La maison OL brûle et le pompier Jean-Michel Aulas attise le feu

Aulas

HUMEUR. Alors que la situation est particulièrement tendue entre l’équipe de l’OL et ses supporters, Jean-Michel Aulas n’a pas ramené le calme en donnant une interview à Eurosport (et même deux, avec aussi un article où il répond aux critiques de supporters). Bien au contraire. 

Jean-Michel Aulas maîtrise toujours sa com’, même lorsqu’on a la sensation qu’elle lui échappe. Cette règle d’or fut longtemps vraie, et a fait tomber dans le piège beaucoup d’observateurs. Pendant qu’on parle des frasques de JMA, on ne parle pas du niveau de jeu de l’OL, dont joueurs et staff peuvent donc travailler sans pression. Est-ce encore cette technique que le Président a utilisée ce jeudi ? Et sommes-nous encore en train de tomber dans le piège ? Peut-être. En attendant, les messages envoyés sont catastrophiques.

Le premier concerne le coach. Qu’ils aient été légèrement déformés ou pas, les propos de Jean-Michel Aulas ont remis Bruno Genesio au milieu des débats, alors que le sujet était enfin clos. En reparlant de Genesio, Aulas fragilise un Rudi Garcia déjà fragile, même si l’image de ce dernier s’est probablement améliorée mardi soir lorsqu’il a ordonné à ses joueurs d’aller saluer les supporters. On ne pleurera pas le sort de Rudi, mais on voit mal l’intérêt de l’afficher à ce moment de la saison. Non content de fragiliser son coach, le Président a aussi fragilisé le peu qui reste de l’identité de l’OL, en ouvrant clairement la porte à un départ d’Houssem Aouar

« Corentin Tolisso a signé au Bayern pour une somme record qui permet aux supporters de s’installer dans le meilleur stade d’Europe avec des tarifs très bas dans les kops. Quand Aouar viendra me voir dans deux ans pour aller au Real, je ne pourrai pas le retenir. »

Personne n’est naïf, Aouar, comme les autres auront toujours envie de voir au-delà de l’OL. Mais puisque la communication compte (JMA est bien placé pour le savoir), rien n’empêche d’envoyer le message inverse : un départ d’Aouar n’est pas planifié, parce que c’est la clé de voûte du projet de l’OL de demain. En anticipant déjà le transfert d’un des deux meilleurs joueurs de l’effectif, Aulas continue de faire passer l’OL pour un vulgaire club de Ligue 1 qui peut au mieux servir de tremplin aux joueurs en devenir. Tanguy Ndombele était trop fort pour l’OL, bien sûr.

Mais il aurait pu rester au moins un an de plus, c’est lui-même qui le dit. Et ce ne sont pas les supporters qui avaient fait des appels du pied au PSG en mars dernier pour que le club parisien achète le milieu de terrain, mais bien Aulas lui-même. Le public n’aime plus les joueurs parce que les joueurs n’aiment plus l’OL. Ils voient ce club comme un tremplin, idée parfaitement cohérente avec le message envoyé par son principal dirigeant.

Autre victime collatérale de la sortie d’Aulas : Aulas lui-même. En avouant avoir lâché Genesio pour avoir la paix des tribunes, Aulas admet qu’il n’a pas pris cette décision de son propre chef. De quoi redonner de l’importance aux supporters, au moment-même où il veut leur en enlever. Un paradoxe de plus qui dit bien les hésitations et surtout l’état intellectuel du Président. Car le problème est aussi là. Aulas a longtemps construit l’OL en faisant la guerre à ses adversaires. Aujourd’hui, il traque un ennemi interne en faisant la guerre à ses propres supporters, ou à une frange réelle ou fantasmée d’entre eux. Dans l’histoire des grands régimes politiques, la paranoïa et la recherche d’un ennemi infiltré sont toujours des signaux annonciateurs de la chute. 

Ensuite, Jean-Michel Aulas n’affiche pas de cohérence intellectuelle. /Lui qui assure sur Eurosport « qu’aujourd’hui, celui qui gagne, c’est celui qui a la plus grosse puissance économique » n’a rien à répondre aux supporters qui font fort justement remarquer que Strasbourg, Rennes, Saint-Etienne et même Guingamp ont gagné des titres depuis 2012, ce qui n’est pas le cas de l’OL. Aulas joue à cache-cache avec des qualifications en Ligue des Champions parfois miraculeuses (merci les vainqueurs de Ligue Europa déjà qualifiés en C1 par le biais de leur championnat et les triplés de Memphis lors de la dernière mi-temps de la saison) et des performances européennes qui le sont tout autant (deux qualifications d’affilée en huitièmes de finale de Ligue des Champions avec seulement trois victoires sur les douze matchs de poule).

L’on pourra répondre qu’Aulas joue une nouvelle fois au pompier-pyromane, une stratégie rodée et maîtrisée. Les scènes de mardi soir ont montré que ce n’est plus le cas. Les tensions permanentes autour du club depuis bientôt cinq ans couvent, et on peut craindre que les incidents de mardi n’aient été qu’une alerte. Et que le pyromane soit déjà dépassé.

Plutôt qu’en tenir compte, JMA est reparti en guerre, faisant de ses propres supporters ses ennemis. Paradoxe ultime, son conflit contre les supporters est mené au moment où le nouveau directeur sportif avait apaisé la situation. Juninho a rappelé plusieurs fois combien les supporters sont importants, en leur rappelant aussi quel était leur rôle. Aulas tenait là une occasion en or de réussir sa sortie, en lui laissant progressivement le flambeau sportif et médiatique. Las, il a préféré faire de Juninho un pare-feu pour calmer provisoirement la plèbe. Une situation amplifiée par le fait que le Brésilien n’a pas vraiment réussi à s’imposer dans son nouveau costume pour l’instant, et est toujours silencieux cette semaine.

Résultat, le club est sur un fil, à deux doigts de tomber : joueurs limités et déprimés, coach détesté, direction entêtée, virages énervés et centre de formation oublié… On l’a dit, le public n’aime plus les joueurs parce que les joueurs n’aiment plus l’OL. Si l’OL continue de mépriser ses supporters, la boucle sera complètement bouclée. Et une sortie par le haut relèvera du miracle.

Vincent G.

(Photo Damien LG / OL)

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