eNational : « Le seul match que j’ai perdu, c’est celui où je me suis mis titulaire ! »

Jasse

ENTRETIEN. D’ordinaire responsable de communication de la Duchère et capitaine de Villefranche, Thomas Hernu et Maxime Jasse se sont mués en entraîneurs des deux équipes rhodaniennes de National. Ou plus précisément d’eNational : évidemment suspendu par le confinement, le championnat de troisième division se poursuit en effet sur Football Manager, où se disputent (pour du beurre) les rencontres restantes. Entretien téléphonique croisé entre deux coachs virtuels.

Thomas Hernu (à gauche) et Maxime Jasse (à droite)

Thomas Hernu (à gauche) et Maxime Jasse (à droite)

Thomas, tu es à l’initiative de la création du eNational, est-ce que tu peux nous expliquer un peu l’idée et comment elle t’est venue ?

Thomas Hernu : On est en fait deux à l’initiative. Sans s’être concertés, on s’est rendu compte qu’on avait eu la même idée avec Paul Ducassou du Red Star. Comment elle m’est venue ? La première question que je me suis posée, c’est ce qu’on allait raconter à notre communauté pendant les quinze jours de confinement – même si en étant lucide on savait dès le début que ça allait durer plus longtemps. À la Duchère, on a une section eSports depuis juin 2018 et ma première réflexion a été de profiter de ce moment-là pour les mettre un peu plus en avant. Et puis en réfléchissant un peu, je me suis dit que ça faisait depuis 1999 que je jouais à Football Manager, ou Championship Manager à l’époque, Max doit sans doute s’en souvenir.

Maxime Jasse : Ouais, j’ai connu aussi.

TH : Avec le vieux ballon tout carré et tout gris… Donc j’ai dit à mes collègues de boulot que j’allais faire une carrière avec la Duch’, et en discutant un peu plus on s’est dit « Mais pourquoi on ne fait pas tous ça ? Tous les clubs de National ? » C’était le dimanche, et le soir même je sondais les gens à Bourg, Laval et Concarneau. Le lendemain j’ai appelé Estelle Morin de la Fédération pour lui en toucher deux mots. Et à 16 heures, Paul créait un groupe privé sur Twitter pour le proposer à tous les clubs. Sans qu’on se soit concertés avant, donc. On est tous les deux porteurs du projet. J’avais déjà contacté le Lyonnais Vulrak du site ManagerOnline, un site fan du jeu. Il est devenu, comme le site, l’un des moteurs du championnat eNational, en étant le community manager et en supervisant les journées de compétition puisqu’il en a l’habitude. Paul avait lui contacté les représentants officiels de Football Manager en France, qui ont permis à tout le monde d’avoir le jeu et qui nous ont aiguillés sur deux ou trois choses.

Vous étiez tous les deux déjà de gros joueurs de Football Manager. Vous avez l’habitude de quel genre de parties ? Plutôt avec des gros clubs ou plutôt en divisions inférieures comme maintenant où vous simulez les matchs restants de National ?

MJ : Je suis un grand fan depuis toujours, donc j’ai un peu tout fait. Mais c’est vrai que les challenges les plus intéressants, c’est quand on prend un petit club. Moi ce que je kiffe, c’est prendre des clubs historiques qui sont descendus. Là je suis sur une partie avec Leeds, pas le plus compliqué dans l’absolu mais ils sont en Championship. J’ai aussi réussi à faire monter Villefranche en Ligue 1, sur l’édition 2018 je crois. Ce sont des parties comme ça qui me font vibrer.

TH : J’ai trois parties qui m’ont marqué, dans le même esprit. Notts County, qui était le plus ancien club à évoluer au niveau professionnel, et que j’ai emmené de la quatrième division à la Premier League. Je me souviens que j’avais Marco Verratti, c’était mon numéro 10.

MJ : C’était un des phénomènes du jeu. On l’a connu avant tout le monde, celui-là !

TH : Il jouait plus haut dans le jeu à l’époque. Une autre partie que je fais souvent c’est avec Sheffield (Football Club, pas United ou Wednesday), plus vieux club du monde encore en activité. Ils sont en neuvième division, le plus long que j’ai fait avec eux c’est jusqu’en troisième division. Ce sont des parties super longues, avec des parcours en coupes pour vibrer. Et la troisième, c’est l’actuelle sur le 2019, avec le FC Sète que j’ai emmené du National 2 à la Ligue des Champions et un huitième de finale perdu 5-4 contre Liverpool après avoir fait 3-3 à la maison.

« Au bout d’un moment il faut se faire une raison et ne plus se prendre »

Maxime, une question qu’on se pose parfois à propos des « vrais » joueurs qui jouent à Football Manager : est-ce que tu t’achètes dans tes parties ? Tu prends Maxime Jasse quand tu remontes en Premier League ?

