Ligue des Champions féminine : le guide tactique de la demi-finale OL – PSG

Marozsan

FÉMININES. Après deux victoires 2-1 en quarts de finale, l’OL et le PSG s’affrontent ce mercredi pour rejoindre Wolfsburg en finale de la Ligue des Champions. Plutôt que de réaliser une fiche tactique détaillée sur une équipe que les Lyonnaises affrontent au minimum trois fois dans l’année, on vous propose à la place un petit guide des principales batailles tactiques qui se joueront lors de cette demi-finale totalement française.

Défausse impression

Malgré la victoire, l’OL a une nouvelle fois peiné face à Munich dans la création du jeu et les construction de ses actions. En plus de la problématique des ailières trop attirées par l’axe, Jens Scheuer a apporté une réponse tactique parfaite aux tentatives d’incursions lyonnaises sur les ailes, en inversant la position conventionnelle de ses deux ailières. Ainsi, Giulia Gwinn, jouant traditionnellement milieu droit mais privilégiant la défense et le contrôle de son couloir aux risques offensifs, a été alignée à gauche pour contrer les montées de Lucy Bronze tandis que Lineth Beerensteyn, souvent titulaire dans la partie gauche du terrain, a été cette fois-ci utilisée à droite afin que son style de jeu basé sur la percussion puisse faire la différence sur le côté défensif le plus faible des Fenottes.

La situation semble en revanche complètement différente dans l’axe, où il paraît curieux que le milieu lyonnais comportant trois internationales expérimentées ne soit pas arrivé à prendre régulièrement le dessus sur une organisation allemande sans milieu défensive, et dont l’entrejeu était uniquement tenu par deux milieux relayeuses et une attaquante de soutien. L’analyse du positionnement de Dzsenifer Marozsan et Amandine Henry (puis de Sara Björk Gunnarsdottir) permet finalement d’expliquer pourquoi un rapport de force en théorie largement favorable à l’OL ne s’est pas traduit en domination implacable au centre du terrain : positionnées hors de la zone privilégiée de construction des actions (parfois statiques derrière les joueuses adverses ou trop bas au niveau de leur défense, voire carrément déportées sur un côté du terrain), les milieux centrales lyonnaises ont semblé vouloir se défausser de leurs responsabilités offensives en n’offrant que très rarement des solutions de passes pertinentes sur les phases de possession lyonnaise.


Premier exemple de cette problématique de construction (à 9:17), où l’OL a complètement cédé le contrôle du terrain aux joueuses de Munich : Marozsan revient au niveau de sa défense pour récupérer le ballon, tandis que dans le même temps, Henry et Kumagai n’arrivent pas à sortir du quadrillage allemand pour proposer une solution intéressante en jeu court. Marozsan optera finalement pour un jeu long directement récupéré par les joueuses du Bayern.


Nouvelle illustration (à 1:00:53) de la difficulté lyonnaise à poser le jeu au milieu de terrain : Gunnarsdottir redescend entre les deux défenseures centrales pour récupérer le ballon, mais supprime dans le même temps l’avantage numérique de l’OL au milieu de terrain : Marozsan et Kumagai se retrouvant du coup marquées individuellement par Sydney Lohmann et Lina Magull. Sans possibilité de faire la différence au centre du terrain, les lyonnaises tentent du coup d’attaquer sur l’aile gauche mais le milieu allemand peut tranquillement coulisser pour défendre sur Eugénie Le Sommer à deux contre une et récupérer la balle.

Une absence de prise de risque que l’on pourra trouver assez dommageable, étant donné que l’OL a marqué deux fois sur la même séquence de jeu initiale : une domination territoriale au milieu de terrain couplée à un appel tranchant pour s’intercaler entre les lignes munichoises, réalisé par Marozsan sur le premier but et Gunnarsdottir sur la seconde réalisation.

