« Gagner le titre avec son club formateur, y a pas mieux »

Olympique Lyonnais

SOUS L’HORLOGE. Jérémie Bréchet était des matchs fondateurs contre Bologne en 1999 ou le Bayern en 2001, a gagné la Coupe de la Ligue, les deux premiers titres de champion, a participé à l’action du plus beau but de l’histoire de l’Olympique Lyonnais et a même joué avec la meilleure équipe de France de tous les temps.

Avant qu’il ne rejoigne le Gazélec d’Ajaccio, avec qui il est en course pour la montée en Ligue 1, Jérémie Bréchet est passé cet été par Tola Vologe pour s’entretenir dans les installations du club de son cœur. On ne pouvait pas rater l’occasion de parler OL, Lyon et ballon en général. Il y a les mecs qui écrivent l’histoire et ceux qui savent les raconter. Jérémie Bréchet fait très bien les deux.

 

Tu as joué avec les U19 cet été quand tu t’es entraîné à Tola Vologe…

Ça me fait rajeunir. Ou vieillir, ça dépend de quel point de vue on se place…

En même temps, c’est la génération qui va essayer de gagner la Gambardella. Et tu es le dernier à l’avoir fait, en 1997.

« Le jour de la détection, on jouait contre une équipe de l’OL, et tout le monde voulait attaquer pour se faire remarquer. On prenait des buts et des buts… Comme ça me saoulait, je me suis mis derrière. Et ils m’ont pris comme défenseur »

Je leur ai dit que, franchement, il fallait la gagner. Parce que c’est un titre majeur. Même si c’est en jeunes, on s’en rappelle toujours. Et on nous rappelle toujours qu’on l’a gagnée ! Quand on me demande mon palmarès, je ne l’oublie pas, c’est sûr.

Ce n’est pourtant pas la plus belle génération que l’OL ait eue. Seuls toi, Steed Malbranque, Florent Balmont et Olivier Bernard avez percé en pro…

Non, c’est vrai. Mais on avait des très bons joueurs quand même. Bon, Steed, c’était LA star de l’équipe. Il y avait aussi Frédéric Ribeiro, Roland Vieira, Arnaud Scaini, un très très bon gaucher…

Lire : Roland Vieira, le héros de la Gambardella

 

Tu arrives à quel âge au centre ?

À 13 ans. Je jouais à Saint-Quentin-Fallavier et mon père m’avait dit : « Si tu fais une bonne année scolaire, je t’inscris aux détections. » Je jouais un peu partout à l’époque. Mais le jour de la détection, on jouait contre une équipe de l’OL, et tout le monde voulait attaquer pour se faire remarquer. On prenait des buts et des buts… Comme ça me saoulait, je me suis mis derrière. Et ils m’ont pris comme défenseur.

 

« Je ne calculais pas. Je voulais juste jouer au foot »

En 1998, tu signes pro en août. Et quelques semaines après, Lacombe te tape sur l’épaule et te dit…

« Tu joues ! » Le match était à Sochaux d’ailleurs (victoire 2-1 de l’OL, buts de Delmotte et Grassi). Cette saison-là, je faisais quelques matchs, je redescendais en CFA, je revenais, etc. Le truc, c’est qu’on était trois avec Christophe Delmotte et Serge Blanc. Et Lacombe avait une technique de turn-over : celui qui jouait et qui était bon, il restait. Dès que t’étais pas bon, tu sortais. Donc moi, pour ma part, je descendais en CFA. Quand l’autre le n°1 n’était pas bon, je remontais sur le banc, et ainsi de suite. Je me rappelle d’un match contre Paris, j’étais bien à ce moment-là. On prend un frappe de Simone en pleine lucarne, un but venu d’ailleurs ! Je l’avais payé cher : j’ai fait deux mois en CFA derrière.


Et comment on fait pour se remobiliser ?

Je suis jeune, je calcule pas. Je ne me posais pas la question de jouer en pro, toucher la prime de match : je ne calculais vraiment pas. Je voulais juste jouer au foot.

Quand Jacques Santini débarque, tu joues de plus en plus régulièrement. Et surtout, tu es titulaire pour la finale de la Coupe de la Ligue. C’est un grand souvenir ?

J’ai pas de souvenirs…

Ah ouais ?!

Franchement, non. Je n’ai pas tellement de souvenirs de la finale de la Coupe de la Ligue. Un peu des buts… J’avais du mal aussi : Giuly m’avait fait souffrir.

