Les 9 points problématiques de Sylvinho à la tête de l’OL

Sylvinho

BILAN. Sylvinho avait affirmé qu’il faudrait attendre dix matchs avant de tirer un premier bilan de son mandat à la tête de l’OL. Le club lyonnais lui en aura finalement offert un de plus avant de lui demander de rendre le sifflet qu’il portait trop serré autour de son cou. Retour sur le passage express du Brésilien en 9 points, un nombre pas choisi au hasard.

9 points… au classement de Ligue 1

Si l’on a choisi 9 points, ce n’est pas par hasard mais en référence au nombre de points pris en Ligue 1 par l’OL de Sylvinho après 9 journées. Du jamais-vu à ce stade de la compétition depuis 1995. À l’époque, Guy Stéphan était l’entraîneur lyonnais, Florian Maurice un grand espoir de 22 ans qui terminait la saison sur le podium des meilleurs buteurs de Division 1 (18 buts) derrière Sonny Anderson (Monaco, 21 buts) et Anto Drobnjak (Bastia, 20 buts), pendant que l’OL finissait lui à la 11e place de Ligue 1 à 24 points du champion auxerrois…

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Pas de coup de pied aux fesses au mercato

Sylvinho n’est pas le seul coupable. Mais l’ère brésilienne de l’OL aura commencé par un mercato géré timidement, notamment dans le sens des départs. En ne poussant pas les indésirables dehors, Juninho et Sylvinho se seront mis en situation de faiblesse. On pense évidemment aux deux comiques de l’aile droite. Mais aussi et surtout à Lucas Tousart, passé d’exemple de ce que ne doit pas être la sentinelle de l’OL lors de la conférence de presse de présentation des Brésiliens à un titulaire quasi-indiscutable de Sylvinho. Autant vous dire que ce n’était pas gagné pour voir un milieu défensif qui « aime le ballon et fait jouer son équipe ».

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Frileux, comme ses latéraux

Les belles choses aperçues en terme de pressing lors des deux premiers matchs (bon, il suffisait qu’il soit coordonné et tenu pendant un quart d’heure pour qu’on s’enthousiasme) se sont vite délitées, laissant apercevoir un entraîneur frileux derrière le costume cintré. Une frilosité illustrée par les consignes demandées très vite aux latéraux, qui auront souvent semblé ne pas avoir le droit de dépasser la ligne médiane. Un manque d’ambition indigne d’un club et d’un effectif comme l’OL. Comme un symbole (même si le succès à Leipzig n’était pas malheureux), la troisième et dernière victoire lyonnaise de Sylvinho sera d’ailleurs arrivée dans un 3-5-2 qui aura notamment libéré les latéraux.

Le U (The Ugly)

C’est presque la conséquence directe des deux derniers points. Des latéraux qui ne montent pas et une rampe de lancement incapable de faire une passe vers l’avant, ça a souvent donné de longues séquences où le ballon est allé d’une ligne de touche à l’autre avant de faire le voyage inverse sans dépasser la ligne médiane. Une réinterprétation encore plus radicale du fameux « U » de Genesio, encore plus plat qu’à l’époque. Selon WhoScored, l’OL était ainsi la deuxième équipe de Ligue 1 qui passait le moins de temps dans le tiers de terrain adverse (23%, seul Bordeaux faisant pire avec 22%) malgré la quatrième plus forte possession de balle du championnat.

Staff Only Lyon, No Entry

Pas question de sous-entendre que le staff déjà en place lui a savonné la planche ou qu’il n’est pas assez compétent, même si au moins l’une de ces deux questions finira par se poser. Mais là aussi, Sylvinho a voulu faire la révolution sans verser de sang et l’aura peut-être payé. Le Brésilien aurait en effet sans doute eu bien besoin d’un adjoint fort et chevronné plutôt que de ceux qui étaient déjà au club. Mais (trop heureux de signer dans une institution aussi prestigieuse alors qu’il n’avait aucune expérience ?), Sylvinho aura finalement débarqué en France avec le seul Fernando Lazaro, analyste vidéo dont on se demande s’il avait Windows Media Player sur son ordi vu les faiblesses récurrentes et non corrigées de l’OL…

Parle portugais, parle anglais, mais parle de foot bordel !

