Jordan Gonzalez (La Duchère) : « Je regarde très peu ce qui se fait en France »

Gonzalez

ENTRETIEN. Jordan Gonzalez aurait dû faire ses débuts d’entraîneur de La Duchère contre la réserve de l’OL, mais le brouillard a reporté ce derby de National 2 à ce mercredi (à 14h30, en direct sur OL Play). 

Gonzalez a donc démarré son aventure duchéroise par une défaite chez Louhans-Cuiseaux le week-end dernier. Avant cela, ce coach de 31 ans nous avait accueillis pendant plus d’une heure pour parler de son parcours atypique, de ses inspirations en tant que coach et des transitions du Betis. Entre autres.

Tu connais le point commun entre tes futurs adversaires des prochaines semaines Marcelo (OL), Yohan Mollo (Hyères), Anthony Ouasfane (Toulon) et Stéphane Viglierchio (Rumilly Vallières) ? Un petit indice : on voulait faire ce jeu avec des joueurs de la Duchère, mais il n’y en a aucun !

Le point commun ? Non, désolé, aucune idée…

Ils sont tous plus vieux que toi.

C’est vrai que c’est évident une fois qu’on le sait. Mais il y a beaucoup de joueurs qui sont plus vieux que moi !

Il n’y a aucun trentenaire à la Duchère par contre, le joueur plus vieux de l’effectif a 29 ans. C’est plus facile en tant qu’entraîneur assez jeune ?

C’est plus facile parce qu’ils ne se feront pas cette réflexion, mais le relationnel serait le même si j’avais des joueurs de 34 ou 35 ans qu’avec des joueurs de 20 ans.

Tu te rends quand même compte que c’est assez rare d’avoir un coach de cet âge en France…

Surtout en France ! Donner la chance aux jeunes sur ce poste, ce n’est pas dans la culture française. C’est quelque chose qui ne se fait pas trop, même si c’est en train de changer un peu. Dans la poule, on est déjà trois par exemple.

« Ça peut donner des idées à d’autres clubs »

Comment tu expliques cette confiance ?

A haut niveau, on s’aperçoit qu’il y a de plus en plus d’entraîneurs qui n’ont pas connu une carrière de joueur qui entraînent une équipe première, on s’aperçoit qu’il y a des entraîneurs de plus en plus jeunes, et que leur âge ne les empêche pas d’avoir des résultats et de gérer des vestiaires importants. Les clubs amateurs s’identifient toujours au haut niveau, et se disent que c’est possible de faire la même chose dans le foot amateur.

Peut-être que c’est ça qui fait que ça change, mais après est-ce que c’est en train de changer dans les mentalités? Je ne sais pas. Je mets Gueïda (Fofana) un peu de côté à l’OL, c’est un peu différent, mais si Valentin (Guichard) à Jura Sud et moi ici on fait 6 mois où on arrive à avoir des bons petits résultats et à faire des choses intéressantes, je pense que ça peut donner des idées à d’autres clubs, qui se diront qu’eux aussi peuvent le faire. Ou alors au contraire si ça se passe mal ils se diront que ce n’est pas bon de griller des étapes !

Tu peux nous présenter un peu ton parcours, puisque que tu n’as pas encore de page Wikipédia…

J’ai commencé en tant que joueur à Givors et j’y ai joué longtemps. Après j’ai fait quelques années au CASCOL en tant que joueur, puis je suis retourné à Givors. À 17 ans et demi, j’ai décidé de me diriger vers l’encadrement, toujours à Givors où j’ai commencé, et à 18 ans je me suis dit pourquoi pas en faire un métier?

Au départ, je travaillais avec la mairie en tant qu’animateur sportif, et au sein du club j’avais commencé un BPJEPS (Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport, ndlr) en alternance. Du coup je gérais différentes équipes du club, plutôt sur l’école de foot – j’avais les 15 ans. Ça se passait bien et la deuxième année, il y a eu une réorganisation interne et sportive au CASCOL qui fait qu’ils cherchaient quelqu’un et qu’ils m’ont contacté.