Bachmann returns

Des séquences que l’on espère revoir face au PSG, qui semble avoir trouvé un équilibre d’équipe avec un 4-4-2 organisé autour de deux milieux centrales extrêmement polyvalentes, capables d’intervenir défensivement, mais également d’initier les actions offensives et de les finir si nécessaire. Pourtant en sous-nombre face aux trois milieux centrales d’Arsenal, les excellentes performances de Sara Däbritz et Grace Geyoro ont également pu avoir une résonance collective grâce aux nombreux appels et décrochages intelligents de la nouvelle recrue Ramona Bachmann, permettant ainsi aux Parisiennes de toujours trouver une solution de passe pertinente entre les lignes anglaises pour amorcer les décalages.


Lorsque Paris est en possession du ballon (à 20:47), les décrochages de Ramona Bachmann permettent non seulement de rééquilibrer numériquement le milieu parisien mais donnent également une possibilité de relance complémentaire aux solutions proposées par Geyoro et Sara Däbritz. En diversifiant la profondeur des circuits de passes, ces trois joueuses brouillent complètement les lignes défensives anglaises et peuvent par la suite exploiter directement les surnombres créés localement, à l’image du débordement de Geyoro sur l’aile droite du terrain exploitant l’espace dans le dos de Katie McCabe.


Nouvelle application du circuit de relance parisien (à 1:08:56) : Geyoro passe devant Daniëlle Van de Donk et intercepte sans problème la passe de Beth Mead. Däbritz se rend directement disponible dans l’entrejeu pour proposer une solution de relance simple à Irene Paredes, puis sollicite le plus rapidement possible Bachmann qui s’était déportée sur le couloir droit laissé complètement libre par la défense d’Arsenal. En deux passes, les parisiennes passent d’une situation défensive à une séquence d’attaque qui débouchera sur un tir contré de Kadidiatou Diani.

La joueuse suisse, dotée d’une technique et d’une percussion impressionnantes mais souvent massacrées par une lecture du jeu moyenne et un sens du collectif très relatif, semble désormais avoir l’expérience et la maturité nécessaires pour prendre les bonnes décisions tactiques tout en conservant son talent balle au pied. A l’image de sa prestation face aux Anglaises, son rayonnement offensif lui permet non seulement d’être très fréquemment sollicitée pour amorcer les séquences d’attaque parisienne, mais également de sublimer une ligne d’attaque parisienne manquant parfois de créativité dans l’utilisation du ballon.

La contrepartie du nouveau système d’Olivier Echouafni est sa porosité défensive dès que l’adversaire décide d’utiliser toute la longueur du terrain pour attaquer : bien que très fortes dans les interventions défensives, Däbritz et Geyoro ne pourront pas couvrir l’ensemble des circuits de passes que pourront proposer trois milieux centrales prenant correctement les espaces et les intervalles. Un désavantage qui n’a cependant été que trop rarement utilisé par Arsenal (et notamment Van de Donk, pourtant très habile pour jouer entre les lignes adverses), et que l’on espère voir plus exploité par les joueuses de l’OL.


Un exemple assez direct de cette difficulté à défendre sur la longueur du terrain (à 29:34) avec Leah Williamson trouvant directement Daniëlle Van de Donk absolument seule au centre du terrain. La milieu de terrain néerlandaise s’est affranchie de la zone défensive de Grace Geyoro et des possibilités d’interception de Sara Däbritz en seulement quelques pas, et a pu par la suite amorcer une séquence d’attaque extrêmement dangereuse pour Arsenal.

L’absent norvégien

L’analyse de la formation parisienne utilisée face à Arsenal permet de déduire assez logiquement qu’une des batailles tactiques les plus importantes de la demi-finale se déroulera entre la défense et le milieu de terrain parisien. Malheureusement, le match contre le Bayern a non seulement montré les difficultés des milieux centrales de l’OL à venir créer du jeu dans cette zone, mais également le peu d’aisance des attaquantes lyonnaises actuelles à utiliser ce secteur. Nikita Parris et Jodie Taylor, toutes deux plus à l’aise pour attaquer les espaces derrière les défenses que pour participer au jeu dos au but, ne semblent pas donner pleine mesure de leur talent dans un rôle ne correspondant pas du tout à leurs capacités. Finalement, l’OL souffre autant de l’indisponibilité d’Ada Hegerberg que de l’incapacité à se renouveler offensivement à la suite de son absence.