Lire : Patrick Müller : « Je peux refaire ce geste dix fois, je n’arriverai jamais à la remettre »

 

Le match contre Lens et le premier titre, tu t’en souviens au moins ?

Pareil. Si, je me souviens de l’envahissement du terrain et de quelques actions du match. Notamment une action où on récupère le ballon derrière, il doit rester un quart d’heure, on gagne 3-1 et là je me dis : « On va gagner. On va être champions. »

Et être champion dans la ville où on est né, ça fait quoi ?

« Flo Laville et Greg Coupet organisent un repas à Balan je crois, chez un ami à eux qui fait des grenouilles. […] À un moment, je regarde mon téléphone et je vois des tonnes de messages et d’appels en absence… »

C’est génial. Gagner le titre avec son club formateur, y’a pas mieux. Je n’ai jamais vraiment calculé un plan de carrière précis, de clubs, d’argent ou de sélection. Non, pas du tout. Il n’y avait que le terrain qui m’intéressait. Être champion avec son club, c’est génial. Mais je l’ai savouré davantage plus tard que sur le moment. J’avais aussi un peu de mal à gérer la pression quand j’étais jeune, donc je le vivais différemment qu’aujourd’hui où je me dis : « Avec mon club formateur, on a été champions. »

Après la Coupe de la Ligue, t’es convoqué par Roger Lemerre pour aller à la Coupe des Confédérations au Japon.

Alors là, grosse surprise ! Flo Laville et Greg Coupet organisent un repas à Balan je crois, chez un ami à eux qui fait des grenouilles. Le repas se passe, tout le monde félicite Sonny et Claudio qui étaient convoqués avec le Brésil. À un moment, je regarde mon téléphone et je vois des tonnes de messages et d’appels en absence. Et là, pop ! Plus de batterie. Je dis : « Bon bah on verra plus tard. » Je rentre chez moi, je le recharge, et là je comprends que je suis sélectionné. J’y crois pas ! À aucun moment je ne m’étais dit que c’était possible. J’avais même zappé qu’il y avait une Coupe des Confédérations !

Olympique Lyonnais

« Je n’avais pas assez de vitesse et de puissance. Je n’étais pas assez fort pour le niveau international. » (Photo fff.fr)

Et tu l’as gagnée pourtant…

Ouais enfin, le seul match que j’ai joué, on l’a perdu contre l’Australie (1-0)… Mais bon, j’y étais.

Cet été là, il y avait des absents. Mais c’est la meilleure équipe de France de tous les temps.

Franchement, ouais. J’étais impressionné. Pas par les matchs, parce que l’équipe de France était au-dessus. Mais les entraînements… La qualité, c’était inimaginable, je n’ai jamais vu ça ! Aucun ballon qui sort, aucun contrôle raté. Quand on faisait un stop-ball, il n’y avait aucun arrêt de jeu, jamais de touche, jamais… rien. Les deux équipes, c’était pareil : bim, bam, bom, ballon arrêté derrière la ligne ; bim, bam, bom, ballon arrêté derrière la ligne, etc. Incroyable.

Tu reviens en équipe de France après la Coupe du monde 2002, avec Santini, pour deux dernières sélections.

Je suis quasiment de toutes les sélections jusqu’à ma blessure contre la Yougoslavie en novembre.

Ta chance est passée là ?

« De Domenech, j’ai tiré une philosophie du jeu de défenseur que j’essaie encore de transmettre aux jeunes avec qui je suis »

Non, non. Je n’avais pas assez de vitesse et de puissance. Je n’étais pas assez fort pour le niveau international.

Pourtant, à l’époque des Espoirs, Domenech t’installe dans l’axe et tu es devant Mexès dans son esprit. Sans parler de chouchou, il aimait bien le joueur que tu étais.

Ouais, mais j’aimais bien l’entraîneur aussi. On n’était pas proches, mais je me retrouvais un peu en lui. Et puis il m’a appris beaucoup de choses. C’est un entraîneur qui m’a énormément marqué. Ce que lui est arrivé avec les A après, c’est dommage, mais pour moi, c’est un très bon entraîneur.

Quand il jouait, il avait une réputation de boucher. Ce n’est pas trop ton profil pour le coup.