Ils ont repris mon contrat et ma deuxième année de BPJEPS. J’ai terminé mon BPJEPS là-bas et j’y suis resté 7 ans. Là j’ai aussi touché à toutes les catégories et à tous les niveaux, jusqu’au plus haut niveau ligue, des seniors aux U6… J’ai été coordinateur sur des petits, responsable formation, on a créé un sport-études, on a créé un pôle socio-éducatif, j’ai été directeur sportif… Donc sur les 7 ans j’ai touché un petit peu à tout.

« J’étais un joueur de HR ! »

C’est là que tu pars au FC Lyon…

J’ai 26 ans quand je pars, et là je passe 2 ans au FC Lyon. J’ai les U19 DH puis les U17 Nat, avec qui on fait deux belles saisons. Avec les U19, on rate la montée de peu et avec les U17 on finit premiers de la poule.

À l’issue de ces deux saisons, la Duchère me sollicite et me propose un contrat de travail. Moi j’avais résilié mon contrat au CASCOL et au FC Lyon je n’avais pas de contrat, donc j’ai dit oui.

En parallèle, entre le CASCOL et le FC Lyon, je travaillais aussi avec le district et la ligue RA, où j’intervenais sur les formations fédérales d’entraîneurs et où je travaillais aussi avec la section sportive des Minimes.

C’est avec le FC Lyon qu’on t’a connu, avec cette belle saison en U17.

Ça a mis en avant le travail qu’on faisait avec mon staff depuis quelques années. On a eu beaucoup de visibilité, en plus on était deux clubs amateurs à réaliser ce parcours, donc c’était marquant. C’est toujours mon meilleur souvenir en tant qu’entraîneur.

Comment tu l’expliques ce succès-là avec le recul ? Un bon groupe, un bon travail des formateurs, un peu de tout ?

Honnêtement, il y avait un peu de tout. Au départ, le groupe n’était pas programmé pour ce parcours-là. Il y avait de bons joueurs, mais individuellement il n’y avait pas un joueur-clé. La preuve : aujourd’hui sur les 8 qui ont intégré un club, certains ne sont plus en structure pro et même ceux qui y sont restés en structure pro n’ont pas encore signé pro. À Montrouge, il y en a déjà trois ou quatre qui ont déjà fait des apparitions en Ligue 1 ou Ligue 2 comme (Check Oumar) Diakité au Paris FC ou (Bradley) Locko à Reims.

On voit la différence au niveau des individualités, mais on avait fait un énorme travail collectif. Les garçons ont vraiment beaucoup travaillé. La structure du FC Lyon a aussi permis cette réussite, parce qu’ils ont mis vraiment les joueurs et le staff dans les meilleures conditions pour bien travailler.

Tout ça a fait que la dynamique a pris et que les gamins ont commencé à y croire. Ils ont vraiment récolté les fruits de leur propre travail et c’est à eux qu’en revient le mérite.

Et c’est là que tu arrives à la Duchère, où tu continues de toucher à tout.

À la Duchère, dès mon arrivée j’étais sur des missions avec la N1, en tant qu’analyste vidéo et second adjoint, surtout sur la première année où j’avais 70 % de travail de terrain avec Laurent Roussey et Ghislain (Anselmini).

La deuxième année j’étais purement analyste vidéo, j’avais pas du tout de terrain parce que le coach Da Costa ne fonctionnait pas comme ça et ne me faisait pas trop confiance. Et ensuite j’ai fini les 6 premiers mois de Nicolas Le Bellec quand il est arrivé.

J’ai eu la chance de passer et d’obtenir mon DES, et cette année au départ j’étais uniquement responsable de la formation, avec les U18. Je m’étais détaché du monde senior pour me concentrer sur l’objectif du club, qui est la montée en U19 Nat, et la restructuration du pôle formation.

Tu avais ressenti que c’était toi qui reprendrais l’équipe en cas de départ de Le Bellec ?

