Ça vaut quoi la Juventus féminine ? La preview tactique avant l’OL.

Juventus

FÉMININES. Après le septième titre européen acquis en août dernier lors d’un Final 8 inédit, l’OL retrouve la Ligue des Champions Féminine avec un déplacement à Turin (ce mercredi à 15h, en direct sur RMC Story) pour y affronter la Juventus, nouvelle place forte du football féminin italien. Au moment d’aborder un match aller ayant initialement tous les ingrédients du match piège, les Lyonnaises trouveront finalement une opposition un peu amoindrie suite à l’indisponibilité de dernière minute d’une joueuse-clé du système de jeu turinois. Explications.

Les dernières saisons et la saison en cours

Triple championne en titre de Serie A femminile (championnat national), vainqueure de la Coppa Italia 2019 (l’édition 2020 n’ayant pas dépassé les quarts de finale à cause de la pandémie), et de la Supercoppa Italiana 2019, la Juventus de Turin, créée officiellement en juillet 2017, règne sans partage sur la scène nationale depuis trois ans. Un succès immédiat pour un club finalement assez jeune, mais qui a su se constituer un effectif de grande qualité composé majoritairement d’internationales, et notamment de membres de l’équipe nationale d’Italie créditée d’une bonne Coupe du Monde 2019 (premières de leur groupe devant l’Australie et le Brésil, défaite en quart face aux Pays-Bas).

Indétrônable en Italie, le club turinois n’a en revanche pas encore réussi à se faire remarquer sur la scène européenne, avec deux éliminations en seizièmes de finale de Ligue des Champions pour ses deux premières participations : contre Brondby en 2018/19 (2-2 ; 0-1) et contre Barcelone en 2019/20 (0-2 ; 1-2).

Bien que tronquée, la saison 19/20 donne finalement un bon aperçu à la fois des facilités de la Juventus dans son championnat, mais également de ses limites lorsqu’il faut aller affronter à l’échelon continental des équipes plus fortes ou plus accrocheuses. Sur le plan national, les Turinoises réalisent un festival offensif (48 buts marqués, dont 16 pour l’attaquante vedette Cristiana Girelli) et terminent invaincues sur les 16 journées jouées en Serie A, n’étant accrochées que deux fois durant cette période : face à la Florentia San Gimignano en J13 (0-0), mais surtout contre le Milan AC en J6 (2-2) au terme d’un match indécis jusqu’au bout.

Le contraste est du coup saisissant avec le bref parcours en Ligue des Champions, où la double confrontation contre une équipe de Barcelone plus talentueuse, plus expérimentée, mais surtout mieux préparée tactiquement a mis en lumière les failles d’une équipe italienne trop déséquilibrée vers l’avant et se retrouvant sans solutions dès que l’adversaire réussit à s’imposer au milieu de terrain.

Profitant d’un effectif ayant très peu évolué à l’intersaison, la manager Rita Guarino a procédé à quelques réajustements tactiques au milieu de terrain, afin que son équipe puisse être la plus efficace possible dans toutes les configurations de jeu. Des changements qui, en attendant le test européen, semblent pour le moment être plutôt positifs, puisque la Juventus caracole en tête de son championnat avec 9 victoires en autant de matches, en maîtrisant notamment un déplacement assez délicat face à Milan lors de la quatrième journée (1-0), puis en résistant trois journées plus tard à une surprenante équipe de Sassuolo durant la première heure du match, avant de prendre finalement le large au tableau d’affichage dans la dernière demi-heure (4-0).

Le système de jeu

Durant ces deux dernières saisons, les systèmes tactiques utilisés par la manager Rita Guarino tournent autour d’une formation de base en 4-3-3, afin de pouvoir solliciter au maximum le talent offensif d’un trio d’attaque composé classiquement de Barbara Bonansea à gauche, Valentina Cernoia à droite et Cristiana Girelli au centre. Le réalisme impressionnant de cette dernière dans les trente derniers mètres adverses combiné aux percussions de ses deux coéquipières rendent ainsi la Juventus très dangereuse offensivement et compliquée à lire pour les défenses, d’autant plus que les trois joueuses n’hésitent pas à échanger régulièrement leurs postes pour perturber les marquages adverses.

