Lopes-Thomas, y a même pas débat

Lopes

HUMEUR. L’action se déroule dans les premières minutes d’Angers-OL, dimanche dernier. Sur un ballon qui part en cloche, Anthone Lopes sort pour attraper le ballon dans les airs et percute du genou le dos du défenseur angevin Romain Thomas, présent sur sa trajectoire sans sauter. Le défenseur reste au sol quelques instants, la polémique est enclenchée pour beaucoup plus longtemps. Elle prendra de multiples formes, toutes moins productives les unes que les autres, sans jamais prendre la hauteur nécessaire pour évoquer des thèmes plus larges que ce contact précis.

Pour ce débat comme pour beaucoup d’autre, la posture la plus répande est de s’offusquer quand la décision de l’arbitre, justifiée ou non, va « contre » votre équipe, ou de la justifier quand elle vous sourit. Sur les réseaux sociaux, beaucoup de supporters lyonnais et non-lyonnais se lâchent, le plus souvent sans trop se fouler. Les premiers accusent Thomas d’en rajouter à grand renfort d’épithètes bas-du-front dans le registre « chialeuse ». Les seconds chargent le Portugais à grand renfort de rappels des épisodes précédents et d’adjectifs qu’on ne citera pas même avec des guillemets. Les comparaisons inadéquates et donc inutiles fleurissent des deux côtés (avec l’action Cherki-Thomas en seconde mi-temps, ou des captures d’écran de matchs antérieurs où les fautes de Lopes sont plus ou moins évidentes).

On peut être fataliste sur la qualité des débats sur les réseaux sociaux, où l’on peut trouver de tout y compris du très bon – même s’il faut parfois subir le reste. Problème : l’appréhension de ce fait de jeu par les médias et les protagonistes eux-mêmes s’avère tout aussi stérile. La sortie de l’entraineur angevin Stéphane Moulin, qui évoque une sortie les « deux genoux en avant avec les crampons » (anatomiquement impossible) et s’estime lésé par l’arbitrage, n’offre aucune perspective de débat sur la dangerosité de ce genre de geste ou sa « sanctionnabilité » (le mot n’existe pas, manifestement). L’entretien croisé Thomas-Lopes en direct sur RMC, le lendemain du match, aurait pu avoir de l’intérêt. Il a tourné au combat de mauvaise foi. Alors que le « fond » de l’action a finalement été à peine évoqué, le débat n’a pris aucune hauteur.


L’Angevin a chargé l’arbitre dans le même registre parano que son entraineur, avant de partir dans un vaseux « sur une autre action, j’aurais pu te marcher dessus ». Lopes s’est contenté de dire qu’il ne voulait pas faire mal avant de jouer la carte « tout le monde m’en veut », regrettant faire l’objet d’une attention particulière, en oubliant de se demander pourquoi il en est là. Il aurait intérêt à se poser la question, certainement. Mais les analystes et autres consultants devraient aussi être capables de sortir du cas Lopes, dont le passif aura considérablement parasité les débats.

Car les questions de fond qui permettraient d’avancer sont restées dans le placard. La sortie aérienne « genou en avant » des gardiens, loin d’être une signature exclusive de Lopes, doit-elle être plus encadrée ? Lopes précise qu’on lui a appris ce geste dès ses 5 ans. Le consultant Éric Di Méco confirme que cette gestuelle fait partie de la panoplie du gardien. Questions subsidiaires : pourquoi ces actions bénéficient systématiquement aux gardiens ? Un joueur de champ qui ne saute pas doit-il être par défaut considéré comme auteur d’une obstruction ? L’intervention d’un arbitre, par exemple, aurait éclairé le débat en l’orientant sur ce que dit la règle, ce qui relève de l’usage, et sur l’opportunité de les changer ou pas. Ça paraît pourtant plus utile que les tweets « régalade le seum de Thomas » ou les threads « pkoi Lopes est une catin ».

Eloi Paillol

(Capture d’écran Canal+)

One Comment

  1. hnrh2

    22 janvier 2021 at 10:37

    Je suis globalement d’accord, mais faire intervenir E. Di Méco sur la question du respect de l’intégrité de l’adversiare me semble discutable.

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