L’option interne était prioritaire, et en interne j’étais le choix numéro 1. J’en avais entendu un peu parler, on ne va pas se le cacher. Mais c’était plus sur du moyen terme, pas pour tout de suite.

En plus de ton âge, tu n’as jamais été joueur pro. C’est aussi quelque chose de rare en France.

J’ai joué jusqu’en R2 en senior, et encore j’ai arrêté tôt. Comme j’étais salarié du club, j’ai dû faire un choix. Mais bon voilà, j’étais un joueur de HR quoi ! Au DES, j’étais un de ceux qui avaient joué au plus bas niveau.

Ce n’est pas un peu compliqué parfois ?

Après, je me débrouille hein ! Mais c’est vrai que c’est pas évident quand tu dois jouer avec Pedretti, David Ducourtioux, Mavuba et Jérémy Clément en formation. Le ballon arrive vite !

« Le jour où je n’aimerai plus le foot, j’arrêterai »

On dit souvent que les joueurs qui deviennent entraîneurs s’inspirent de leurs coachs. Comment tu t’es construit en tant qu’entraîneur sans cette expérience ?

J’ai pris un peu de tout : un peu de mes anciens coachs, que j’ai eus en tant que joueur amateur, un peu de ma personnalité, de ma vision du foot, et beaucoup de ce que je voyais au haut niveau.

Pas uniquement regarder les matchs, mais aussi comment les entraîneurs managent, les causeries, leur manière de parler en interview, les idées, ce qu’ils recherchaient…

Je me suis inspiré un peu de tout ça, avec Cruyff et Guardiola par-dessus tout. C’est eux, et donc le Barça, qui ont vraiment façonné ma vision du foot.

J’ai toujours eu cette identité où on doit donner du plaisir aux personnes qui viennent voir le match, et où le plaisir passe par le beau jeu. Moi, c’est ma vision du football.

Est-ce que tu penses que le fait de ne pas être ancien pro peut justement aider à développer cette vision des choses ?

Je connais même le Barça des années 80 alors que je suis né en 1990 !

Moi je suis quelqu’un d’assez détaché. Le foot, c’est mon travail, mais c’est avant tout une passion. Je fais ce que j’aime. Le jour où je n’aimerai plus le foot, j’arrêterai. Si aujourd’hui on me demande de me focaliser sur les résultats et de laisser tomber certains de mes principes, j’arrêterai également.

C’est vraiment la passion qui m’alimente et qui me permet d’avoir des résultats, entre guillemets. Je ne veux pas me détacher de ça, c’est important pour moi.

Tu citais Cruyff en exemple, tu n’as pas vraiment dû le connaître…

J’ai regardé toutes les archives du Barça, donc je connais même le Barça des années 80 alors que je suis né en 1990 !

Depuis que j’ai 8 ans, je suis le Barça. Dans une famille d’Espagnols originaires d’Andalousie, ce n’est pas facile d’être pour un club catalan. J’étais le seul.

Cette équipe, son jeu, sa façon de jouer et son identité, c’est vraiment quelque chose qui m’a toujours marqué. J’ai toujours vu le football comme ça.

Tes principes sont les mêmes ?

Les principes sont là, mais aujourd’hui je les adapte aussi aux caractéristiques du groupe que je vais avoir, au niveau où j’entraîne et à l’évolution du football. L’idée c’est d’arriver à adapter certains principes pour être dans la continuité tout en restant performant.

Même Guardiola a évolué, en s’adaptant aux identités de ses équipes par exemple.

Exactement, on est obligé de s’adapter à ce qui se passe. Aujourd’hui, je dois m’adapter au contexte de la Duchère, à la situation au classement, au groupe actuel que j’ai pas choisi… Je dois prendre tout ça en compte pour pouvoir faire passer certaines idées, mais je ne peux pas aller au maximum de ce que j’ai envie de faire.

Est-ce que tu as d’autres influences ?

