Ligue des Champions féminine : cinq clés tactiques pour le double choc OL-PSG

OL

FÉMININES. Avant la première manche de la double confrontation européenne entre l’OL et PSG (aller mercredi à 18h à Paris, en clair sur RMC Story), on a synthétisé et illustré cinq points tactiques relatifs au jeu lyonnais actuel pouvant faire basculer le cours de ce quart de finale complètement indécis entre les deux meilleurs clubs français.

1/ Dézoner à bon escient

On va commencer par approfondir une remarque qui ressort assez régulièrement dans nos analyses récentes du jeu de l’OL : le dézonage systématique de l’attaquante de pointe lors de phases de construction des actions. Une situation qui ne constitue d’ailleurs pas forcément un problème offensif, mais qui le devient si le mouvement de la joueuse à la pointe de l’attaque ne produit aucun déséquilibre sur la défense, n’offre aucune solution de passe ou impacte le rendement des autres joueuses.

Quel que soit son déplacement sur le terrain, le but d’une attaquante mobile est de détraquer le dispositif défensif adverse afin de créer des failles ou des espaces libres pouvant par la suite être exploités pour créer des situations de but. Cette démarche ne peut toutefois se révéler payante que si le reste de l’équipe réussit à embrayer physiquement et techniquement sur ce premier décalage : ce n’est donc pas une surprise de constater par exemple que les appels tranchants de la légende suédoise Lotta Schelin dans le dos des défenses devenaient aussi létaux grâce à la qualité exceptionnelle de passe des milieux de terrain comme Camille Abily ou Louisa Necib.


(24:00 – 24:30) Exemple parfait de cette complémentarité lors de la demi-finale aller de Ligue des Champions 2011 face à Arsenal, où le jeu direct entre Lara Dickenmann, Louisa Necib et Lotta Schelin permet en deux passes d’éliminer sept Anglaises et de trouver en profondeur l’attaquante suédoise, qui a ensuite tout son temps pour remporter son duel face à Emma Byrne.

Camille Abily : « Si on avait couru plus vite,
on n’aurait pas été numéro 10 ! »

Dans un style de jeu complètement différent, on peut appliquer le même raisonnement au positionnement d’Ada Hegerberg sur sa première touche de balle, qui maintient les blocs adverses très haut pour permettre à des ailières comme Shanice Van de Sanden, Eugénie Le Sommer ou Delphine Cascarino d’exploiter par leur rapidité ou leur vivacité les espaces dans le dos des défenses.


(00:38 – 00:48) Une application assez classique de cette tactique lors de la 13e journée de D1 2018/19 face à Soyaux, lors de laquelle l’ouverture du score lyonnaise est provoquée par la première touche de balle d’Hegerberg qui oblige la défense de Soyaux à rester très haut et à laisser des espaces dans son dos, espaces qui seront exploités en une passe grâce à la vision du jeu d’Isobel Christiansen et à la vitesse de Van de Sanden

Injouable lorsqu’elle est bien coordonnée, cette tactique devient inutile lorsque les mouvements de l’attaquante ne peuvent être suivis par le milieu de terrain, ou qu’ils arrivent directement dans une zone contrôlée majoritairement par l’adversaire, comme l’a vécu Milan face à la Juventus lors de la quatrième journée de Serie A.


(23:45 – 24:15) Une problématique très bien illustrée par la difficulté du Milan AC à construire proprement sur cette rencontre : au lieu d’utiliser la largueur du terrain pour étirer le bloc adverse, les deux attaquantes milanaises ne proposent que des solutions statiques ou des décrochages arrivant directement dans la zone de récupération privilégiée de la Juventus. Sans surprise, la passe longue de Laura Agard pour le contrôle dos au but de Natasha Dowie au centre du terrain ramène directement la balle dans les pieds de Sofie Junge-Pedersen, qui peut immédiatement lancer une séquence de contre-attaque pour la Juventus.