Non pas du tout. En tout cas, en tant qu’entraîneur, ce n’était plus ça. Je n’ai pas le souvenir qu’il ait dit « Faut les tuer ». Après, il n’a pas eu de chance avec la génération sur laquelle il est tombé. Le truc, c’est qu’il responsabilise beaucoup les joueurs. Quand il a affaire à des adultes, des mecs qui ont un objectif commun – et non une communauté d’objectifs -, qui tirent dans le même sens, ça marche bien. Mais quand ce n’est pas ça, ça marche moins. Je me rappelle qu’il nous a beaucoup responsabilisés, il nous a appris à réfléchir sur notre métier, sur le jeu, sur le poste… Et même si on ne le voyait pas souvent, il a eu un rôle prépondérant dans notre progression. De lui, j’ai tiré une philosophie du jeu de défenseur que j’essaie encore de transmettre aux jeunes avec qui je suis.

Avec Domenech, vous perdez aux tirs au but la finale de l’Euro Espoirs 2002 contre les Tchèques (2-2), alors que vous les aviez largement dominés en poule (2-0). Vous avez une génération de fou en plus.

Le groupe de l’Euro Espoirs 2002 : Mickaël Landreau, Damien Gregorini, Rémy Vercoutre – Anthony Réveillère, Jean-Alain Boumsong, Philippe Mexès, Matthieu Delpierre, Julien Escudé, David Di Tommaso, Sylvain Armand, Jérémie Bréchet – Mathieu Berson, Julien Sablé, Benoît Pedretti, Olivier Sorlin, Lionel Mathis, Steed Malbranque, Camel Meriem – Sidney Govou, Pierre-Alain Frau, Péguy Luyindula, Cyril Chapuis 

Pfff… À l’Euro des moins de 16 ans, en 1996, on perd en finale (contre le Portugal, 1-0). Là encore, on perd en finale. Aux tirs aux but en plus. Bon, c’est pas comme si Petr Cech avait disparu après… Mais c’est frustrant, on les avait battus en poule, on prend peu de buts pendant le tournoi, on en marque plein, on est bons, on vit un super truc. Entre les joueurs, c’était génial. Il y avait plein de joueurs intéressants, avec qui on avait de longues discussions. On se posait au milieu de l’hôtel et on parlait des heures de plein de choses avec Boumsong, Réveillère, Escudé, Steed, etc.

 

« L’Inter, quel bordel… C’était incroyable »

Un an après, à l’été 2003, tu quittes l’OL. C’est Le Guen qui ne veut pas de toi ?

Non, non. Je me rends compte depuis un moment qu’arrière gauche, c’est pas mon poste. En Espoirs, je jouais dans l’axe, ça se passait bien, et je veux m’y fixer. Je vais voir Le Guen et je lui dis. Dans l’axe, il y avait Edmilson, Caçapa, Laville, Müller. Du coup, il me dit que ça va être compliqué, mais il ne veut pas que je parte. Je fais un bout de Peace Cup dans l’axe d’ailleurs, ça se passe bien. Mais arrivé au 10 ou 15 août, je me dis qu’il faut que je parte : je ne jouerai pas dans l’axe cette année et je ne peux plus jouer à gauche.

Tu t’attends à l’Inter ?

« Materazzi était catastrophique, Cannavaro aussi. J’ai rarement critiqué un joueur, mais je me rappelle d’un match : à la fin, je vais voir le coach et je lui dis : C’est ça votre capitaine de sélection?! »

Je dis à mon agent : « T’as quinze jours pour me trouver un club. » Il me sort l’Inter au bout de dix jours et dans la précipitation, je me dis : « Bah oui, l’Inter, super, j’y vais ! » En plus, c’était Hector Cuper, contre qui j’avais joué deux fois, l’année précédente et quand il coachait Valence (en 2000). Mais eux, ils me prennent pour jouer à gauche. Et puis Cuper se fait virer au bout d’un mois et demi. Puis là (Alberto) Zaccheroni vient et il me dit : « Écoute, trouve-toi un club, je te connais pas. » Au moins c’est clair. J’ai dû faire quatre matchs avec lui. Il a commencé par ne pas me faire jouer pendant deux mois, et puis il me titularise en Champions League contre Arsenal… Je me dis : « Oh putain ! » On prend 5-1 à domicile… Je ne suis pas particulièrement mauvais, mais je ne suis pas bon non plus. Après il me sort pour de bon.