Honnêtement, je regarde très peu ce qui se fait en France. C’est bête à dire, parce que j’ai été formé en France et que j’ai suivi les formations françaises.

J’ai aussi beaucoup regardé le foot italien à l’époque et le foot allemand. Le foot allemand aujourd’hui, c’est un modèle pour tout ce qui est transition et capacité à faire les efforts. Je m’appuie beaucoup sur le football de transition et les entraîneurs allemands sont aussi des modèles. On voit beaucoup d’entraîneurs allemands sortir aujourd’hui, et ils ont une vision du foot et une manière de travailler qui sont intéressantes, avec beaucoup d’intensité.

L’Italie, à l’époque, c’était plutôt le côté rigoureux dans le travail et la tactique, les efforts… Moi j’essaye de mélanger un peu tout ça, de prendre ce qui se fait de mieux à droite et à gauche. Mais je m’inspire beaucoup des mentalités étrangères.

Honnêtement, je regarde très peu ce qui se fait en France. C’est bête à dire, parce que j’ai été formé en France et que j’ai suivi les formations françaises, mais je m’inspire beaucoup de ce qui se fait en Hollande, en Espagne forcément, au Portugal… mais moins en France.

Même si on pourrait justement dire que c’est ça l’identité française, un mélange de plein d’influences, ne serait-ce que parce que géographiquement on est au centre de tout ça.

C’est aussi pour ça que la formation française est reconnue : elle est complète, elle touche un peu à tout. Mais il n’y a pas vraiment d’identité qui ressort, on voit de tout.

Tu parles de l’Allemagne. Quand on parle avec un entraîneur de 31 ans, on est obligés de faire le parallèle avec la Bundesliga où le Bayern est entraîné par quelqu’un de 34 ans…

Aujourd’hui, Nagelsmann c’est un exemple par rapport à ce qu’il a fait à Leipzig. En France, il n’aurait jamais percé. Et ce n’est pas le premier jeune entraîneur sans expérience comme ça à sortir en Allemagne.

On voit bien la différence de mentalité, c’est plus ouvert là-bas. Il a réussi à faire des choses importantes avec Leipzig et aujourd’hui il coache le plus grand club allemand, le Bayern. C’est mérité, mais c’est rare de voir ça.

C’est vraiment un exemple sur sa manière de faire. Je regarde son management, parce qu’il gère des grosses stars, des joueurs âgés… Il gère des egos qu’on n’a pas ici à la Duchère. Ça m’intéresse de savoir comment il fait, comment il s’adapte.

Je ne parle pas allemand, mais je regarde pas mal de conférences, je traduis les articles. Il a une proximité avec ses joueurs, mais avec une certaine capacité à mettre aussi des barrières. Il utilise la proximité en âge pour faciliter le relationnel et faire passer certains messages. Et puis bon, ses compétences lui donnent de la crédibilité aussi.

« Je n’ai pas d’ego, donc je ne veux pas que mon groupe en ait »

Et toi, tu es aussi un entraîneur proche des joueurs ?

Je préfère que, même si ça passe mal, on se dise que je suis un con mais qu’au moins je suis un con honnête !

J’ai toujours fonctionné comme ça avec les jeunes. J’ai toujours aussi été dans le rôle du grand frère, au-delà du football, en essayant aussi de les éduquer et leur apporter des valeurs humaines.

Je l’ai dit, c’est une passion avant tout. L’idée c’est qu’on passe un bon moment. S’il n’y a pas de plaisir, c’est compliqué, donc il faut mettre les joueurs dans des conditions où le plaisir prime sur tout. La notion de plaisir est importante et ça passe par mon attitude avec les joueurs.

Je suis quelqu’un d’assez proche, qui est ouvert à entendre des choses de la part des joueurs, que ce soit positif ou négatif. Je suis quelqu’un qui se remet beaucoup en question. Et dans l’autre sens, j’essaye d’être le plus droit et juste possible et de dire les choses en toute transparence et honnêteté. Je préfère que, même si ça passe mal, on se dise que je suis un con mais qu’au moins je suis un con honnête !