Alors que la double confrontation contre le PSG se profile, la question du dézonage de l’attaquante de pointe semble toujours aussi problématique pour le jeu lyonnais, d’autant plus que ce dispositif ne semble profitable ni pour Nikita Parris, plus à l’aise avec de l’espace face au jeu, ni aux ailières ayant tendance à recentrer dans cette zone et qui y trouvent plus de densité, ni aux milieux de terrain ayant du mal à jouer entre dans les lignes adverses. La question du maintien de cette tactique peut donc logiquement se poser, en se demandant s’il n’est pas préférable de conserver une joueuse le plus haut possible sur le terrain, afin de peser sur l’arrière-garde parisienne et de trouver de meilleures positions de frappe. Surtout dans ce type de rencontres où toutes les occasions vaudront cher.

2/ Placer ses attaques

Un autre point de frustration classique du jeu lyonnais est l’incapacité à déséquilibrer régulièrement les blocs adverses sur un jeu placé collectif. Un problème qui s’explique autant par la faible fréquence du milieu de l’OL à se positionner entre les lignes adverses que par la difficulté d’en tirer un quelconque avantage dès qu’une joueuse y parvient. Sans contexte, une joueuse recevant la balle entre le milieu et la défense adverses ne représente rien de plus qu’une joueuse positionnée entre les lignes. Ce sont les mouvements de ses partenaires et l’animation offensive autour d’elle qui vont faire basculer la suite de l’action, vers la perte de la balle très probable si personne n’a suivi ou la situation dangereuse si ce positionnement amorce une séquence tactique plus approfondie.

La réussite d’un jeu placé se pense forcément collectivement, dans le sens où le dispositif défensif d’une équipe sérieuse pourra gérer assez facilement un appel de balle isolé, mais sera beaucoup moins serein pour bloquer quatre ou cinq joueuses partant dans des directions différentes. On retrouve une illustration parfaite de ce principe dans les actions collectives de Barcelone, qui permettent aussi bien de percer des blocs centraux très denses ou de forcer leur adversaire à découvrir complètement leurs ailes, comme Levante l’a appris à ses dépens lors des deux dernières éditions de Liga Iberdola.


(42:12 – 43:10) En deux reversements de jeu et grâce aux appels entre les lignes de Mariona Caldentey, Alexia Putellas et Jenni Hermoso qui désorganisent complètement les marquages adverses, le Barça va réussir à dégarnir la défense de Levante sur les deux ailes et permettre à Leila Ouahabi d’ajuster un centre au second poteau repris sans opposition par Caroline Graham Hansen.


(39:24 – 39:53) Dans cette situation, l’appel entre les lignes n’est plus utilisé comme une fausse piste mais comme un point de transmission pour passer le milieu adverse : Jenni Hermoso, initialement devant le milieu à trois de Levante, se retrouve après un jeu triangle avec Alexia Putellas et Mariona Caldentey derrière la ligne Antonova – Banini – Toletti, et peut décaler Caroline Graham Hansen qui n’a plus qu’à jouer un un-contre-un facile contre Aldana Cometti pour ouvrir le score.

Etant donné le PSG s’alignera très probablement en 4-3-3 avec un bloc assez haut et agressif, les points de déséquilibre de la formation parisienne seront donc situés autour de la milieu défensive et derrière les latérales. Pour remporter le match, les Fenottes devront donc combiner collectivement et intelligemment dans ces zones de terrain, et notamment utiliser les phases de jeu en triangle entre latérale, milieu centrale et ailière pour lancer une joueuse complètement démarquée qui pourra amorcer des situations dangereuses, comme on l’a parfois vu lors des confrontations face à Brøndby.


(1:12:58 – 1:13:22) Avec par exemple une bonne combinaison de passes entre Amel Majri, Dzsenifer Marozsan et Sakina Karchaoui qui permet à cette dernière de prendre à revers le pressing agressif des joueuses danoises et de débouler sur l’aile gauche pour déclencher un centre, malheureusement mal ajusté.

3/ Gérer les récupérations hautes adverses

Dans les régressions notables de l’OL sous Jean-Luc Vasseur, on remarque rapidement la fébrilité du collectif lyonnais dès que l’adversaire déclenche un pressing assez haut et agressif, et notamment l’absence de réorganisation tactique si la balle est perdue sur les premières phases de jeu. Une tendance observée face au PSG en championnat en novembre, mais également sur la scène européenne où chaque mauvaise transmission au niveau du rond central était quasiment sanctionnée par une situation extrêmement chaude, voire un but pour l’adversaire.