La conférence de presse de présentation l’avait bien montré : on ne demande qu’à entendre parler de foot pour s’enflammer. Mais Sylvinho a rapidement arrêté de le faire, préférant se concentrer sur « la mentalité » ou « la confiance ». Révélait-il alors sa nature profonde ou était-il influencé par un environnement OL qui croyait toujours que l’âge de ses joueurs était un facteur plus important que la tactique pour expliquer ses mauvais résultats ? Toujours est-il qu’à force de ne pas entendre parler football, on en a aussi de moins en moins vu. Et les questions des journalistes ne sont pas les seules coupables : on se souvient ainsi de cette conférence d’avant-déplacement à Brest où Sylvinho n’aura pas une seule seconde évoqué le jeu, mais uniquement parlé de « confiance », y compris lorsqu’il lui était demandé quels étaient les 2 ou 3 axes principaux de progression de l’OL dans le jeu.

Vidanges tardives

Était-ce là aussi un signe de frilosité ? Ou simplement un manque d’expérience qui le conduisait à lire difficilement les matchs ? Toujours est-il que les supporters de l’OL ont souvent pesté contre les changements tardifs (et frileux, même lorsqu’il n’avait rien à perdre comme à 10 contre 11 à Montpellier) de Sylvinho, avec en point d’orgue le match contre le Zénith où le quatrième arbitre n’a pas levé son panneau lumineux pour signaler un remplacement lyonnais avant la 77e minute. Lorsqu’on l’avait interrogé à ce sujet à l’époque, Christophe Kuchly du podcast tactique Vu du Banc avait vu une troisième voie à nos deux propositions : « Instinctivement je vois plus ça comme un trait de nouveau coach dans un club que de jeune dans le métier. Je pense que beaucoup d’entraîneurs viennent avec des idées préconçues sur le système et qui peut l’appliquer », postulait le co-auteur de Les entraîneurs révolutionnaires du football, en évoquant comme autres exemples le replacement en défense centrale d’Andrei Girotto par Christian Gourcuff à Nantes ou le refus d’André Villas-Boas d’aligner Dimitri Payet dans l’axe Marseille. « Il peut y avoir des réticences à inventer, ce qui peut aussi être se déjuger. J’imagine que quand tu estimes le projet neuf et fragile, tu dois te dire que bouleverser la structure va tuer les repères collectifs. » L’ironie de l’histoire est que Sylvinho sautera finalement après un Derby perdu à 10 contre 11 dans les dernières minutes… car Léo Dubois s’est blessé après les trois changements.

Où sont les Gones ?

On s’est pris à rêver de Maxence Caqueret lorsqu’on a entendu Juninho dessiner le portrait de la sentinelle technique en pré-saison. On a imaginé la façon dont Amine Gouiri pourrait être intégré au 4-3-3 de Sylvinho, en débutant pourquoi pas sur un côté si le système était assez souple. On s’est dit que Théo Ndicka (avant son prêt) ou Melvin Bard pourraient sans doute apporter du sang neuf en défense. Et on a même salivé devant les vidéos d’un Rayan Cherki de 16 ans, en se disant que quitte à demander des exploits individuels aux ailiers, autant en mettre un qui savait en faire. Mais aucun de ces joueurs n’a disputé la moindre minute cette saison, la frilosité de Sylvinho et sa gestion au statut ne permettant guère à l’OL d’assumer sa fibre formatrice. Sûr qu’ils auraient vraiment fait pire que Tousart, Marçal ou Traoré ?

Un fil perdu tactiquement

Arrivé en affirmant tenir à son système en 4-3-3 même s’il pourrait ponctuellement en changer mais avec toujours une défense à 4, Sylvinho aura finalement quitté l’OL après deux derniers matchs disputés avec 3 défenseurs centraux. L’aboutissement d’une série de 5 rencontres où le Brésilien aura changé de dispositif à chaque coup d’envoi, jusqu’au moment où il aura fini par gagner un match et laisser le même 3-5-2 à la rencontre suivante quand bien même les problèmes posés par Leipzig n’étaient pas les mêmes que ceux posés par Sainté et que Youssouf Koné (seul piston gauche de l’effectif) était absent. Exactement le manque d’idées tactiques et de gestion aux résultats que l’on reprochait à son prédécesseur.

Hugo Hélin

(Photo Damien LG / OL)

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