Ça vaut quoi, Brøndby ? Preview tactique avant le duel contre l’OL

Brøndby

FÉMININES. Après avoir négocié avec succès une entame de compétition délicate face à la Juventus Turin en fin d’année dernière, l’OL continue son parcours en Ligue des Championnes avec une double confrontation en huitièmes de finale contre les Danoises de Brøndby, au cours d’un mois de mars également très important l’équipe scandinave, dont la suprématie nationale n’a jamais autant été contestée que sur cette saison.

Les dernières saisons et la saison en cours

Lorsque l’OL avait rencontré le Fortuna Hjørring fin 2019, les places fortes du football danois étaient assez simples à identifier : le Fortuna Hjørring et le Brøndby IF raflaient tous les titres nationaux, saison après saison. Le constat est complètement différent un an et demi plus tard, au moment où la domination sans partage des deux équipes commence à s’estomper : le FC Nordsjælland a remporté la coupe danoise l’année dernière, et le dénouement de la Gjensidige Kvindeliga (le nouveau nom du championnat danois) de cette saison est encore complètement incertain.

Pour comprendre la dynamique actuelle du championnat danois, retraçons rapidement l’historique des dernières saisons. Rappelons tout d’abord l’incroyable réussite des joueuses de Brøndby lors des play-offs 2018/19 (mini-championnat aller-retour entre les 6 meilleurs équipes de la première phase, avec des bonifications en fonction du classement obtenu lors de la première phase), qui ont réussi à marquer puis tenir durant 80 minutes en infériorité numérique face à Hjørring, leur permettant ainsi de conserver la première place jusqu’à la fin et de récupérer ainsi le titre national. Inversion des rôles lors de la saison suivante : Brøndby, second de la première partie de championnat derrière Hjørring, n’a jamais pu rattraper son retard de deux points face à son rival à cause d’une phase de play-offs écourtée et la longue blessure de Louise Winter, une des joueuses majeures de Brøndby au milieu de terrain. La confrontation directe entre ces deux équipes lors de la dernière journée de Gjensidige Kvindeliga 2019-2020 débouche finalement sur un match nul (1-1), sacrant du coup le Fortuna Hjørring.

Après une intersaison très mouvementée, les deux clubs rivaux abordent la nouvelle saison avec des effectifs très affaiblis, suite au départ de joueuses majeures vers d’autres championnats européens plus huppés : Julie Tavlo-Petersson (Logroño), Nicoline Sørensen (Everton), Sanni Franssi (Real Sociedad), Caroline Møller Hansen (Inter Milan) et Caroline Rask (Milan AC). Cette situation pose des problèmes immédiats à Hjørring avec un revers d’entrée en J1 face à Thy Thisted, beaucoup moins à Brøndby qui réalise une entame de championnat quasiment parfaite sur les 9 premières journées de championnat (8 victoires, 1 nul) avant d’exploser complètement en vol sur les trois dernières journées avant la trêve hivernale : déroute totale en J10 face à Køge (0-5), match nul face au FC Nordsjælland (0-0) et défaite face à Hjørring en J12 (1-3). En trois journées, Brøndby lâche 8 points et toute son avance sur ses concurrents, laissant revenir Hjørring à un point et perdant même la place de leader au bénéfice du promu Køge, dont le recrutement de joueuses tournées vers l’offensive (et notamment l’ancienne havraise Kyra Carusa) semble payant face à des effectifs remaniés et moins solides tactiquement.

(via Soccerway)

(via Soccerway)

Sur la scène européenne, les Danoises se sont qualifiées au bout du suspens face aux Norvégiennes de Vålerenga au tour précédent : suite à la crise sanitaire, la qualification pour les huitièmes de finale initialement prévue en double confrontation s’est finalement jouée sur un match sec au cours duquel Brøndby, rapidement mené au score suite à un pénalty de la meneuse de jeu Dejana Stefanovic, réussit à recoller dans le dernier quart d’heure de jeu sur une lucarne de Josefine Hasbo, avant de s’imposer aux tirs au buts (1-1 / 5-4 tab).

Reprenant officiellement leur saison ce jeudi face à Lyon, les Danoises vont également avoir un mois de mars très chargé : en plus de bien figurer en Ligue des Champions féminine, Brøndby a deux journées de championnat (07 et 13 Mars) pour récupérer la bonification maximale en vue des play-offs, et tentera également en fin de mois de décrocher une place en finale de Coupe face à Køge (tombeur du Fortuna Hjørring au tour précédent). Bref, des prochaines semaines cruciales pour une équipe revancharde et qui compte bien faire oublier l’absence de titres de la saison dernière.