MJ : Quand j’étais un espoir d’Auxerre, j’avais de bonnes notes et j’évoluais assez bien. Et puis l’espoir est devenu désespoir, et maintenant mes notes sont devenues catastrophiques. Donc je ne peux plus me prendre, non. Mais je le faisais avant ! J’avais une partie avec la Juventus, ça date d’il y a dix ou douze ans, où j’avais bien évolué et où j’étais en équipe de France dans le jeu. J’étais en sélections jeunes à l’époque, donc j’avais des bonnes notes et une belle marge de progression. Mais là, c’est impossible de me faire progresser.

T’es un peu déçu de tes notes ?

MJ : Non, c’est logique. Si je suis en National à Villefranche aujourd’hui, c’est normal de ne pas avoir de supers notes. Je ne peux pas avoir les mêmes qu’un joueur de Ligue 1, surtout à 32 ans. En tout cas je me suis pris souvent dans mes parties et je trouve que le jeu est bien fait, parce que quand tu fais jouer un jeune il progresse assez bien. C’était le cas avec moi. Mais quand t’arrives à un certain âge et que tu joues à un certain niveau, le jeu est aussi réaliste et tu ne peux plus progresser même en jouant en Ligue 1. Donc au bout d’un moment il faut faire une raison et ne plus se prendre.

TH : Je te donnerai les trucs pour bidouiller l’éditeur.

MJ : T’inquiètes, je connais !

« J’ai voulu au moins garder le style de jeu d’Alain Pochat… et je me suis fait tourner comme jamais ! »

Pour parler plus spécifiquement du eNational, la Duchère de Thomas a moins bien commencé (5 points – une victoire pour commencer, puis deux nuls et une défaite) que Villefranche et Maxime (9 points, avec trois victoires et une défaite). Comment tu expliques ça, et notamment les égalisations à la dernière minute ?

TH : C’est dans l’ADN du club. On joue, on joue, on joue, et puis on se fait surprendre à la fin ! Plus sérieusement, je n’ai pas bien géré mes deux fins de matchs contre Cholet et le Gazélec. J’ai peut-être un petit peu trop reculé, surtout contre Ajaccio où j’avais peur de connaître le même scénario que lors du match précédent. Et quand c’est comme ça, on connaît souvent le même scénario. J’ai moins de regrets sur la défaite contre QRM, où il n’y a pas eu photo et où je n’ai pas été aussi dominateur que lors des deux matchs nuls. Mais ça reste possible, je suis à six points et il en reste encore quinze à prendre !

MJ : Surtout qu’on ne se joue pas, donc il ne perdra pas contre moi.

TH : Si le jeu est réaliste, vous ne gagnez jamais les derbies de toute façon !

Maxime, tu as commencé en 3-5-2 pour faire comme ton vrai entraîneur Alain Pochat, mais tu as changé de système au bout d’une mi-temps…

MJ : Sur la composition d’équipe et les choix de joueurs, je n’ai pas fait ce que j’aurais fait en vrai. Parce que je me suis basé sur les notes dans le jeu, et parce qu’il y a des postes un peu différents de la réalité. Par contre, j’ai voulu au moins garder le style de jeu d’Alain Pochat… et je me suis fait tourner comme jamais en première période. Alors j’ai repris la compo que je prends le plus souvent sur FM, un bon vieux 4-3-3 avec deux ailiers qui rentrent, un attaquant de pointe et trois milieux qui travaillent. Et ça fonctionne un peu mieux.

Vous avez eu des retours des vrais entraîneurs ? Que ce soit pour des conseils ou des moqueries, d’ailleurs.

TH : L’adjoint Jordan Gonzalez veut ma place et il me l’a clairement dit. Je me méfie des petites manoeuvres internes et je saurais le faire remonter au président, pour lui dire que Jordan n’est pas quelqu’un de confiance.

MJ: À Villefranche on a une conversation Whastapp avec toute l’équipe et le staff, donc ça parle beaucoup de mes choix et ça chambre forcément énormément. En plus, le seul match que j’ai perdu c’est celui où je me suis mis titulaire ! Le président m’a aussi appelé pour me féliciter des victoires, le coach m’en a parlé aussi. Au moins, ça fait vivre notre groupe Whatsapp pendant le confinement.

Le président n’a pas voulu donner de double prime ?

MJ : J’ai demandé ! J’en ai profité tout de suite quand il m’a félicité, mais le club ne peut pas se le permettre en ce moment.

Est-ce que vous subissez la pression de certains joueurs qui se plaignent de ne pas assez jouer ?