Tu as connu la grande Inter bordélique, avec des recrues dans tous les sens…

Quel bordel… C’était incroyable. Déjà, tu arrivais sur le parking, il y avait des voitures garées n’importe comment, y en avait sur l’herbe… Tout le monde parlait espagnol parce qu’il n’y avait que des Sud-Américains. C’était vraiment le bordel. Mais c’était un bon apprentissage.

Mais tu pars au bout d’un an.

En fin de saison, les dirigeants de l’Inter me disent qu’il veulent me prêter et je leur réponds: « Moi je ne veux pas. Je suis arrivé ici et je veux réussir. » En plus, Materazzi était catastrophique, Cannavaro aussi. J’ai rarement critiqué un joueur, mais je me rappelle d’un match : à la fin, je vais voir le coach et je lui dis : « C’est ça votre capitaine de sélection?! » Je pense qu’il avait des problèmes aux genoux, parce que cette année-là il été vraiment très mauvais. C’est pour ça que je suis persuadé qu’il faut que je reste là. Puis c’est mon agent qui me dit : « Tu ne joueras pas, faut que tu partes. »

Et Raynald Denoueix veut te faire venir à la Sociedad.

Denoueix m’appelle. J’avais aussi deux-trois clubs en Angleterre, où on me proposait beaucoup plus d’argent, mais ça ne m’intéressait pas. Je voulais absolument progresser, et avec Denoueix, on sait qu’on va progresser. Je suis allé à Saint-Sébastien, on a parlé football, il voulait que je joue dans l’axe. Nickel. Il me dit : « Écoute, je vois le président la semaine prochaine, je dois prolonger. Si je prolonge, tu viens. » OK. Il m’appelle une semaine après : « C’est bon, je prolonge de deux ans. » Je signe la cession à 50%, comme les Italiens aiment bien faire. Et deux jours après, il se fait virer…

Olympique Lyonnais

« J’ai adoré le championnat espagnol. J’étais très heureux, là-bas, la Sociedad est un vrai club familial, les Basques sont des gens extraordinaires. » (Photo Mundo Deportivo)

Et José Mari Bakero ne veut pas de toi…

Si, si, ça va. Mais les séances d’entraînement n’ont rien à voir. Enfin je joue, ça se passe bien d’ailleurs, jusqu’à ce que je me blesse au tendon d’Achille en septembre. Je dois me faire opérer. Je reviens quatre mois plus tard et je finis ma saison, ça se passe très bien je suis content. Dans la foulée, je fais une bonne pré-saison et au dernier match de préparation, bam : rupture du croisé postérieur sur un tacle. Ça dure sept mois, je fais une saison blanche (3 matchs).

T’as quand même eu l’occasion de jouer contre les Galactiques. C’est comment d’avoir Ronaldo au marquage ?

Moins dur qu’Owen ! Ronaldo, tu ne l’avais pas vu pendant 89 minutes. Et en deux minutes, il a mis deux buts. On avait perdu 2-1…

Et les derbys contre Bilbao ?

C’est phénoménal. J’en ai fait un, c’était là-bas. Il y a tellement de ferveur, c’est un truc de fou. D’une manière générale, j’ai adoré le championnat espagnol. J’ai vu des super stades. Mestalla, j’adore ! J’étais très heureux, là-bas, parce que la Sociedad est un vrai club familial, les Basques sont des gens extraordinaires, j’y ai beaucoup d’amis, ma famille était heureuse.

T’as appris à surfer ?

J’ai surfé bien sûr ! Et puis c’était vraiment une équipe de potes. Mais le club a des difficultés financières. Le président de l’époque (José Luis Astiazarán) – qui sera ensuite celui de la Ligue… – a un peu plombé le club. Ils sont même obligés de vendre des terrains. Moi, j’ai peu joué, je peux comprendre qu’ils veulent que je parte.

Donc tu débarques à Sochaux à l’été 2006.

« Perrin était vraiment odieux. Mais il a tiré tout le monde vers le haut. Après, voilà : c’est quelqu’un qui aime bien aller titiller les joueurs, foutre le bordel. Sauf qu’on fait ça à Sochaux, pas à Lyon »

Je n’avais pas de mauvais a priori sur le club, mais j’avoue que je n’étais pas trop tenté. Puis je vois que c’est Alain Perrin, et vu ce qu’il avait fait à Troyes à l’époque, ça me branche. Alors j’y vais, pour le coach. Et ça se passe bien, vraiment. Je découvre Jean-Claude Plessis, qui est un super président, et un coach qui m’a appris beaucoup de choses. Même s’il a été beaucoup décrié ici, il a quand même fait le doublé. On avait une bonne équipe, avec Karim Ziani, Jérôme Leroy, Moumouni Dagano, Anthony Le Tallec, etc., et surtout un super système : un 4-4-2 bien huilé, avec du jeu vers l’avant. On s’est régalé.

