Joël Fréchet : « Je suis plus fier de mes 17 ans de carrière que de mon premier match »

Fréchet

ENTRETIEN. Figure bien connue de la formation lyonnaise, Joël Fréchet est surtout le plus jeune joueur de l’histoire de l’OL. Lancé en Division 1 dans un derby à Geoffroy-Guichard à seulement 15 ans, 10 mois et 3 jours le 12 septembre 1981, il était ce soir-là au marquage de Michel Platini qui lui avait selon la légende demandé de laisser son short tranquille. Un interlocuteur privilégié pour discuter après les débuts en pro de Rayan Cherki (quatrième plus jeune de l’histoire de l’OL après Fréchet, Willem Geubbels et Laurent Fournier).

« Je n’ai pas eu le temps de beaucoup réfléchir »

Dès qu’un jeune fait ses débuts, on dit que c’est un moment dont il se souviendra toute sa vie. C’est vraiment le cas ?

Moi on me le rappelle parce que c’était un derby, que c’était à Saint-Etienne, que je marquais Michel Platini et qu’il y avait un record. Le premier match en pro est toujours un moment particulier, mais le plus important est de jouer. Je dis toujours que je suis plus fier de mes 17 ans de carrière que de mon premier match, même si ça reste un bon souvenir. Ce sera pareil pour lui, il faut lui souhaiter de faire une belle carrière.

Est-ce qu’il y a un stress de la première fois ?

Je n’ai pas eu le temps de beaucoup réfléchir. J’étais en stage avec une sélection régionale à Valence et c’est Fleury Di Nallo [alors recruteur à l’OL et qui l’a repéré] qui m’a appelé et m’a dit « Tu vas jouer le derby ce week-end ». J’ai dit « Ah bon ? », je venais juste d’arriver d’un petit club de l’Isère. Il y avait quelques blessés, Jean-Louis Desvignes et Laurent Fournier, et c’est pour ça que j’ai joué. C’est un concours de circonstances, mais on prend sa chance à bras le corps. Et on n’a pas le temps de réfléchir. Il y avait une vingtaine de milliers de spectateurs, c’était la grande équipe de Saint-Étienne avant que Platini n’aille à la Juventus. On se concentre, on est dans l’événement et on essaye de ne pas le subir.

On a l’impression que beaucoup de joueurs ont été lancés très jeunes vers la fin des années 70 et le début des années 80. C’était l’époque qui voulait ça ?

C’était l’époque, et c’était entre Saint-Étienne et Lyon. Il y a eu Laurent Roussey à 16 ans, ensuite Paga à 15 ans 10 mois et quelques jours de moins que moi, et après ça a été Laurent Fournier à un peu plus de 16 ans, et moi.

« C’était le début de l’efficacité des centres de formation »

À quoi était dû ce phénomène selon vous ? Une extension de la rivalité régionale ? Le début des centres de formation ?

Disons que c’était le début de l’efficacité des centres de formation.Le nôtre a commencé en 1974, et moi j’en suis sorti en 1981. Quand les clubs avaient un ou deux bons joueurs, ils leur donnaient leur chance. Et puis évidemment qu’il y avait une rivalité régionale pour montrer qu’on avait de bons jeunes. Ce qui a d’ailleurs toujours été le cas, puisqu’il y a toujours eu deux bons centres de formation et un vrai respect. Bien sûr qu’on joue les derbies joue pour les gagner, mais on connaissait bien les joueurs du centre de l’ASSE parce qu’on était ensemble en sélection nationale.

Laurent Paganelli a souvent expliqué qu’il se sentait en marge en arrivant en pro, comme un gamin au milieu d’adultes. Les jeunes d’aujourd’hui semblent mieux préparés à cette transition, non ?

Les jeunes ont un peu plus les dents longues. Je peux vous en parler parce que ça fait 15 ans que je suis chez les jeunes à l’Académie. On était dans notre coin, il y avait tout un protocole et une hiérarchie quand on entrait dans le groupe pro. Je me souviens d’Alain Moizan qui m’avait expliqué : « Petit… Le jeudi, calme. Le vendredi, on prépare le match ». Nous on était à fond tout le temps, même à l’entraînement.

« C’est l’environnement autour qui a changé »

Est-ce que commencer jeune a eu une incidence sur la suite de votre carrière ?

Je ne me suis jamais posé la question. Je me suis toujours dit « Et maintenant ? Qu’est-ce qu’il faut faire pour gagner sa place pour le match d’après ? » C’est ce que je dis toujours aux jeunes ; à chaque match suffit sa peine. On a gagné, c’est bien. On a perdu, il faut repartir de l’avant à titre individuel et collectif.

Cherki a aussi dû faire face à de grosses sollicitations, notamment de Manchester United. Ce marché des jeunes n’existait pas à l’époque…

Vous savez, on dit ça, mais même s’il n’y avait pas les mêmes cellules de recrutement les jeunes étaient déjà vus par les meilleurs clubs européens il y a 30 ans. Seulement, la législation était différente et personne n’était parti à l’étranger, donc les jeunes n’avaient pas d’exemple. Mais c’est sûr que ça ne doit pas être facile d’entendre ces chiffres. Ce ne sont pas les mêmes données psychologiques qu’à l’époque. Il faut résister à la pression par rapport aux enjeux financiers et à l’entourage. C’est l’environnement autour qui a changé.

Ça change aussi le métier de formateur ?

Forcément. Par rapport à l’argent mis en jeu, aux clubs anglais, à l’environnement… Il faut s’adapter, mais garder les valeurs de l’OL. Je me souviens que la mère d’Umtiti venait me voir pour demander de l’aide quand il ne travaillait pas assez à l’école. Les parents avaient confiance en nous, le lien était très fort. J’espère que ça ne changera pas. On n’est pas des magiciens, mais on est aussi là pour accompagner les parents et les joueurs.

Propos recueillis par Hugo Hélin

(Photo archive OL)

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