Face à la haine, les Brésiliens de Lyon se font passer pour des rebeus

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TRANSE PRESSE. Il y a à peine plus de dix ans, les Brésiliens habitant à Lyon étaient parfaitement intégrés à la population locale. Puis Cléber Anderson, Ederson et Marcelo Guedes ont peu à peu terni l’image de leurs compatriotes. Avant que le passage express de Sylvinho à la tête de l’OL ne déclenche une véritable flambée de haine à leur encontre.

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Une haine évidemment incarnée par les actes de vandalisme subis dans la nuit de dimanche à lundi par un restaurant brésilien du Vieux Lyon, aux vitres détruites par des jets de pavés et à la porte recouverte d’un tag « Rentrez tous dans le Mato Grosso (sauf Juninho <3) ». Mais une haine qui s’exprime aussi au quotidien.

Guilherme (tous les prénoms ont été changés), qui habite Lyon depuis près de vingt ans, a ainsi vu les comportements à son égard changer lentement. « Le stéréotype du Brésilien avant, c’était Chico [personnage interprété par Patrick Mille dans des sketchs sur Canal+, ndlr], un fêtard rigolo, déluré, qui jouait de la musique et avec qui tout le monde voulait passer une soirée. Aujourd’hui, quand on pense au Brésil, on imagine un entraîneur défensif à l’air sévère. »

Car c’est bien Sylvinho qui est le principal responsable de cette soudaine montée d’intolérance. « Ça a commencé par des petites blagues a priori anodines. Je suis arrivé à une fête chez des amis à la Croix-Rousse et l’un d’eux a dit ‘Ah, Sylvinho t’autorise à monter, toi ?’ Tout le monde a rigolé, et moi avec. Mais au bout de trois mois et quand tout le monde se permet ce genre d’humour problématique, ça devient très pesant. » Et de moins en moins drôle.

L’humour n’est bientôt plus une excuse et la haine des Brésiliens a des conséquences bien réelles dans la vie de certains. Arrivé à Lyon cet été, Adeilton raconte ainsi cet entretien d’embauche qui se déroule à merveille « jusqu’au moment où mon interlocuteur a vu sur mon CV que je suis né à São Paulo. Son visage s’est décomposé et il a mis fin à l’entretien à peine une minute plus tard. »

« J’ai glissé un petit Salam… »

Le jeune homme se rappelle alors de détails troublants. « Je trouvais ça bizarre qu’il me dise qu’il adore les dattes et ‘vos petites pâtisseries’. Et j’ai compris quelques heures plus tard en mangeant un kebab. Avec mon petit accent, mon teint hâlé et mes cheveux bouclés, il croyait que j’étais d’origine maghrébine. » Une communauté qui bénéficie d’une grande cote d’amour en France, grâce notamment aux Zinedine Zidane, Jamel Debbouze, Amel Bent et autres Kamel le Magicien.

Adeilton procède alors à un test. Il rappelle le propriétaire de cet appartement repéré quelques semaines auparavant, et qui lui avait alors affirmé qu’il n’était plus à louer. « J’avais dit que j’étais Brésilien. Cette fois, j’ai glissé un petit ‘Salam’ au début. Et comme par miracle, j’ai pu visiter l’appartement le lendemain. » Adeilton décide donc de se faire désormais appeler Hakim. « Le proprio m’a même fait une ristourne parce que j’ai promis de l’inviter à manger un couscous, que j’ai acheté en boîte chez Monoprix. Adeilton ne trouvait pas de boulot ? Hakim a eu besoin d’envoyer trois CV pour être embauché dans une entreprise de taille moyenne. Le patron m’a juste demandé si je jouais au foot, à quel poste, et si j’étais ok pour être dans l’équipe corpo. »

Et « Hakim » assure connaître des dizaines de compatriotes qui se sont eux aussi inventés des racines algériennes, marocaines ou tunisiennes. « Je suis entré au White Shisha Lounge à la Guillotière la dernière fois, la moitié des clients étaient des Brésiliens. On s’est regardés avec un petit sourire complice », s’amuse ainsi Adeilton. Et même si la situation l’oblige à vivre avec des faux papiers (« confectionnés par mon cousin Momo » plaisante-t-il de nouveau avant d’avaler une grande gorgée de Selecto) et sous la menace constante d’être renvoyé par charter vers Rio de Janeiro, ce grand amateur de football préfère voir les choses du bon côté : « Je regarde la sélection algérienne et le championnat local désormais, et ça fait du bien de voir du foot avec des dribbleurs de qualité, une envie de jouer vers l’avant et des latéraux qui ont le droit de dépasser la ligne médiane. On a peut-être perdu cette innocence chez nous… »

Agence Transe Presse / ZZ pour le bureau de Lyon

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