Mercato d’hiver : pourquoi l’OL doit faire le bon calcul et conserver Memphis Depay

(Photo Damien LG / OL)

MERCATO. Vous vous rappelez du mercato d’été ? Celui qui s’est terminé début octobre et pendant lequel on avait plus d’articles à lire sur de possibles départs à l’OL que sur le jeu déployé par les hommes de Rudi Garcia – et pour cause, au vu de la pauvreté du celui-ci et des résultats obtenus. Cela fait moins de trois mois que ce si long mercato s’est fermé, et cela ressemble à une petite éternité. On aimerait qu’elle continue, tant le visage de l’OL a été transformé dans les semaines qui ont suivi ce 3 octobre, à tel point que l’on serait quasiment tentés de croire Garcia quand il disait que la saison allait vraiment commencer à ce moment-là.

Mais avec l’arrivée de la trêve hivernale se profile le mercato d’hiver et son train de nouvelles rumeurs. La plus insistante concerne Memphis Depay, le capitaine lyonnais, en fin de contrat l’été prochain. La communication du joueur, parfois cryptique, n’aide pas à rassurer sur sa possible présence sur la seconde partie de la saison. Les négociations pour une éventuelle prolongation sont au point mort depuis longtemps. En outre, la situation économique du club reste compliquée avec la crise sanitaire et l’absence de Ligue des Champions, et se délester d’un gros salaire tout en récupérant une (petite) enveloppe peut sembler une proposition tentante, sur le papier. On vous explique pourquoi l’OL n’a pourtant aucun intérêt à ce que cela arrive.

Un irremplaçable dans le 4-3-3 hybride

Tout d’abord, commençons par le profil du capitaine lyonnais. Son rôle au sein du système mis en place par Rudi Garcia depuis plusieurs semaines est unique : positionné en pointe d’un 4-3-3 sur le papier, il dispose dans les faits d’une très grande liberté de mouvement pour décrocher et organiser le jeu, cherchant les espaces et les combinaisons avec ses partenaires. Un rôle très proche de celui qui était le sien avec les Pays-Bas de Ronald Koeman pré-Covid, et qui correspond à sa meilleure période avec les bataves.

S’il semble parfois piocher physiquement et manquer encore de l’explosivité qui était la sienne avant sa blessure, sa capacité à sentir les coups ainsi que sa qualité de pied le rendent indispensable. Il y a cette saison un OL avec Memphis, et un OL sans Memphis. Aucun autre joueur de l’effectif n’a cette capacité à évoluer dans ce rôle qui met si bien en valeur les qualités de Tino Kadewere et Karl Toko-Ekambi, faux joueurs de couloir qui profitent des brèches ouvertes par leur capitaine. Quand Memphis se recentre et que les deux autres attaquants plongent dans l’axe, le 4-3-3 hybride ressemble bien plus à un 4-4-2 losange dont Memphis serait le chef d’orchestre.

Memphis, de par ses qualités de remise et sa capacité de conservation dans les petits espaces, aide l’OL à être dangereux sur des séquences de jeu de position. Il amène un côté imprévisible qui manquait dans le 3-5-2 du début de saison, quand chaque décalage se terminait par un centre des latéraux. Ici contre Reims, le Néerlandais dézone vers la gauche face a une défense rémoise regroupée, et trouve un espace non occupé au second poteau dans lequel s’engouffre Toko-Ekambi pour ouvrir le score.

Mais puisque Memphis sait tout faire, il est aussi capable de mener les transitions lyonnaises, comme sur le troisième but à Nice ou il est rapidement touché suite à une perte de balle niçoise. Il oriente alors son corps, fixe son vis-à-vis, prend rapidement l’information et délivre une passe qui élimine deux adversaires et lance Kadewere vers le but.