Et vous gagnez la Coupe de France contre l’OM aux tirs au but. Mais tu rates ton péno…

Je fais un match de merde ! Je suis nul, une honte. Je traînais une hernie inguinale depuis quatre mois. J’avais arrêté un mois et je reprends trois jours avant la finale. Mais on prend deux buts à cause de moi, je rate mon penalty… Heureusement, Richert fait des miracles. Derrière, on rate la Ligue des champions pour deux points !

 

« Quand on entraîne un club, faut le connaître »

Mais quand Perrin arrive à Lyon, on a l’impression que quelque chose se casse d’entrée chez lui et qu’il est depuis en pilote automatique.

Perrin, quand il vient à Sochaux, c’est pour rebondir. La preuve, c’est qu’il est resté un an et il s’est barré. Il s’est dit : « Je vais mettre une équipe et un système en place pour me montrer. » Et ç’a été dur ! Avec certains joueurs, il était vraiment odieux. Mais il a tiré tout le monde vers le haut. Après, voilà : c’est quelqu’un qui aime bien aller titiller les joueurs, foutre le bordel. Sauf qu’on fait ça à Sochaux, pas à Lyon.

Le problème a été le même avec Puel : les mecs veulent mettre des choses en place, changer de système, mais ils doivent faire avec Juninho.

Oui mais la qualité de l’entraîneur, c’est de savoir s’adapter. Le mec qui dit « Je veux mourir avec mes idées », moi je lui dis : « Bah vas-y, meurs devant moi. Tes idées on s’en fout. » Quand on entraîne un club, faut le connaître, s’en approprier la philosophie. À cette époque là à Lyon, comme tu l’as vu, ça marchait même sans entraîneur. Les mecs étaient tellement forts et intelligents…

Toi, tu refais une année à Sochaux avec Frédéric Hantz, et ça se passe moins bien.

Il est arrivé sur la pointe des pieds, il n’a pas osé mettre en place tout ce qu’il voulait. Il avait des idées, mais qui allaient trop à l’encontre de ce qu’on avait vécu l’année d’avant. C’est un bon entraîneur, on l’a vu après avec Bastia notamment. Mais à ce moment-là, ce n’était pas le bon moment pour lui.

Du coup, Francis Gillot le remplace à Noël.

On était mal barrés, on avait 16 points à la trêve. Le jour où il arrive, il nous montre une vidéo de toutes les couilles qu’on avait faites pendant quatre mois. Cela été long et dur ! Mais c’était bien. On a commencé par mettre en place un système défensif et ensuite on fait une bonne deuxième partie de saison (28 points, 7 v., 7 n., 5 d.).

Se sauver dans ses conditions, c’est aussi bon qu’un titre ?

(Catégorique) Non. C’est dur. Il y a une satisfaction de se dire « on s’est sauvés », OK. Mais c’est la moindre des choses.

 

Olympique Lyonnais

« Le PSV, c’est un club mythique. » (Photo PSV.nl)

« Cocu, qu’est-ce qu’il était fort putain ! »

Tu pars ensuite à Eindhoven, un choix peu classique.

J’arrive au bout de mes deux ans de contrat, le club me propose une prolongation mais j’avais envie d’aller voir ailleurs. Je suis allé visiter deux-trois clubs allemands et puis le PSV s’est déclaré. Encore une fois, j’aurais pu avoir plus d’argent ailleurs, mais je fonctionne au feeling. Le PSV, c’est un club mythique.

T’as croisé Philip Cocu, un type que tout le monde déteste à Lyon.

Ouais, je sais. Mais c’est un super mec. Il venait d’arrêter, mais il s’entraînait encore avec nous. Qu’est-ce qu’il était fort putain ! Incroyable.

