EBITDA, non ne pleure pas…

OL

EBITDA. Bientôt un an après le début de la pandémie de Covid-19, et quelques jours après l’accalmie – temporaire – de la tempête des droits télé, OL Groupe a publié ses comptes du second semestre 2020. Sans surprise, une double crise historique, ça fait mal, mais l’Institution a encore de la ressource.

Et de deux. Après un premier semestre 2020 très délicat pour l’EBITDA de l’OL, le second n’a pas apporté de meilleures nouvelles. Pire, la facture Covid en cachait une autre, coincée au fond de la boîte aux lettres : Mediapro. En attendant de voir quels clubs survivront à cet alignement des planètes particulièrement funeste, on se permet de vous rassurer tout de suite. L’OL y survivra, et ne compte même pas activer le mode survie.

Même au royaume des comptables, le compte de résultat des clubs de foot commence toujours par la même ligne (minoritaire) : la billetterie. Privé de spectateurs, l’Outil reste Formidable, mais il ne rapporte plus grand-chose. 16,2 millions d’euros de recettes se sont ainsi évaporés en même temps que les chants des kops du week-end, et 6,6 autres millions avec les chants du mardi et du mercredi soir en Ligue des Champions. Enfin, 2,4 millions ont disparu en même temps que les petits fours et les coupes de champagne des loges VIP.

Mais la plus mauvaise nouvelle vient évidemment des droits télé. Le fiasco Mediapro a non seulement privé le club des recettes imaginées, mais il a de surcroît fait perdre 17 millions d’euros au club par rapport à la saison dernière, saison durant laquelle l’OL n’était pourtant, à la même date, qu’à la 12e place du championnat (!). Entre la première place à la trêve de cette saison qui aurait dû « scorer » davantage et le « jackpot » Mediapro qui était budgeté, quelques (dizaines ?) de millions d’euros se sont évaporés à mesure que se révélait la véritable trésorerie du groupe audiovisuel espagnol.

L’OL, grand prince, a aussi laissé ses droits TV habituels de Ligue des Champions à l’Olympique de Marseille et au Stade Rennais Football Club, avec le succès que l’on sait pour l’un et l’autre. Montant estimé de cette opération estimé – 57,6 millions d’euros. Économiquement, la saison 2020-2021 était probablement la pire année pour rater la C1. Reste à transformer cette catastrophe en réussite sportive, en remportant au moins un titre domestique cette saison.

Côté transferts, l’OL a dégraissé un effectif pléthorique, mais le Covid a fait perdre de la valeur aux actifs les plus bankables, à l’image de Bertrand Traoré, vendu seulement 15,9 millions d’euros. Il manque d’ailleurs exactement le prix d’un second Traoré pour atteindre les ventes réalisées au second semestre 2019 (69,1 millions d’euros). Ne profitez pas de cette vanne pour en imaginer une autre sur le nombre de Bertrand Traoré qu’il faudrait pour ne pas finir 7e de la Ligue 1.

Autres sources de recettes, les produits de la marque (merchandising), qui ne perdent qu’1,1 million d’euros grâce au e-commerce. Pas très étonnant de la part de supporters habitués à se rendre dans une e-enceinte sportive ultra connectée. Les recettes liées aux « events » prennent la plus grosse claque avec un recul de 92 % (!), mauvaise nouvelle qu’il faut relativiser dans la mesure où ils pèsent peu en valeur absolue (-5,1 millions d’euros seulement), et où l’absence probable d’Indochine cet été au Parc OL permettra de maintenir des relations apaisées avec le voisinage décinois, et avec la musique en général.

Parce que le petit cœur rouge, bleu et EBITDA qui bat dans votre poitrine commence à palpiter, on vous a gardé une bonne nouvelle pour la fin : une ligne du compte de résultat est dans le vert (non, on ne fera pas de blague sur cette couleur, tout comme on ne dit pas « 41+1″) ! Il s’agit de la ligne (aérienne) des partenariats, le nouveau sponsor Emirates permettant de progresser de 800 000 euros sur le semestre.

EBITDA

Les autres bonnes nouvelles sont plus indirectes, mais tout de même significatives. Si l’OL a moins fait rentrer de devises, il a aussi réussi à en dépenser moins. Ne pas organiser de match, ni d’évènements, cela permet de faire des économies. Au total, 16 millions d’euros sont restés dans les caisses. Ainsi, le ratio achat et charges externes/total des produits des activités ne bouge quasiment pas. Dit comme ça, ça a l’air un peu chiant, mais cela « témoigne d’une gestion saine, fruit d’une expérience de XX années au plus haut niveau » (ce n’est une citation présente dans le communiqué financier, mais comme JMA n’utilise plus Twitter, il fallait bien que quelqu’un se dévoue pour l’utiliser).

Enfin, terminons avec les salaires, alors que le Président Aulas vient de demander aux joueurs de faire un effort. Malgré le contexte de crise, les émoluments de ces derniers ont… progressé parce que les résultats sportifs ont été excellents (demi-finale de Ligue des champions et première place en Ligue 1 à la trêve). 13,9 millions d’euros supplémentaires ont ainsi été versés en raison de la part variable des salaires. Quand l’OL gagne, parfois, l’EBITDA perd.

Des plus, des moins, et un article un peu bordélique… Que faut-il retenir de tous ces millions ? D’abord que l’OL a souffert comme jamais bien sûr, avec un résultat net (c’est un peu le score final, une fois le temps additionnel terminé, si vous n’aimez vraiment pas l’éco) historiquement déficitaire (-50,6 millions d’euros). L’OL craint-il pour autant la faillite ? Pas du tout. Les prêts garantis par l’Etat (PGE) lui ont redonné de l’air frais à court terme, les banques suivent encore grâce aux actifs que l’OL détient, et si le groupe s’attend à un premier trimestre 2021 tout aussi compliqué que celui qui vient de s’écouler, il ne remet pas en cause ses objectifs initiaux, à savoir un chiffre d’affaires de 420 à 440 millions d’euros pour la saison 2023-2024. Atteindre ses objectifs, et notamment ceux de départ : il n’y a plus qu’à espérer qu’avec Juninho, la philosophie sportive s’aligne sur celle de l’EBITDA.

Vincent Grimault

(Photo Damien LG / OL)

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