Avant l’OL, un bilan mitigé au PSG féminin pour Bruno Cheyrou

Cheyrou

MERCATO. Nouveau responsable du recrutement de l’Olympique Lyonnais, Bruno Cheyrou a auparavant été pendant plus de deux ans directeur sportif de la section féminine du PSG. Une période pendant laquelle il a eu toute la latitude nécessaire pour faire évoluer l’effectif parisien, et qui laisse transparaître quelques grandes tendances sur son approche et sa vision du recrutement.

Revenons deux saisons en arrière : en novembre 2017, Cheyrou est nommé directeur sportif de la section féminine du PSG afin d’améliorer la compétitivité d’un club sortant une saison 2016/17 moyenne, avec notamment une décevante troisième place en championnat et deux défaites contre l’OL en finale de Coupe de France et de Ligue des Champions. Dans ce contexte, il est donc également chargé de diriger la politique de recrutement pour permettre aux Parisiennes de rivaliser avec leurs concurrentes lyonnaises sur tous les tableaux.

Un trophée et des contre-performances

Un objectif loin d’être accompli, malgré la Coupe de France 2018 remportée en pleine tempête (dans tous les sens du terme : le match est interrompu pendant plus d’une heure par l’orage et le PSG est alors dirigé par son entraîneur adjoint Bernard Mendy car Patrice Lair, en conflit avec sa direction dont notamment Cheyrou, s’est mis en arrêt maladie) face à l’OL.

Sur ces deux dernières saisons, le PSG montre en effet toujours des signes de fébrilité lors des confrontations importantes et semble déjouer complètement dans les moments critiques, comme l’ont prouvé les désillusions face à l’OL et Chelsea de la saison dernière. Un constat qui peut en partie être imputé aux recrutements de ces deux dernières saisons qui, hormis quelques rares exceptions, n’ont pas réussi à faire passer un cap au club de la capitale, ni à renforcer convenablement une équipe composée de joueuses déjà présentes depuis plusieurs saisons.

Deux excellents transferts de stars…

Une des seules réussites de cette politique de recrutement a finalement été la venue à des postes clés de deux joueuses de renommée mondiale. L’arrivée au début de la saison 2019/20 de l’internationale allemande Sara Däbritz en provenance du Bayern Munich a amélioré le milieu parisien, et permis à Olivier Echouafni de faire plus fréquemment tourner dans ce secteur sans impact sur le rendement global de l’équipe. Le transfert de Nadia Nadim à l’intersaison précédente a également renforcé le secteur offensif d’une équipe souvent alignée en 4-3-3 cette saison, même si son positionnement plutôt excentré n’optimise pas complètement ses qualités d’appel et de placement à proximité de la surface de réparation adverse.

… mais des joueuses expérimentées n’arrivant pas à passer un cap…

En complément de ces deux stars ayant réellement apporté une plus-value sportive, Cheyrou a également souhaité s’appuyer sur un certain nombre de joueuses moins connues mais avec l’expérience des compétions internationales et des championnats de haut niveau, sans doute pour constituer un groupe solide pouvant réussir à garder la tête froide et tirer son épingle du jeu dans les matches critiques. Le choix de ces joueuses est déjà beaucoup plus questionnable, étant donné qu’aucune n’a pour le moment réussi à bousculer la hiérarchie établie et à s’illustrer dans les matches importants.

L’apport offensif de Hanna Glas est incontestable, mais son manque de rigueur défensive ne lui permet pas de surclasser Eve Périsset au poste de latérale droite. Andrine Hegerberg n’a pas réussi à convaincre ses entraîneurs lors de sa saison et demie au PSG, tandis que le rendement trop alternatif de la meneuse de jeu chinoise Wang Shuang ne lui a pas permis de devenir une joueuse importante du milieu parisien. Enfin, Karina Sævik n’a que peu d’occasions de s’imposer dans une formation offensive pas forcément adaptée à son style de jeu, puisqu’elle sortait d’une saison assez brillante avec Kolbotn dans un registre assez libre de seconde attaquante en soutien de l’ancienne lyonnaise Isabell Herlovsen (comme le montre cette jolie combinaison entre les deux joueuses face à Røa en Kvinne Toppserien), un poste qui n’existe pas vraiment dans le 4-3-3 du PSG.