Lors de la construction des actions, les trois attaquantes ont également pour mission d’apporter différentes solutions de passe en fonction de leur style de jeu préférentiel : de fait, on retrouvera très fréquemment Cristiana Girelli décrocher très bas afin de proposer un premier relais dos au jeu avant d’aller se positionner dans la surface de réparation pour conclure les séquences offensives, Valentina Cernoia sera de son côté la première sollicitée pour les attaques rapides et directes de son équipe, tandis que la polyvalence de Barbara Bonansea lui permet de jouer les deux rôles en fonction de la situation.

(2:27) A la suite d’un jeu à trois assez statique entre Aurora Galli, Eniola Aluko et Maria Alves, la brésilienne décale la balle sur Cristiana Girelli qui remet directement en retrait à Sofie Junge Pedersen avant de déclencher un appel tranchant en direction de la surface de Sassuolo. La danoise décale directement Tuija Hyyrynen qui, sans opposition, peut déclencher tranquillement un centre au second poteau repris victorieusement par l’avant-centre turinoise

(24:19) Après un duel gagné par Cecilia Salvai devant Valentina Giacinti, Tuija Hyyrynen dégage le ballon sur Valentina Cernoia qui peut dévier le ballon sur Cristiana Girelli et jouer le une-deux avec sa partenaire avant l’intervention de Claudia Mauri, ce qui lui permet d’attaquer le couloir droit complètement déserté par Milan et de revenir sur son pied gauche avant de se faire accrocher dans la surface par Dominika Čonč pour le pénalty du 1-0.

En soutien des trois joueuses offensives, le milieu de terrain turinois se compose toujours de trois milieux centrales, mais disposées différemment entre la saison dernière et l’actuelle. Lors du précédent exercice, deux relayeuses (Sofie Junge Pedersen & Aurora Galli) étaient disposées derrière une joueuse à vocation plus offensive (Martina Rosucci) afin de pouvoir apporter rapidement de la présence dans la surface adverse à la retombée des centres envoyés par les ailières ou les latérales. Cette disposition résolument tournée vers l’offensive fonctionne parfaitement sur des équipes dominées au milieu de terrain, mais ne propose en revanche aucune solution de repli lorsque l’adversaire s’impose dans l’entre-jeu ou réussit à s’organiser pour contrer efficacement. Un exemple parfait de cette problématique est d’ailleurs illustrée lors du match aller face à Barcelone, où le premier but catalan découle directement de l’impossibilité de la Juventus d’enrayer une remontée de balle rapide des catalanes.

(44:22) Passe longue ratée de Lisa Boattin directement dans les gants de Sandra Paños, qui relance rapidement sur Stefanie Van de Gragt. La passe de la néerlandaise vers Marta Torrejon élimine directement les trois attaquantes turinoises, puis le jeu en triangle Torrejon – Guijarro – Graham Hansen prend à revers le milieu de Juventus et Lisa Boattin, qui avait commencé à intervenir sur Patri Guijarro pour compenser le décalage. Caroline Graham Hansen utilise ensuite ce déséquilibre pour fixer Lisa Boattin, rentrer dans la surface et amorcer la frappe amenant le premier but de Barcelone.

Lors de la nouvelle saison, Rita Guarino a du coup repensé son milieu de terrain en prévision de ce genre de situations : afin de pouvoir gérer correctement les tâches défensives et offensives, l’utilisation de trois milieux centrales est conservé mais avec des rôles modifiés : Sofie Junge Pedersen redescend en sentinelle tandis que Martina Rosucci se replace dans le cœur du jeu à côté d’Aurora Galli. Ce système remanié permet ainsi aux trois joueuses d’avoir un impact réel dans l’entre-jeu, tout en pouvant intervenir dans tous les secteurs en fonction du déroulement du match. La position plus reculée de Martina Rosucci permet également à Sofie Junge Pedersen de dézoner plus facilement pour aller harceler la première relanceuse adverse très haut sur le terrain, sans risque de donner une situation d’attaque facile.