(0:55) Le but du PSG à l’aller en D1, comme celui de la Juventus en Ligue des Champions (41:55) ou la faute provoquant le coup franc finissant sur la barre contre Brøndby (11:27), viennent de la passivité lyonnaise dès le changement de possession, ce qui donne le temps aux milieux adverses de construire leur contre-attaque et permet aussi aux attaquantes d’arriver lancées face à la défense de l’OL pour prendre la profondeur sans trop d’opposition.

L’OL ayant actuellement tendance à développer son jeu en confisquant la balle et en étouffant l’adversaire dans sa moitié de terrain, cette situation retranscrit du coup la déformation d’une équipe tellement habituée à démarrer ses attaques sans opposition que les joueuses semblent surprises et dépassées face à un bon pressing haut et volontaire, et montre également l’absence de tactique de secours pour tenter de bloquer la contre-attaque adverse dès la perte de balle. Cette absence de méfiance au moment des premières relances ne s’applique d’ailleurs pas qu’aux Lyonnaises actuelles : Lucy Bronze s’est ainsi fait piéger par le pressing glissant de United dans le derby de Manchester, qui l’a obligée à rendre dans la précipitation une balle plein axe et à offrir une passe décisive à Tobin Heath sur l’un des buts de l’année en WSL.

A défaut de pouvoir gérer convenablement un pressing étouffant, les Fenottes doivent surtout apprendre à se réorganiser rapidement dès la récupération adverse, en serrant violemment le marquage dans l’entrejeu et sur les attaquantes partant en contre-attaque. Un objectif vital face à une équipe parisienne cherchant souvent à récupérer les ballons très haut sur le terrain, et qui pourra mettre rapidement en danger l’OL si aucune parade n’est trouvée.

4/ Pouvoir revenir dans le match

Pour ce chapitre, nous partons à Santiago de Quérétaro, le 30 Novembre dernier. On joue depuis 34 minutes dans ce quart de finale retour des play-offs de Guard1anes 2020 (le championnat mexicain) entre Atlas (2e de la saison régulière) et Quérétaro (7e), quand Adriana Iturbide passe en revue l’intégralité de la défense des Gallos Blancos avant de battre la gardienne Diana Garcia d’un tir croisé imparable qui redonne l’avantage à son équipe. Dans la lignée de leur victoire au match aller trois jours auparavant sur un but à la dernière minute de leur attaquante vedette Alison Gonzalez, l’Atlas semble se diriger tout droit vers un match facile et une qualification logique pour les demi-finales du tournoi, et la mauvaise relance de leur gardienne Ana Gaby Paz quelques minutes plus tôt ne semble être qu’une péripétie dans une double confrontation correctement maîtrisée…

50 minutes plus tard, le scénario rêvé s’est transformé en cauchemar : Quérétaro vient de marquer deux fois en dix minutes, et tient désormais sa qualification grâce au nombre de buts à l’extérieur. Les joueuses de l’Atlas, sous le choc, sont incapables de renverser la vapeur dans les dernières minutes du match et sont éliminées à la surprise générale par à une équipe clairement en dessous de leur niveau.

Deux mois plus tard, Quérétaro sort une nouvelle prouesse de résilience lors de la cinquième journée de Guard1anes 2021, cette fois-ci face aux Chivas de Guadalajara : menées 0-3 après 24 minutes, les joueuses de Carla Rossi réussissent non seulement à revenir au score, mais auraient même pu l’emporter si un pénalty leur avait été accordé dans les dernières minutes d’un match qui s’acheva par deux cartons rouges et une échauffourée générale.