Et l’entraîneur va se faire virer en cours de saison…

Encore une fois ! Je ne sais pas si c’est moi. (Rires) Huub Stevens, c’est un peu comme Felix Magath, le style tyran. Quand un mec touchait le ballon de la main à l’entraînement, même s’il allait sortir, BIM : cinquante pompes pour tout le monde ! Ça faisait parfois des séances à deux cents pompes. On gagne tout de suite le Trophée des champions mais on fait une mauvaise saison. Stevens se fait donc virer en janvier. C’est son adjoint, Dwight Lodeweges, qui reprend. On fait une deuxième partie plus ou moins bien, on finira quand même troisièmes, mais en quatre mois avec lui, j’ai appris plus qu’en neuf ans en France.

À ce point ?

Lui, je l’aurais suivi partout. Il est parti au Japon après, je l’ai un peu perdu de vue. Je sais qu’il est à Heerenveen maintenant*. Mais cet entraîneur-là, il m’a fait rêver. Il n’a pas une grande cote, ce n’est pas un entraîneur avec une grosse poigne. Mais tactiquement, il est énorme.

Tu es titulaire toute l’année.

« J’avais déjà pas mal réfléchi sur moi-même et sur mon potentiel, mes aspirations, et je savais très bien que je n’avais pas le niveau pour l’équipe de France »

Et c’est ma grande fierté. C’est aussi pour ça que je voulais retourner à l’étranger. Je n’avais pas réussi à l’Inter, pas à la Real non plus pour diverses raisons, donc jouer là-bas toute l’année, alors que j’étais le seul non-international, c’était bien.

Tu passes tes meilleures années dans un championnat peu médiatisé en France, puis tu décides de revenir à Sochaux par fidélité. Est-ce que tu n’as pas raté à ce moment-là l’occasion, si ce n’est de postuler à l’équipe de France, au moins de signer dans un club qui joue régulièrement la Ligue des champions ?

J’avais déjà pas mal réfléchi sur moi-même et sur mon potentiel, mes aspirations, et je savais très bien que je n’avais pas le niveau pour l’équipe de France. Pour le reste, ça ne s’est pas fait, c’est tout. En fait, je ne veux pas spécialement retourner à Sochaux. Ma femme était malheureuse à Eindhoven. Il a fallu faire un choix. Soit je restais là-bas et ma famille revenait vivre à Lyon, soit je repartais. C’était dur pour moi. Je jouais dans un super club qui participait tout le temps à la coupe d’Europe. Et puis quand je me décide à partir, j’avais pas grand-chose… Deux-trois contacts avec des clubs de Ligue 1, dont Sochaux. Je suis lyonnais, mais j’ai vraiment Sochaux dans mon cœur. J’adore ce club. Je pensais vraiment finir là-bas. J’ai acheté un appartement à Belfort, on était très bien.

 

« Zanetti fait toujours la même chose, mais il est imprenable »

Tu joues alors avec Stéphane Dalmat. Est-ce qu’il fait partie des joueurs les plus impressionnants que tu as croisés ?

Stéph, en technique individuelle, c’était un des meilleurs. On faisait des conservations de balle, il conservait tout seul ! Trop, trop, trop fort.

Et Steed, c’était le plus fort au centre de formation ?

Oui. Il y avait aussi Laurent Courtois et Yoan Loche, mais ils avaient un an de plus que moi. Yoan n’a pas percé (**), mais en jeunes, c’était un phénomène.

Et à l’Inter ?

Zanetti déjà. Physiquement, c’est un monstre. Il fait toujours la même chose, mais il protège tellement bien son ballon qu’il est imprenable en un contre un.

Et Recoba ?

« Je ne suis pas du tout adroit devant le but. Ni de la tête, ni du pied. Ça, c’est un fait »

Balle au pied, c’est impressionnant. Mais Recoba, il faisait un gros match ; le match d’après, une bonne mi-temps ; puis en deuxième il se claquait et il repartait pour un mois. Il revenait, un gros match, et le match d’après il se claquait… Il y avait Vieri, Adriano aussi. Mais Adriano, il aimait bien la nuit… Mais lors des tests, sur 15 mètres, il était aussi rapide que Ronaldo. Un phénomène !

La chose étonnante avec toi, c’est que tu marques ton premier but en pro à 28 ans, au bout de 250 matchs…

Ouais je crois, à Sochaux il me semble (contre Valenciennes en janvier 2008). Mais je m’en fous.

Mais quand on joue au foot, c’est une sensation particulière.

Ouais c’est bien. J’en ai mis quelques-uns après (le 8e avec le Gazélec cette saison contre Orléans). Mais on n’attend pas ça de moi. Et je m’en fous. Et puis je ne suis pas adroit.