Avec les seniors je fais encore plus attention à ça, je suis totalement transparent avec eux. Quand quelque chose me plait je le dis, quand quelque chose ne me plait pas je le dis également. Je n’ai pas d’ego, donc je ne veux pas que mon groupe en ait non plus.

On dit souvent que formateur et entraîneur sont deux métiers différents. Tu as réfléchi à des ajustements avant de passer de l’un à l’autre ?

Quand on dit A à un joueur et qu’on fait B… Le plus important c’est d’avoir le groupe avec soi et là le groupe n’était pas avec lui.

Mes deux années avec la N1, en ayant vu trois coachs différents, m’ont beaucoup apporté. Ça m’a permis de voir ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut pas faire aussi.

Avec Roussey ça se passait très bien, c’était quelqu’un avec beaucoup d’expérience et un gros vécu, qui humainement était quelqu’un de très bien. En étant second adjoint, j’avais une vraie proximité avec les joueurs. Dans ma relation avec eux, j’étais un joueur plutôt qu’un membre du staff. Ça m’a permis d’identifier les besoins qu’ils avaient, les attentes qu’ils pouvaient avoir envers le staff et le coach, les attentes dans le jeu, comment ils voyaient les choses tactiquement.

Dans l’autre sens, j’ai vu comment ça se passe mal dans un groupe avec le coach (Manu) Da Costa. Sa vision du foot se rapprochait de la mienne… sur le papier ! Après il y a ce qu’on dit et ce qu’on fait, et là mes valeurs ne correspondait pas aux siennes. Lui et moi, je ne pense pas qu’on se porte dans nos cœurs. Je suis resté à ma place d’analyste vidéo, mais dans le management j’étais en désaccord avec ce qu’il se faisait. Quand on dit A à un joueur et qu’on fait B… Le plus important c’est d’avoir le groupe avec soi et là le groupe n’était pas avec lui.

Gonzalez

Être à la vidéo, ça a pu t’apprendre des choses en tant que coach ?

Je traite les informations différemment aujourd’hui. Analyser les adversaires fait que t’es toujours en réflexion et que tu regardes beaucoup de match. Tu ajustes ton œil footballistique et tactique.

J’utilisais déjà beaucoup la vidéo avec les jeunes auparavant. Pour moi, c’est utile parce qu’un match vu du banc de touche et à la vidéo, ce n’est pas la même chose. Les deux points de vue sont différents, et à l’instant T on vit la rencontre et ce n’est pas du tout pareil à tête reposée.

C’est un outil parlant pour les joueurs, un outil pédagogique. Et à tout niveau, même en seniors et même avec des pros. On ne peut pas mentir avec la vidéo. En entretien individuel, si tu dis « il faudrait faire ça, j’attends ça » et que le joueur commence à t’embrouiller, tu lui montres la vidéo. C’est du concret.

Tu te vois toujours comme un coach en construction ?

Bien sûr ! Même à 50 ans, je serai en construction. Le foot évolue. Différents chemins mènent à la réussite. Il faut toujours évoluer.

A quel moment de ton parcours tu as le plus évolué ? 

J’ai été amené à prendre des responsabilités très jeune à Givors. J’étais autodidacte, j’ai fait beaucoup d’erreurs, que je ne voyais pas tout de suite et que je corrigeais après. Je n’ai jamais eu un mentor pour me dire de ne pas faire ça ou ça. Aujourd’hui je demande beaucoup de conseils à mes collègues plus expérimentés, j’apprends d’eux, je suis attentif à tout ce qu’on peut me dire, j’écoute tout le monde.

