« Le premier match de Coupe de France ne ressemblera pas à grand-chose »

Craponne

COUPE DE FRANCE. La FFF a annoncé ce mardi le protocole de reprise pour les clubs amateurs encore engagés en Coupe de France. L’AS Craponne, petit poucet rhodanien de la compétition puisqu’il évolue en R3 (le huitième échelon), a ainsi appris qu’il disputerait dans dix jours, le week-end du 30 janvier, son sixième tour. « On veut écrire l’histoire du club, parce qu’il n’est jamais arrivé au septième tour de la Coupe de France », avoue l’entraîneur Nicolas Rioux. « Ce serait joli en cette période. L’année dernière on avait déjà fait un sixième tour, et on renouvelle l’épopée pour la deuxième année consécutive parce qu’on un groupe performant et qui vit très bien. » Le coach a accepté d’évoquer ces dernières semaines compliquées, et celles à venir qui le seront peut-être tout autant. 

Vous avez appris ce mardi que les clubs amateurs allaient reprendre la Coupe de France le 30 janvier, dans 10 jours à peine, trois mois après votre dernier match. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

De mon côté, je le prends avec plaisir. On s’est préparés malgré tout. Depuis qu’on peut s’entraîner individuellement, on s’entraîne individuellement. Du coup, même si on a peu de temps pour se préparer pour la Coupe de France, on est quand même plutôt bien préparés.

Comment se passaient ces entraînements ? On imagine que c’était compliqué sans objectif jusque-là.

On avait toujours dans la tête l’objectif de jouer la Coupe de France. Par contre on ne s’attendait pas à l’apprendre comme ça, sur les réseaux sociaux dix jours avant. Depuis le début de la possibilité de reprendre les activités adultes de façon individuelle et sans contacts, on a mis des créneaux en place à 12h, 16h et 18h quand le couvre-feu était encore à 20h, et le dimanche matin. Les joueurs arrivaient à se libérer : ceux qui avaient une grosse pause à midi venaient à ce moment-là, ceux qui finissent le travail à 15h ou 15h30 venaient l’après-midi, et les autres à 18h. Et sincèrement ça a été plutôt bien pris par les joueurs. Globalement, sur l’équipe première, on avait un pourcentage de présence de 80 à 85% sur les trois créneaux.

« Les joueurs avaient l’impression de faire de l’athlétisme plutôt que du football »

On n’a fait que des exercices individuels. Les joueurs avaient l’impression de faire de l’athlétisme à certains moments. On était surtout sur du travail sans ballon en début de séance, et après on mettait du ludique. Du tennis-ballon en face-à-face, du golf-foot, du travail individuel, jongleries, passes… Ça permettait de réviser certaines gammes, c’était pas mal aussi et toujours utile. Les séances étaient quand même rudes. J’ai trouvé que les garçons travaillaient beaucoup plus comme ça. Avec un ballon par joueur, ça bossait beaucoup. On ne peut pas se cacher derrière les autres.

Même si on ne faisait pas de jeu, alors qu’ils auraient tous préféré, les joueurs ne venaient pas à reculons à l’entraînement. On aurait eu des soucis au niveau de la municipalité si on avait fait du jeu collectif. Je suis convaincu que des clubs l’ont fait, mais nous si on avait été pris à faire des matchs, la mairie aurait tout simplement fermé les installations. En plus je suis responsable technique au club, ça la fout mal si je dis aux éducateurs des petites catégories qu’ils ne peuvent pas faire des matchs et que moi j’en fais avec l’équipe première.

Donc on a fait beaucoup de travail individuel. Et on continue d’en faire, parce que reprendre le jeu-contact est de toute façon impossible [même si c’est autorisé depuis mardi pour les équipes encore en lice en Coupe de France, ndlr] : j’ai en moyenne 7 ou 8 joueurs par créneau. On a juste prévu d’en faire ce week-end, samedi de 11h à 12h30 et dimanche 10h30 à 12h00, ce qui est aussi hallucinant parce que ça fait faire deux séances intensives d’affilée. Donc si on ne nous permet pas de faire des séances pendant le couvre-feu, ça parait quand même très compliqué. Il faut que ça sorte. Si on veut éviter le pire au niveau des blessures, il faut au moins qu’on arrive à faire du travail collectif.