Quérétaro ne peut pourtant pas se vanter d’avoir une équipe fantastique pour le championnat mexicain, l’un des plus funs à suivre actuellement : elle n’a pas une ligne offensive sublimée par une trequartista exceptionnelle comme les Tigres de Stephany Mayor ou les Rayadas de Desiree Monsivais, et n’est pas portée par une attaquante clairement au-dessus comme l’Atlas d’Alison Gonzalez, le Club America de Daniela Espinosa ou les Chivas d’Alicia Cervantes. Mais l’effectif est composé de quelques joueuses de bon niveau, et possède surtout un très gros mental et une application tactique parfaite.

Au lieu de se replier en défense quand tout allait mal pour elles, le mérite de ces joueuses est d’avoir eu la force de continuer à suivre leur plan de jeu initial : en analysant les deux matches précédents, on remarque que les buts ont été inscrits sur des situations similaires, provenant de récupérations hautes ou d’incursions dans des zones dangereuses pour provoquer des pénaltys et des frappes faciles. En gardant en tête que des erreurs vont forcément survenir tout au long d’une rencontre, Quérétaro a eu le sang-froid de continuer à jouer haut pour tenter de les convertir le plus facilement possible en occasions de but, et le score de ces deux parties est la juste récompense d’un maintien de cap audacieux sur le moment mais tactiquement pertinent dans l’approche globale du match.

Une mentalité que l’OL devra avoir contre le PSG, notamment si les événements de début de match ne tournent pas en sa faveur. Au vu des entames de match lyonnaises sur les dernières rencontres, il n’est pas impossible que les Fenottes soient menées assez rapidement au score, mais cela ne doit certainement pas stopper leurs velléités d’imposer leur tactique et leurs séquences offensives : il faudra continuer à jouer, haut si possible, de manière à convertir les erreurs parisiennes qui finiront forcément par arriver au cours du match.

5/ Savoir fermer le match

Dans ce genre de match à fort enjeu, savoir conserver un avantage est tout aussi important que de réussir à le prendre. Face à une équipe parisienne résolument tournée vers l’offensive et déterminée à battre le club rival par tous les moyens, il est plus que probable de voir les Lyonnaises jouer beaucoup plus bas et plus défensif qu’habituellement. Pour défendre correctement quand l’adversaire a tendance à mettre toutes ses forces offensives dans la bataille, le plus important est d’éviter au maximum les occasions de but franches, ce qui implique non seulement de savoir défendre correctement mais aussi intelligemment, afin d’adapter la réponse défensive aux points forts du style de jeu adverse.

Contre une attaque parisienne pouvant être dangereuse sur trois fronts offensifs, la présence de Wendie Renard et d’un milieu expérimenté sera évidemment précieuse au même titre que les sorties aériennes de Sarah Bouhaddi, mais il faudra surtout épauler les latérales Ellie Carpenter et Sakina Karchaoui qui risquent d’être dépassées par les événements. Plus haut sur le terrain, la vitesse de Nikita Parris et l’efficacité actuelle de Melvine Malard seront des armes redoutables pour faire le break sur une contre-attaque et éviteront également que la défense centrale parisienne ne monte pour faire le surnombre au milieu.

Dernier écueil à éviter pour l’OL : rendre trop vite le ballon à l’adversaire et oublier de faire tourner le temps sur les phases de possession, surtout si le score est favorable en fin de match retour. Un écueil qui coûte d’ailleurs la qualification en huitième de finale de Ligue des Champions au Slavia Prague lors du match retour face à la Fiorentina : alors qu’elles tenaient le 0-0 à la 90e après un 2-2 à l’extérieur la semaine précédente, les Pragoises jouent un coup-franc bien placé en rendant directement la balle aux Italiennes, qui en profitent pour obtenir une dernière action victorieuse.

En conclusion, dans ce genre de parties serrées où chaque détail va compter, il faudra produire beaucoup plus de jeu que lors des précédents matches, ou au minimum éviter de se faire contrer bêtement sur une récupération haute adverse. Pour se mouiller et donner un pronostic, on joue donc le 1-1 à l‘aller, malgré un jeu assez pauvre et une ouverture du score rapide pour les Parisiennes, et une victoire 2-1 au mental sur le match retour. Une prédiction indécise pour un choc qui devrait être tactique.

Julien Perrier

(Photo Damien LG / OL)

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