J’écoute, mais je prends ce que je veux et je laisse ce que je ne veux pas. J’ai mes idées aussi, je suis ouvert sur certains trucs et fermé sur d’autres. Je pense que sur le management, le moment où j’ai le plus évolué c’est quand j’ai vécu avec la National. J’avais des expériences senior, mais là c’était des pros. Avec des contrats, avec la gestion de l’argent dans le vestiaire, avec des primes d’objectif, avec une pression différente de celle de R2, avec d’autres attentes de la part des joueurs. Ça m’a permis de modifier certaines choses, dans mon attitude, ma manière de parler avec les joueurs.

« Je veux une équipe qui aime avoir le ballon et qui n’aime pas l’avoir perdu »

Dans la gestion du groupe, le National 2 ressemble au National ?

C’est pareil. Tous nos joueurs sont sous contrat, il y a des primes de match. Les contraintes sont les mêmes, c’est juste le niveau de compétition qui change. Et il y a même encore plus de pression en N2, parce qu’une seule équipe monte et que tout le monde peut battre tout le monde.

Dans le jeu, ce serait quoi les principes non négociables de Jordan Gonzalez ?

Avant je voulais à tout prix qu’on multiplie les passes, qu’on ait une conservation où on use l’adversaire, j’étais dans l’extrême là-dessus, on faisait peut-être 40 passes pour en faire 1 qui faisait gagner 15 mètres.

Je veux que mon équipe soit conforme à l’idée que je me fais du football. Une équipe qui dégage de la passion, c’est à dire qui fait des efforts intensifs, qui aime avoir le ballon et qui n’aime pas l’avoir perdu. Ça doit se sentir à la perte.

Une équipe agressive, parce que je suis compétiteur et que je vis très mal la défaite. Je veux que mes joueurs aient cet état d’esprit.

Et une équipe qui dans le jeu doit donner du plaisir, être en confiance, prendre des initiatives, faire des choses en toute liberté… à certains endroits !

Après, je ne vais pas te dire qu’on va jouer de telle ou telle façon. J’évolue. Avant je voulais à tout prix qu’on multiplie les passes, qu’on ait une conservation où on use l’adversaire, j’étais dans l’extrême là-dessus, on faisait peut-être 40 passes pour en faire 1 qui faisait gagner 15 mètres.

Aujourd’hui si en 3 passes on peut être dans la surface et marquer, je le fais. Et je travaille pour que mes équipes arrivent à ça. Donc j’ai adapté certaines visions.

« J’adapte ce qui se fait au haut niveau à ce qui est faisable au nôtre »

Tu regardes beaucoup de matchs au-delà de ceux pour superviser un adversaire ?

On ne peut pas demander à nos joueurs ce que Klopp demande à Liverpool. Et je n’ai pas non plus la prétention de demander ce que Klopp demande.

Ça fait 3 ans que je ne regarde quasiment plus de foot à la TV. Quand j’étais à la vidéo, je regardais 3 à 6 matchs de National par semaine et, je ne vais pas te l’apprendre, ce n’est pas toujours du football total. Donc à un moment donné, tu fais un peu une overdose !

Surtout qu’aujourd’hui je vis avec quelqu’un et je veux qu’il y ait une séparation entre le foot et la vie privée. Je regarde le Barça, les gros matchs de Ligue des Champions, et la Coupe du monde.

L’exemple c’est toujours le haut niveau. Qu’est-ce qui y est fait, qu’est-ce qui y fonctionne ? Et comment on peut l’adapter au niveau amateur ?

Les joueurs ne sont pas les mêmes, est-ce qu’il ne faut pas plutôt regarder des exemples plus abordables ?

Il faut adapter à son équipe. On ne peut pas demander à nos joueurs ce que Klopp demande à Liverpool. Et je n’ai pas non plus la prétention de demander ce que Klopp demande. Il faut rester à sa place, aujourd’hui je n’ai pas sa compétence et sa vision.

J’adapte ce qui se fait à haut niveau à ce qui est faisable au nôtre. Mais en général, ce qu’on voit à haut niveau on le voit deux ou trois ans après en amateurs, avec une différence de niveau évidemment.