Une série de recrutements ratés de joueuses expérimentées qui interrogent au moment où le PSG a officialisé l’arrivée de Luana à l’intersaison pour compenser la longue indisponibilité de Sara Däbritz suite à sa grave blessure au genou survenue en décembre dernier. Assez curieux lorsqu’on sait que l’internationale brésilienne avait jusque là effectué l’ensemble de sa carrière dans les championnats brésilien et norvégien avant de réaliser une saison très moyenne en Corée du Sud lors de laquelle elle fut incapable d’emmener son club de Hwacheon KSPO en phase finale de WK-League.

… et beaucoup (trop) de paris incertains

Dernier point, les recrutements sous la direction de Cheyrou ont concerné beaucoup de joueuses au début de leur carrière, avec l’optique de les faire progresser sous le maillot parisien. Cette stratégie ambitieuse comporte cependant deux difficultés : une jeune recrue peut avoir été surestimée avant son transfert et finalement ne pas correspondre au niveau attendu par l’entraîneur, mais peut également ne pas développer tout son potentiel du fait d’une surabondance de concurrentes dans son secteur.

Hormis Paulina Dudek qui semble désormais installée dans l’équipe type (malgré des difficultés régulières face à des joueuses rapides, comme contre Naomie Feller dans la confrontation aller contre Reims de cette saison ou Claire Emslie dans un match catastrophique avec l’équipe nationale de Pologne lors des qualifications de Coupe du Monde 2019), les autres espoirs recrutés n’ont pas encore pleinement convaincu sur leur potentiel : certaines sont déjà reparties du club (Daiane, Annahita Zamanian, Davinia Vanmechelen), tandis que les autres n’ont toujours pas confirmé et doivent composer avec un temps de jeu assez faible pour y parvenir (Signe Bruun, Alana Cook), ce qui peut les pousser assez rapidement à s’interroger sur leur position dans l’équipe et à vouloir assez rapidement partir ailleurs pour retrouver le rythme des compétitions.

Echouafni semblant donner la priorité à un groupe restreint mais expérimenté tout en n’accordant qu’une confiance modérée aux jeunes joueuses, cette stratégie de recrutement paraît dès lors assez curieuse. Le cas de Bruun est d’ailleurs une application assez frappante de cette problématique : recrutée au début de la saison 2018/2019 en provenance du Fortuna Hjørring, la jeune attaquante danoise a réussi à faire quelques apparitions au cours de la saison sous le maillot parisien, mais n’a joué aucune minute en compétition officielle cette année, barrée par l’arrivée de l’espoir canadien Jordyn Huitema.

Un exemple d’ailleurs loin d’être isolé, puisque Zamanian, recrutée à la même période que Bruun, est partie en Janvier dernier à la Juventus afin de retrouver du temps de jeu. Sous cet angle, l’arrivée de Luana pour renforcer le milieu parisien est d’ailleurs discutable : n’était-ce finalement pas l’opportunité de donner une vraie chance à Léa Khélifi, recrutée par Paris après une superbe saison l’année dernière avec Metz ?

Une expérience moyenne qui ne présage de rien ?

Analyser le travail de Cheyrou chez les féminines du PSG pour en déduire la pertinence de sa prise de pouvoir à l’OL a toutefois ses limites. Le contexte est forcément différent, et le milieu du foot masculin plus dense et plus concurrentiel. Mais cette première expérience a sans doute permis à Cheyrou, ancien accro à Football Manager, de découvrir quelques facettes réelles de son métier, par exemple le besoin d’aligner les recrutements aux préférences de l’entraîneur. D’autant que l’OL ne peut pas encore compter sur le recrutement d’équivalents masculins de Däbritz ou Nadim, stars internationales et principales réussites de Cheyrou au PSG.

Julien Perrier

(Photo PSG)

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