Aucun joueur de l’OL ne dispose d’une palette aussi large, a fortiori pour occuper la pointe de ce 4-3-3. Son remplaçant numérique, Moussa Dembélé, en plus de traverser une passe difficile, est beaucoup moins mobile et infiniment plus limité dans son jeu d’association. On l’a vu face à Brest notamment – sans Memphis en pointe de son 4-3-3, l’OL est une équipe plus prévisible, moins déstabilisante et face à laquelle il est nettement plus simple de défendre.

Une machine statistique

Au-delà de sa ‘première’ ligne de statistique tout à fait décente (8 buts, 4 passes décisives) même si partiellement gonflée par les penaltys, Memphis impressionne dès que l’on se penche sur les statistiques avancées. C’est simple : il est le seul joueur de Ligue 1 à être présent dans le Top 5 des expected goals, des expected assists ET des passes-clés.

(source Understat)

(source Understat)

Memphis occupe la 4e place des joueurs de Ligue 1 avec le plus d’Expected Goals, et son total de buts (8) n’indique pas de sur-performance particulière. On notera aussi la bonne performance de son coéquipier à l’OL Karl Toko-Ekambi.

xAssists

(source Understat)

Memphis occupe aussi la première place du classement des expected assists cette saison, et ce d’assez loin, avec un total qui laisse penser qu’il devrait déjà compter plus que 4 passes décisives au compteur. Il est le seul joueur de ce top 5 positionné en pointe sur les compositions, ce qui confirme son positionnement particulier sur le terrain.

PassesCles

(source Whoscored)

Enfin, il est également le leader du championnat en termes de passes-clés (la dernière passe avant un tir), devant un certain… Léo Dubois. Même remarque ici : il est la seule pointe à apparaître dans ce Top 5.

Un calcul financier étrange

On y vient forcément à un moment ou à un autre : l’instant EBITDA. Vous me direz probablement que le départ de Memphis est inéluctable pour des raisons financières, et que l’OL doit essayer de récupérer du cash plutôt que de laisser partir son capitaine gratuitement cet été. A court-terme, cet argument peut peser. Mais faisons un rapide calcul. Son salaire est estimé à 360.000 euros brut par mois. Il reste donc environ 1.8M d’euros de salaire à verser au Néerlandais et les rumeurs le donnent partant contre un chèque de 5M d’euros environ. Soit une économie totale de 7 millions environ, hors primes. Ce qui n’est pas négligeable ; mais maintenant, réfléchissons à la capacité de l’OL à accrocher la Ligue des Champions sans son capitaine. Face à la concurrence féroce du PSG, de Lille, voire de l’OM ou Monaco, une place dans le Top 3 n’est pas encore assurée, même en virant éventuellement en tête à la trêve hivernale. Les chances de l’OL de se qualifier pour la prochaine Ligue des Champions sont-elles moindres sans son capitaine ? Assurément. Les retombées d’une qualification (voire d’un titre de champion) couvriraient-elle le coût de conserver Memphis quelques mois de plus ? C’est certain.

Il s’agit d’un risque calculé. Garder Memphis quelques mois de plus comporte un risque financier pour le club, mais le Néerlandais est trop indispensable au rendement sportif de l’équipe pour cela. Et l’on peut même aller plus loin aujourd’hui : il est probablement le seul joueur totalement irremplaçable du onze, avec peut-être Lucas Paqueta. On peut penser ce que l’on veut de l’homme ou du joueur Memphis Depay. Toujours est-il que son rôle dans l’équipe et son impact statistique sont trop énormes pour risquer de s’en séparer au mercato d’hiver. Malgré une communication parfois étrange, son attitude sur le terrain a toujours été irréprochable. Son aura dans le groupe est réelle ; et sa relation avec les autres leaders techniques de l’équipe, Houssem Aouar et Lucas Paqueta, est trop belle et trop prometteuse pour s’arrêter en si bon chemin. Et disons-le clairement : si Memphis Depay est toujours lyonnais au matin du premier février, l’OL se sera un peu plus rapproché du haut de tableau. Et donc pourquoi pas de son huitième titre de champion de France.

Etienne M.

(Photo Damien LG / OL)

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