Le football évolue constamment, mais il se renouvelle. Il n’y a rien de nouveau, c’est du renouvellement avec des adaptations. Le football a été inventé une fois, il ne sera pas inventé cinquante fois.

Comment tu imagines les prochaines évolutions ?

Il n’y aura plus de système. Les joueurs seront capables de jouer dans des zones. Ils seront beaucoup plus complets. A tous les postes, il faudra être capable de savoir tout faire. C’est pour ça que je pense que les systèmes se perdront.

On les dira quand même toujours avant les matchs à la TV ou dans nos articles, c’est plus facile !

Ah mais c’est sûr, ça reste quand même une base. La notion de transition prend aussi une place plus importante et je pense que les deux vont ensemble. Vu que les transitions sont importantes au haut niveau, les joueurs ne sont pas forcément au poste où ils étaient au départ, ils doivent être en capacité de s’adapter.

Ça peut se travailler ça, l’imprévisible ?

La transition c’est le fil conducteur de mes séances, depuis le lundi. Même sur de la récup, il faut qu’elle soit présente.

Il faut proposer aux joueurs différentes situations et leur faire travailleur leur capacité d’adaptation. Pour que le jour J, celui du match, ils soient en capacité d’avoir les bonnes réponses dans les pieds.

Les notions de possession et transition semblent parfois antinomiques, ça peut aller ensemble ?

Ça dépend de ce qu’on met derrière possession. Aujourd’hui on associe ça à l’Espagne de l’époque qui l’utilisait pour endormir l’adversaire, et du coup ça devient presque négatif.

Mais il y a différentes possessions. Certaines équipes font de la possession dans leur camp, d’autres uniquement dans le camp adverse. Certaines équipes sont très fortes pour anticiper les pertes, et jouer ces actions-là.

Il peut y avoir des séquences où l’équipe fait limite exprès de perdre la balle pour la récupérer derrière ?

Il y en a qui le font. Honnêtement, c’est quelque chose du haut niveau qui m’inspire. J’ai déjà réfléchi à créer des entraînements là-dessus, mais je ne l’ai jamais fait car ça demande une compréhension du jeu qui est tout là-haut.

Pour dire à ton équipe que tu vas perdre la balle ici, pour la récupérer dans un second temps, et pour être bon après, il faut avoir des joueurs en capacité de l’entendre, et de le comprendre, et de le faire. Pour moi, c’est quelque chose du du haut niveau qui n’est pas adaptable.

Mais tu arrives à le voir quand tu regardes un match ?

Oui. Après, je ne pense pas qu’ils font exprès de perdre la balle. Mais ils l’emmènent le ballon à tel endroit, avec un nombre de joueurs conséquents pour anticiper la chose s’ils la perdent.

Je pense que Liverpool et Chelsea le font. Naples aussi. Et en Espagne, il y a deux ou trois équipes moins cotées qui le font. Le Betis avec (Manuel) Pellegrini le fait beaucoup.

Ils amènent le ballon dans certains endroits, ils savent entre guillemets qu’ils vont la perdre, mais ils ont assez de joueurs pour la récupérer à la perte, et ils sont efficaces sur les transitions. Les deux transitions d’ailleurs, celle à la perte et celle à la récupération.

C’est quelque chose auquel je réfléchis beaucoup en ce moment, parce que c’est lié à la transition et que je suis très axé là-dessus. Mais c’est quelque chose de difficile à mettre en place, avec le groupe que j’ai et les objectifs que j’ai.

Justement, un groupe jeune, un coach jeune, et avec des envies de jouer : au niveau des clichés, on se dit que ça va être compliqué pour le maintien…

Le cliché c’est « On joue le maintien, donc on ne peut pas jouer au jouer au foot ! » Mais l’équipe n’a pas joué au foot les six premiers mois et joue aujourd’hui le maintien, donc qui me dit qu’on n’aura pas de meilleurs résultats en le faisant ?

Propos recueillis par Hugo Hélin

(Photos Lyon La Duchère)

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>