(17:41) Application directe de ce système de pressing très haut, avec Sofie Junge Pedersen, positionnée devant ses deux autres coéquipières du milieu de terrain, qui récupère la balle dans les pieds d’Elisa Polli avant de la transmettre à sa défense centrale. La balle circule jusqu’à Lisa Boattin, qui profite du mauvais replacement d’Empoli pour adresser un centre que Barbara Bonansea reprend magnifiquement en première intention pour lober Noemi Fedele.

Forte de son nouveau système de jeu plus rodé pour les grandes confrontations, la Juventus semble désormais mieux armée pour conquérir la scène européenne. Premiers éléments de réponse cette semaine pour les Turinoises, avec sans doute le crash-test le plus difficile qui soit face à la meilleure équipe du monde.

Les points forts

– Une ligne offensive de très haut niveau, et extrêmement réaliste.

– Les coups de pieds offensifs, souvent dirigés vers le second poteau à destination de Cristiana Girelli.

– Une défense pouvant tenir le choc aussi bien face à des joueuses physiques que percutantes.

Les points faibles

– Un premier pressing souvent mal coordonné au niveau des trois attaquantes, qui a souvent tendance à faire basculer la Juventus en 4-4-2 asymétrique avec une aile complètement libre.

– Un milieu de terrain baissant énormément en envergure et en rendement défensif sans la présence de Sofie Junge Pedersen.

– Une gardienne (Laura Giuliani) assez forte sur sa ligne, mais dont la lecture hasardeuse de la trajectoire des centres peut assez facilement coûter un but

Ce qu’il faut attendre de la double confrontation contre l’OL

Avec une dynamique extrêmement positive en championnat et le retour précieux en défense de Cecilia Salvai (après son arrêt pour cause de COVID), la Juventus paraissait fin novembre avoir toutes les cartes en main pour accrocher sur le match aller un OL passé complètement à côté de son sujet lors de sa dernière confrontation majeure en championnat face au PSG.

Malheureusement pour les Italiennes, le forfait de leur pièce maîtresse Sofie Junge Pedersen à la suite de la trêve internationale (également pour cause de COVID) va obliger Rita Guarino à repositionner Aurora Galli en milieu défensif derrière un duo Martina Rosucci – Arianna Caruso, ce qui devrait faciliter la domination lyonnaise dans l’entrejeu face à un milieu qui va très certainement avoir des difficultés à récupérer le ballon, puis à le transmettre convenablement à sa ligne d’attaque.

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Cette situation devrait du coup permettre à l’OL d’asseoir sa domination territoriale et de reproduire les principales satisfactions du dernier match contre le Havre, à savoir les nombreuses percussions dans les deux couloirs qui avaient totalement mis en déséquilibre le bloc défensif adverse, même si la question de l’impact offensif lyonnais au centre du terrain reste toujours d’actualité. Il devrait donc y avoir énormément de duels intéressants à suivre sur les côtés, notamment entre Lisa Boattin et Delphine Cascarino, et cela sera également l’occasion de voir comment les deux latérales lyonnaises Ellie Carpenter et Sakina Karchaoui, plus à l’aise pour attaquer que pour intervenir en un-contre-un dans leur moitié de terrain, s’organiseront pour contrer les dribbleuses Barbara Bonansea et Valentina Cernoia. Du coup, on met une pièce sur une victoire des Fenottes 2-1 au match aller au terme d’une prestation maîtrisée sans forcément être éclatante, avant qu’un éventuel retour de Le Sommer et le fait de jouer à domicile ne permettent de clore définitivement les débats au match retour avec une victoire 4-1.

Julien Perrier

(Photo Juventus)

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