Dabo-Clerc : latéralement vôtre

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ÉLOGE. Le derby c’est une histoire de rivalités, mais pas que. De nombreux joueurs ont porté le maillot des deux clubs. Parmi eux, François Clerc et Mouhamadou Dabo ont illuminé Gerland et Geoffroy-Guichard par leurs retours défensifs parfaits et leurs centres robertocarlesques. Retour sur deux destins croisés.

 

Il est des joueurs qu’on admire, peu importe le club dans lequel ils évoluent. Ces hommes inspirent le respect par leur fidélité à leurs couleurs, leur charisme et leur professionnalisme. Steven Gerrard, Carles Puyol, Javier Zanetti, Sidney Govou : autant de noms qui ont une place particulière dans le cœur de tous les amateurs de football. Et puis il y a les autres

Le joueur le moins bon c’est l’arrière gauche. Tout le monde le sait. Mouhamadou Dabo voit le jour en 1986 à Dakar (au Sénégal, en Afrique) et commence à taper ses premiers ballons quelques semaines plus tard à peine. Naturellement doué pour le « foot » (nom wolof de notre football), il décide de tenter sa chance en Europe en l’an 2000 afin de vivre de sa passion et rejoint la France. Enfin plutôt Saint-Étienne, et son centre de formation qui a paradoxalement vu éclore Willy Sagnol et une bonne centaine de grands bourrins pas très techniques.

Olympique Lyonnais

Gros dossiers.

Le joueur le moins bon c’est certes l’arrière gauche, mais l’arrière droit n’est souvent pas loin. François Clerc naît trois ans plus tôt, en 1983, à Bourg-en-Bresse. Toujours en avance sur son compère, il rejoint en 1997 la France et Tola Vologe, terre de finesse technique, de créativité et d’élégance. La nation de Napoléon Bonaparte, Jean-Baptiste Poquelin et Philippe Vandel ne le sait pas encore mais elle tient là deux pépites.

C’est en 2005 (année du coq dans le calendrier chinois, faut-il y voir un symbole ?), après de rudes années de pré-formation, formation, post-formation et déformation, que Clerc et Dabo vont se faire un prénom, bien après leurs glorieux homonymes Julien et Lil’. Et c’est à Toulouse que ça se passe. Toulouse c’est le beau jeu, la passion, la folie, l’endroit idéal pour l’éclosion de nos deux cracks. François y fait ses débuts : prêté par l’OL il y apprend les rudiments du métier sous la houlette du professeur Erick Mombaerts, formateur de renom. Mouhamadou est à Sainté et c’est lors d’un déplacement dans la ville rose qu’Élie Baup, sans doute soucieux de laisser une chance à son club de coeur, lance notre arrière gauche dans la bataille.

Tout va très vite : titulaires indiscutables chez les grands rivaux du football français, les deux arrières latéraux régalent le public par leur rigueur défensive et leur justesse en attaque. Et c’est tout naturellement qu’ils accèdent à l’étage supérieur, le Graal magnifiquement chanté par Kyo : l’équipe nationale. Raymond Domenech, coach de “Les Bleus” (surnom de l’équipe nationale française de football) et ancien latéral international de métier, décèle immédiatement ce petit « truc en plus » (en français dans le texte, Ndlr) chez François Clerc. Ou alors était-ce juste pour agacer Gérard Houllier, on n’a jamais trop su. Toujours est-il que François compte 13 sélections et une participation à l’Euro, soit un plus beau palmarès international que de grands défenseurs tels que Julien Escudé, Sylvain Kastendeuch ou Jean-Christophe Thouvenel.

Toujours un peu en retard, dans la vie comme sur le terrain, celui que le New York Times surnomme « MouDab » goûte aux joies de l’équipe de France en février 2009. Raymond Domenech voit alors en lui l’homme parfait pour museler Lionel Messi, jeune starlette argentine très en vogue à l’époque. Jamais le dernier pour la provoc, le sélectionneur ne pousse toutefois pas la blague jusqu’à le faire jouer, d’autant que Lassana Diarra et Bacary Sagna sont déjà sur le terrain.

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Aucun lien avec Lil’ et Julien.

Liés à vie, les deux latéraux quittent tous les deux leur cocon douillet rhonalpin en 2010. François, après un faux transfert à l’OM, décide finalement de rejoindre l’ogre niçois où il devient rapidement une référence mondiale à son poste. Mouhamadou lui fait le grand saut : comme Richard Dutruel et Nicolas Ouédec avant lui, il choisit l’Espagne pour progresser, et plus particulièrement le Séville FC. C’est au pays des tapas et des coupes mulet qu’il développera sa technique si caractéristique dite « de la Toupie », inspirée par les retransmissions télévisuelles de corridas qu’il apprécie tant lors des mises au vert.

Mais Rhône-Alpes n’est pas une région que l’on oublie facilement (le proverbe ne dit-il pas que l’on ne pleure que deux fois en région Rhône-Alpes : « quand on la quitte et quand on visite Rive-de-Gier ») et nos deux amis ont le mal du pays. Faisant fi des préjugés et du qu’en-dira-t-on, ils reviennent à Lyon et à Sainté… mais pas dans le bon ordre. Comprenant leurs motivations, la population locale ne leur en tiendra pas rigueur et, comme pour Patrice Carteron ou Frédéric Piquionne avant eux, elle respectera le choix des joueurs. François Clerc fait d’ailleurs partie des rares hommes dont le nom est scandé à Gerland lors de ses venues avec l’équipe adverse, preuve du souvenir impérissable qu’il a laissé entre Rhône et Saône. À Saint-Étienne, public sans doute moins connaisseur et démonstratif, les gagas préfèrent louer les mérites du grand frère Bafétimbi Gomis. À force d’avoir de tels destins liés, nos deux légendes vont sans doute se croiser une fois de plus dimanche sur la pelouse de Gerland, dans un des derbys les plus importants de l’histoire, devant 40.000 spectateurs et en mondovision. Avant de peut-être vivre de nouvelles aventures ensemble, en Indian Super League ou partout où le vent et leur talent les porteront.

Sebtheouf

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