TH : Quelques joueurs m’ont appelé quand ils n’étaient pas dans le groupe ou pas titulaires. Mais de là à parler de pression, non. Comme dit Max, on en rigole. Par exemple contre Cholet, j’ai trouvé que Salim Moizini était en retard sur son marquage au deuxième poteau et je ne me suis pas gêné pour lui dire…

MJ : Notre gardien Alexis Sauvage est un chambreur-né. Je trouve qu’il ne pousse pas assez sur ses jambes sur tous les buts qu’on prend dans le jeu, donc je lui dis de bosser sinon il va sauter. 

On a vu que Jonathan Rivas avait bien pris le fait que Thomas lui ait retiré les penalties alors qu’il lutte pour le titre de meilleur buteur de National et d’eNational…

TH : Il en a tiré un lors du match d’avant, mais contre le Gazélec j’ai fait tirer Matt Ezikian oui. Il faut savoir que Jo Rivas m’avait raté deux penalties en matchs de prépa. Et puis Matt Ezikian, c’est pas un pied qu’il a, c’est une pantoufle, c’est une main.

MJ : Tu peux le mettre aux coups francs aussi normalement, tu devrais t’en sortir…

TH : Farès (Bahlouli) est pas mal aussi en « coup franc », même si je n’ai pas encore eu le plaisir de le voir en tirer en vrai. Et je fais confiance à Jo pour marquer des buts dans le jeu. Je sais qu’il n’a pas besoin des penalties pour finir pichichi du eNational.

Par rapport aux notes, est-ce qu’il y a un joueur de votre équipe que vous trouvez un peu sous-noté par rapport à la réalité ?

MJ : Forcément quand on est au quotidien avec un groupe, on se dit que certains sont vraiment forts. Mais encore une fois, il faut comparer à des joueurs de Ligue 1. Des joueurs comme Rémy Sergio ou Maxime Blanc, pour moi ils devraient avoir une note de 18 en « passe » parce qu’ils sont exceptionnels dans la réalité. Mais des joueurs de Ligue 1 n’ont pas cette note, donc c’est plutôt réaliste par rapport à la comparaison avec les divisions du dessus. Par contre, je suis trop faible dans le jeu en « tacles » et « agressivité » !

TH : Je vais faire le même parallèle que Max avec Sergio : moi Ezikian, je lui mets 20 sur 20 en « coup franc » ! Hamadi (Ayari) pourrait sans doute avoir plus en « activité ». Même si, comme dit Max, il faut toujours relativiser par rapport aux échelons du dessus. Forcément que des joueurs qui évoluent en National ne peuvent pas être aussi bien notés que des joueurs de Ligue 1. Même s’il y a beaucoup de joueurs talentueux dans cette division et qu’elle est trop méconnue, ce qui joue aussi sans doute sur les notes.

Plongée dans l’effectif de l’OL
sur Football Manager 98/99

Et des joueurs de votre équipe surcotés dans le jeu ? C’est sans doute une question plus facile pour Maxime en tant que joueur.

MJ : Je lui ai déjà dit que je le faisais jouer juste pour ça : Timothée Taufflieb a 17 en « coup franc », alors que je ne l’ai jamais vu marquer un coup franc même à l’entraînement. Il a d’autres qualités, mais ses notes en « coup franc » et « corner » sont surestimées dans le jeu.

TH : Je ne l’ai pas vu assez jouer, mais Amadou Konaté (attaquant arrivé cet hiver en provenance du club norvégien de Bodö/Glimt) a 15 en « corner » alors qu’il sera à mon avis plutôt à la retombée du ballon que chargé de le lever.

MJ : C’est une des limites du jeu et aussi peut-être aussi une méconnaissance du championnat National, oui.

Et à quoi ressemble le quotidien d’un joueur en confinement à part Football Manager, Maxime ? 

MJ : On a un programme de notre préparateur physique à suivre, et j’ai la chance d’avoir un ami qui bosse là-dedans aussi et qui me file des programmes pour m’entretenir. Je ne suis pas le plus à plaindre. J’habite dans un village, je suis dans une maison, j’ai un grand jardin, il y a des vignes à côté et je peux aller courir tout seul sans problème. Je m’entretiens comme il faut. Après, on ne peut pas toucher le ballon. Ou très peu : faire des jongles dans le jardin ou jouer avec mon fils de 8 ans, ça ne va pas me faire progresser énormément. Sans lui manquer de respect !

Propos recueillis par Hugo Hélin

(Photo Léo Calistri)

One Comment

  1. David

    2 avril 2020 at 6:11

    Merci à l’équipe du Libéro Lyon et à Thomas Hernu et Maxime Jasse, elle est sympa cette interview et amène un peu « d’eau fraîche » comme le dirais un site confrère ;)

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