’idéal pour aller gagner sa place de haute lutte dans un effectif hyper concurrentiel du top 5 ou 10 européen. Ton expérience à Manchester t’a déjà montré que même en pleine possession de tes moyens, ce n’est pas chose facile.

Tu rêves d’Euro, et pas pour y faire de la figuration. Ailleurs, le plus probable est que tu balances entre deux options : soit le banc si tu ne t’imposes pas tout de suite, soit des cadences tous les trois jours qui te feront rôtir avant que le mois de juin ne soit venu. L’entre-deux est rarement de mise. La meilleure option pour toi et les Oranjes, c’est ton match hebdomadaire sous le blason frappé du Lyon, avec des semaines pleines d’entraînement. On te le dit en toute objectivité.

De plus, si je dis pas de bêtise, depuis que tu es là, le collectif lyonnais n’a jamais été aussi au point que lors de ces dernières semaines. À quoi ça rimerait de prendre la poudre d’escampette au moment où l’équipe gagne et joue bien sans même que tu sois au top ? Au moment où ton retour en pleine forme pourrait parachever l’œuvre ? Qui plus est dans un rôle de faux 9 où tu t’épanouis et où ton influence est énorme. Le rôle dans lequel Ronald Koeman t’a installé et fait briller en sélection, soit dit en passant, et qu’il ne peut probablement pas t’assurer au Barça.

Par ailleurs ça fait bientôt quatre ans que t’es là mon ami. Il est probable que trois mois avant de débarquer à Décines, tu n’aurais jamais cru tomber ici. Et nous aussi on a été surpris qu’un mec si bankable un an avant débarque chez nous à moitié par hasard. Ma foi, on s’est un peu reniflé le derrière, mais on s’est bien apprivoisés. Tu ne causes toujours pas la langue de Molière, ou en tout cas tu ne poses pas ton flow en public dans la langue de Benny B, et ton côté bling bling dénote un peu dans les habitudes d’un club dont la plus grande fantaisie capillaire était jusque-là la coupe en brosse de Pierre Laigle. Mais on a bien vu que derrière tout ça, il y avait un mec entier, avec ses paradoxes mais aussi une générosité et l’envie de plaire. Un bourreau de travail très professionnel, un cœur tendre avec des valseuses bien accrochées. Un mec pas banal. Et un joueur de talent.

Si on laisse de côté le folklore, ce qui te motive, ce qui te fait hisser la grand voile dans tes draps en satin, c’est la trace que tu vas laisser. Et là, je te parle pas de dessiner l’Australie sur ces mêmes draps après un rêve nocturne prépubère, ni de problème de transit. Je te parle de mémoire, d’Histoire. Leave a legacy, comme dirait Marianne James. Et pour ça, tu as un exemple parfait chez nous, ou plutôt chez toi. Le père Juni, tout magnifique joueur et tireur de coup franc qu’il était, s’il était parti au Milan, à Chelsea ou au Real, il se serait peut être imposé dans le onze, mais il aurait été un parmi d’autres, un très bon parmi les excellents. En restant à Lyon, il a eu le premier rôle des années dorées. Il est une légende, une icône. Statut qu’il n’aurait jamais connu ailleurs. « J’ai voulu marquer l’histoire de l’OL. Et Lyon a marqué ma vie. » Mon bon Memphis, c’est ce qu’on te propose.

Ce n’est pas rester un gros poisson dans une petite mare que de rester à Lyon pour toi. En vérité, c’est peut être le plus ambitieux des challenges. Ramener la gagne au pays des Canuts, faire tomber le PSG dopé financement, faire à nouveau vaciller des gros d’Europe en étant le chef de meute, ça c’est un défi à ta taille ! Et toi qui aimes festoyer, renseigne-toi sur la sauterie du Grand Café des Négociants en avril 89. Un tel bordel pour un adieu à la D2 ! Ou regarde les images des mois de mai 2001 ou 2002. C’est de ça qu’on parle mon ami.

D’une liesse à réveiller les morts, d’une allégresse à te foutre un porte-manteau dans le pantalon pendant une semaine entière, un sourire niais pendant des mois et des étoiles dans les yeux à l’évocation de ces souvenirs pour l’éternité. Ensuite alors, tu pourras envisager de partir comme un prince, le sentiment du devoir accompli. Ou rempiler pour revivre ça au plus vite et continuer à faire encore grandir l’OL, en incarnant le club comme Juninho à l’époque. Mais on aura le temps de se réécrire pour t’expliquer le reste du plan.

asunada

(Photo Damien LG / OL)

2 Comments

  1. Deuzes

    28 décembre 2020 at 6:54

    Ah NON !
    C’est DE ça QU’on parle, ou c’est ça DONT on parle, MAIS PAS c’est DE ça DONT on parle !
    Je veux bien être large, mais y a des limites !

    Sinon quelqu’un fait la traduc’ pour le père Memphis ?

  2. Greg

    29 décembre 2020 at 12:45

    Une fort belle bafouille, félicitations.
    Memphis c’est offert un choix royal : il peut nous quitter cet hiver, pousser l’aventure rouge et bleue jusqu’en juin 2021 ou même 2022, 2023, 2024… Rien ne pourra jamais lui être reproché, et en cela il a déjà remporté une magnifique bataille.
    Il a aussi su nous réapprendre à rêver, et tellement haut qu’on peut même imaginer une prolongation possible.
    Pour ça et mille autres éclats… Thanks Captain !

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