La première Ballon d’or de l’histoire est en effet une attaquante plutôt complète, pouvant à la fois intervenir dans la construction des actions très loin des buts adverses, mais également se charger de leur finition à l’intérieur de la surface de réparation. Ce style de jeu, peu répandu (mais que l’on retrouve néanmoins chez Jennifer Hermoso à Barcelone ou Vivianne Miedema à Arsenal et de manière plus circonstancielle dans le jeu de Yuika Sugasawa aux Urawa Red Diamonds, Rachel Daly au Houston Dash ou Cristiana Girelli avec l’équipe nationale italienne), est en revanche assez présent dans le championnat norvégien où il n’est pas rare de trouver des attaquantes aimant décrocher au cœur du jeu pour disposer de meilleurs ballons d’attaque (on pourrait citer Maria Brochmann de Sandviken, ou Karina Sævik et Synne Jensen quand elles évoluaient respectivement sous le maillot de Kolbotn et Røa).

Si le style offensif norvégien ne peut être joué par la plus grande de ses représentantes et que cette partition semble trop en inadéquation avec les qualités de ses remplaçantes, la question de la réorganisation offensive semble de plus en plus pertinente, tellement le système actuel ne semble donner ni satisfaction aux attaquantes lyonnaises ni plus-value à l’ensemble de l’équipe lyonnaise.

Côtés sombres

En parallèle de ces problèmes offensifs, une des inquiétudes remontées avant le quart de finale portait sur la capacité de l’OL à presser efficacement les latérales adverses pour les empêcher de transmettre la balle dans des bonnes conditions. Le match face à Munich a confirmé cette tendance à presser et bloquer les côtés relativement tard, et a même montré que l’OL pouvait se faire déséquilibrer assez facilement sur un renversement de jeu rapide.


Exemple (à 22:55) avec cette attaque de Munich sur la gauche du terrain bien contrée par Delphine Cascarino, mais dont la perte de balle immédiate permet à Linda Dallmann de renverser complètement le jeu à droite sur Hanna Glas. La latérale du Bayern, complètement oubliée par Amel Majri et Eugénie le Sommer, a ensuite tout le temps nécessaire pour ajuster un centre manqué de très peu par l’attaquante Lea Schüller.

Une fébrilité sur les côtés qui a tout d’abord amené le coup-franc du but allemand, et qui a par la suite semblé faire perdre toute la sérénité défensive de l’OL sur la dernière partie du match au moment où Munich accentuait sa domination pour revenir au score. En plus de Sarah Bouhaddi dont les prises de balle importantes sur les coups de pieds arrêtés à des moments cruciaux du match ne sont jamais considérées à leur juste valeur, l’OL pourra également remercier le choix tactique improbable de Jens Scheuer lors du remplacement de Jovana Damnjanovic par Simone Laudehr à la pointe de son attaque. L’entrée de la défenseure munichoise (mais qui au début des années 2010 avait effectué quelques prestations au milieu de terrain) a grandement freiné les velléités offensives de Munich, alors que la rentrée de Zadrazil couplée à la montée d’un cran de Magull et Dallmann aurait sérieusement pu compliquer la tâche des Lyonnaises sur les vingt dernières minutes.

Face à une équipe parisienne possédant deux joueuses talentueuses sur les ailes (Nadim à gauche et Diani à droite), l’OL ne pourra pas se permettre de laisser autant d’espace sur les ailes que sur lors de la confrontation précédente, sous peine de devoir gérer rapidement des situations compliquées devant leur but. Beaucoup de points tactiques que Jean-Luc Vasseur a sans doute du intégrer à sa réflexion pour sa composition pour la demi-finale, dont on espère un dénouement favorable pour les Fenottes, même s’il faudra batailler face à une équipe revancharde et qui semble avoir repris confiance depuis sa défaite aux tirs au buts il y a quelques semaines en coupe de France.

Julien Perrier

(Photo Damien LG / OL)

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