Pourtant, ta relance est très propre.

Ouais, mais je ne suis pas du tout adroit devant le but. Ni de la tête, ni du pied. Ça, c’est un fait.

 

« Nivet, c’est un des joueurs qui m’a le plus marqué »

Finalement, tu pars de Sochaux, ce qui n’était pas prévu dans le programme.

En fait je pars de Sochaux parce que je ne peux pas travailler avec des cons. C’est ce que j’ai dit au président (Alexandre Lacombe). Au bout d’un mois de chômage, j’arrive à Troyes.

Et Troyes, c’est comment ?

Je découvre un club qui n’a pas beaucoup d’argent mais qui a un fonctionnement de grand club. Avec un staff élargi, des gens très compétents et un coach, Jean-Marc Furlan, qui est très très fort. Il a une philosophie de jeu qui est parfois à l’encontre de ce que j’avais appris jusqu’ici mais qui me fait ouvrir les yeux sur pas mal de choses, qui me donne une autre vision du foot et ça m’a beaucoup plu. Malheureusement, on descend, mais je me suis fait énormément plaisir cette année-là.

Tu disais tout à l’heure qu’il ne fallait pas mourir avec ses idées, mais Furlan donne un peu cette impression…

Le truc, c’est qu’il n’a jamais eu le budget pour avoir des grands joueurs. Même s’il a un peu de mal avec, puisqu’il n’aime pas les conflits. Il aime bien avoir tout son vestiaire sous sa coupe et faire progresser les joueurs mais pas tellement gérer les ego. C’est le seul défaut que je peux lui trouver. Je me suis même demandé si je n’allais pas prolonger deux ans. Mais il y a eu Bordeaux et la possibilité de jouer la coupe d’Europe. C’est pour ça que je joue au foot.

Tu as eu le temps de voir éclore Corentin Jean, qui pourrait presque être ton fils puisqu’il a seize ans de moins que toi. Il est si impressionnant ?

« En finale de Coupe de France, le coach veut sortir Leroy : « Jérôme, tu fais n’importe quoi, je te sors ! » Et l’autre : « Non, je sors pas. » Il se lève et il va sur le terrain. Et il donne la passe décisive pour l’égalisation »

Ouais. La saison passée, il a vécu une année compliquée puisqu’il a joué avec une pubalgie, mais là il va exploser. Lui, franchement, c’est une pépite. C’est un buteur, il est puissant, rapide, il va au duel. Et des gamins de son âge qui sentent le jeu comme ça, c’est rare. Il a a déjà toute la panoplie du joueur pro. En plus, c’est un bon mec. Faut juste qu’on ne le crame pas.

Parle-nous de Benjamin Nivet.

J’allais en parler justement. Nivet, c’est un des joueurs qui m’a le plus marqué. Vraiment. S’il a une équipe qui joue autour de lui, c’est extraordinaire. C’est un maître à jouer. C’est un joueur déroutant, un peu comme Jérôme Leroy, un joueur qui sent le football… Et il est bon de la tête : il jumpe, ce con ! C’est un bonheur de jouer avec lui. Je lui ai dit d’ailleurs : « T’es dans le top 5 des joueurs avec qui j’ai joué. »

Et Jérôme Leroy, ça doit être quelque chose aussi…

C’est un mec à part. Il est capable de ne pas avoir envie de jouer comme de faire des choses extraordinaires. En finale de Coupe de France (2007), le coach veut le sortir : « Jérôme, tu fais n’importe quoi, je te sors ! » Et l’autre : « Non, je sors pas. » Il se lève et il va sur le terrain. Et il donne la passe décisive pour l’égalisation. Je n’ai pas joué avec Pagis, mais ce sont des mecs qui manquent aujourd’hui. En plus, ce sont des mecs qui assument. Qui assument leur façon de jouer et qui vont au bout de leurs idées. Aujourd’hui, quand les joueurs sortent de la formation, ils sont souvent trop scolaires. Ils ont formés et formatés. Ils ne vont pas plus loin que ce qu’on leur a appris. Alors que ces mecs-là, ils sentent le football, ils sont créatifs. Et c’est eux qui font que les gens aiment le football. Ils jouent comme des gamins qui vont sur un terrain pour tenter des trucs. C’est ce que fait Ibrahimovic.