« On ne va pas nous reprocher de jouer un tour pour lequel on s’est qualifiés »

C’est possible en dix jours, voire une semaine d’ailleurs ?

Comme je le disais, on a 85% du groupe qui s’entraîne individuellement depuis cinq semaines. Même pendant les vacances de Noël on s’est entraînés trois fois par semaine. On ne va rien révolutionner en l’espace de dix jours, on ne pourra pas faire d’opposition amicale, on fera juste des choses entre nous. Même quand on rattaque au mois d’août on reprend par une opposition amicale. Je pense que le premier match de Coupe de France ne ressemblera pas à grand-chose, en espérant qu’il n’y ait pas de casse.

Vous avez évoqué le fait que certains clubs ont peut-être fait du jeu collectif en cachette. Il y a aussi une différence avec les clubs comptant assez de contrats fédéraux et qui ont eu des dérogations pour s’entraîner, c’est quelque chose qui vous fait peur ?

Le prochain tour on joue une équipe du même niveau, Nord Vignoble, de l’Allier. On sera logés à la même enseigne. Après, si on arrive à passer ce tour on peut jouer une équipe de N3 ou de R1 et là oui je pense qu’il y aura une différence. Eux ne sont pas confrontés aux mêmes problèmes que nous. De toute façon, c’est bizarre tout ce qu’il se passe depuis le début. Là c’est en train de se révolter sur les réseaux sociaux entre les équipes qui jouent la Coupe de France et qui ne sont pas pour rattaquer et celles qui sont contentes qu’il y ait une petite bonne nouvelle malgré tout. Et c’est vrai qu’on s’est qualifiés quand même, on ne va pas nous reprocher de jouer un tour pour lequel on s’est qualifiés. Surtout qu’on arrive à des tours où il y a un peu d’argent qui entre. Nous on va faire notre maximum, essayer de s’organiser au mieux, en espérant que les nouvelles arrivent un peu plus tôt. On devait en avoir sur le couvre-feu, les tests PCR, l’organisation des tests le jour du match, on attend…

Comment vous voyez l’avenir avec le risque de troisième confinement ? On a l’impression qu’il y a le risque de jouer pour rien, avec une Coupe de France qui se finirait avec juste les pros, et des championnats amateurs dont on a du mal à voir comment ils iront à leur terme.

Honnêtement, on prend ce qu’il y a à prendre. C’est ce qu’on a dit hier aux joueurs. On va à Moulins, on fait notre match, si on le gagne on le gagne, si on le perd on le perd. Si on gagne on reste encore dans la lumière pendant une semaine et on a le droit à faire du jeu-contact, si on le perd on revient à la même enseigne que les autres.

Il y aura certainement un troisième confinement parce que les cas se multiplient de plus en plus. Ça fait un an qu’on vit cette situation et ça devient de plus en plus complexe. Quand on est entraîneur de foot, on est mieux à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais on va faire ce match et on verra. Adviendra ce qui adviendra. Ce qui me fait flipper si on perd ce match – et on perdra en Coupe de France à un moment donné, c’est une certitude qu’on n’ira pas très loin – c’est la durée entre la défaite et la prochaine journée de championnat.

Ce qui me fait peur aussi, c’est de devoir sélectionner. J’ai 24 gars à fond depuis cinq semaines et il n’y en aura que 16 qui viendront avec moi à Moulins. Et j’espère que ceux qui ne seront pas sélectionnés ne vont pas mal le prendre et continuer de travailler. D’habitude il y a un match la semaine d’après, il y a l’équipe 2 ou 3 qui joue le week-end, donc tout le monde joue. Là j’ai des gars qui ont pris des congés pour venir s’entraîner, d’autres qui sont à leur compte et qui sont partis plus tôt, un ostéopathe qui a perdu des créneaux pour venir… On demande beaucoup aux mecs, et en contrepartie peut-être qu’il ne se passera pas grand-chose derrière.

Propos recueillis par Hugo Hélin

(Photo Marc Desmaris via AS Craponne)

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