 

« Les gueûnes, le portefeûille, queuter… »

Olympique Lyonnais

« Je suis un vrai Lyonnais. Je suis né à Lyon, j’ai toujours supporté l’OL. » (Photo Anthony Bibard – FEP / Panoramic)

Et dix ans après ton départ, tu te sens toujours supporter de l’OL ?

Toujours ! Je suis un vrai Lyonnais. Je suis né à Lyon, j’ai toujours supporté l’OL…

… tu dis « fleûve »…

Bien sûr ! Les « gueûnes », le « portefeûille », « queuter », etc.

Mine de rien, tu t’es constitué un palmarès de fou : une Gambard’, deux titres de champion, une Coupe de France, une Coupe de la Ligue, une Coupe des Confédérations…

« Si je peux, je replonge directement. Je finirais de passer mes diplômes et j’aimerais entraîner tout de suite »

Il me manque juste un truc, c’est le championnat moins de 17. On l’a perdu aux penaltys… contre Saint-Étienne. C’est la seule chose qu’on n’ait pas gagnée avec notre génération. Coupe nationale minimes, championnat moins de 15, championnat de France CFA, etc.

Tu as joué dans quatre pays. L’Angleterre, ça ne t’aurait pas plu ?

J’aurais bien aimé y jouer mais ça m’aurait mis une bonne claque. Ça m’aurait peut-être fait progresser, parce que le côté physique, l’agressivité, le duel, c’est qui m’a manqué pour passer un palier, ce que je disais par rapport à l’équipe de France par exemple. J’aurais souffert, mais ça m’aurait peut-être fait progresser.

Quand tu arrêteras ta carrière, dans un an ou deux…

Deux ans, j’espère.

Tu voudras couper ou replonger directement ?

Si je peux, je replonge directement. Je finirai de passer mes diplômes et j’aimerais entraîner tout de suite.

Et l’entraîneur Bréchet, il sera comment ?

Un mélange de tout ce que j’ai connu, avec pas mal de Lodeweges. Même si le regret, c’est de ne pas avoir connu Denoueix. Je pense que j’aurais beaucoup appris.

Présente-nous ton onze OL star.

Olympique Lyonnais

(Enthousiaste) Ah ouais ! Greg Coupet déjà, c’est sûr. À droite, je dirais Carteron, pour sa fougue. À gauche : Amoros, sans hésiter. Amoros… Il avait une facilité technique. Quand il faisait des petits extérieurs du pied droit pour envoyer les mecs le long de la ligne, ça paraissait juste incroyablement difficile et le ballon ne sortait jamais. C’était magique. Dans l’axe, il y en a beaucoup. Mais les deux qui me viennent tout de suite à l’esprit, c’est Laville et N’Gotty. Après, il y en a eu des très bons. Edmilson, il m’a fait rêver. C’était un extraterrestre. Le mec tapait des sombreros et des crochets dans la surface ! Personne n’avait jamais vu ça. Il remontait la balle en dribblant des joueurs. « Mais qu’est-ce que tu fais ??!! » Les transversales d’Edmilson, elles sont mythiques, comme celles de N’Gotty. Après en 6… (Il réflechit) Djila Diarra, c’était incroyable. On n’a joué qu’un an ensemble mais on a tout de suite sympathisé. Il m’a marqué ce mec. Bon, à côté de lui, Juni bien sûr. Devant, il y a tellement d’anciens : Di Nallo, Lacombe. Même si je n’ai pas vu énormément d’images d’eux, pour tout ce qu’ils représentent. Comme Anderson, Gava, Giuly, Maurice… Y en a tellement ! Gava à gauche, obligé. Bon Lacombe et Anderson devant, et Sidney à droite. Contre le Bayern, on a plein de blessés et je joue en défense centrale. Je suis pile dans l’axe quand il met sa lucarne : BIIIIM !

Propos recueillis par Pierre Prugneau


(Photo Pierre Prugneau – Le Libéro Lyon)

(*) À la fin de cette saison 2008-2009 le PSV, embauche Fred Rutten. Dwight Lodeweges devient entraîneur de Nimègue mais se fait limoger au bout de trois mois. Il entraînera ensuite Edmonton au Canada (le pays où il est né) puis JEF United au Japon, avant de reprendre le club néerlandais de Cambuur Leeuwarden la saison passée puis Heerenveen cet été.

(**) Yoan Loche, attaquant, a fait une carrière de CFA, notamment à Croix de Savoie, avant de finir en Suisse, où il est désormais scout pour l’OL.

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>