Le système de jeu

L’analyse tactique des deux dernières saisons de Brøndby pourrait être résumée par la question suivante: comment reformer une équipe cohérente après la perte de trois joueuses majeures ?

Durant toute la saison 2019/20, l’équipe danoise s’est articulée autour d’un système en 4-4-1-1 assez dense, basé sur deux milieux centrales possédant chacun un rôle bien précis (Julie Tavlo-Petersson chargée des tâches défensives + Louise Winter à vocation plutôt offensive) et épaulées par deux ailières (Josefine Hasbo et Mille Gejl) recentrant très fréquemment pour apporter du surnombre dans l’entrejeu. Un bloc médian attiré par le centre du terrain, laissant du coup plus de liberté de mouvement aux deux attaquantes : Nanna Christiansen, qui peut aussi bien décrocher pour prêter main forte à son milieu ou déclencher un appel tranchant sur les côtés, et Nicoline Sørensen, capable d’exploiter toute la largueur du terrain pour déséquilibrer les défenses adverses. De fait, l’idée directrice de cette organisation est d’utiliser la mobilité des deux attaquantes et la densité de l’entrejeu pour prendre en surnombre le bloc central adverse et trouver rapidement des bonnes situations de frappes.


(56:37) Application directe de ce principe, où le positionnement légèrement recentré de Josefine Hasbo lui permet de recevoir la passe de Kamilla Karlsen et de passer tout le milieu de Thy Thisted grâce à une séquence en triangle avec Julie Tavlo-Petersson et Nanna Christiansen, avant de récupérer la balle sans opposition à l’entrée de la surface et de décaler l’autre ailière Mille Gejl (qui s’était elle aussi recentrée) pour une frappe enroulée victorieuse.

Le contrecoup de cette tactique est forcément sa faiblesse structurelle sur les ailes, qui ne sont finalement animées et défendues la plupart du temps que par les latérales. Une problématique beaucoup moins visible en phase de possession et de domination territoriale, surtout lorsque les couloirs sont occupées par des défenseures très attirées par l’attaque comme Teresa Eslund (bien connue des suiveurs de NWSL et du Seattle Reign), mais qui fait complètement exploser l’assise défensive de l’équipe lorsque l’adversaire réussit à contrer rapidement sur les ailes.


(28:00) Illustration de ce déséquilibre flagrant sur une relance de Hjørring, où le pressing de Chirine Lamti mal suivi par ses coéquipières va permettre à Hjørring de déséquilibrer en quatre passes le milieu et la défense de Brøndby, qui n’aura d’autre choix que d’accrocher Emma Snerle dans la surface et de provoquer le pénalty du 0-1.

Après une intersaison mouvementée durant laquelle Louise Winter prend sa retraite puis Julie Tavlo-Petersson et Nicoline Sørensen partent pour des championnats plus huppés, l’entraîneur Per Nielsen conserve pourtant la même philosophie de jeu en donnant plus de responsabilités aux joueuses présentes dans la rotation la saison précédente (Freja Abilda au milieu du terrain, Chirine Lamti sur les côtés…), et en repositionnant plus fréquemment Josefine Hasbo dans l’entrejeu. Seul le départ de Nicoline Sørensen est compensé par la venue d’Agnete Nielsen en provenance du Fortuna Hjørring, même si les qualités de la jeune attaquante, plus à l’aise pour jouer l’espace dans le dos des défenses, ne semblent pas totalement en adéquation avec le style de jeu de Brøndby axé sur la domination territoriale et une longueur de bloc beaucoup plus faible que dans son ancien club.

Du coup, Brøndby conserve sa formation classique en 4-4-1-1 (évoluant parfois en 3-5-2 en fonction des situations de match) en essayant encore plus de contrôler l’espace que la saison dernière, grâce notamment à un premier pressing beaucoup plus agressif qui permet de récupérer énormément de ballons très près des buts adverses.


(1:52:42) Avec une nouvelle fois Josefine Hasbo qui bénéficie du bon travail de ses coéquipières pour jaillir devant Rebekka Frederiksen et envoyer une frappe dans la lucarne de Freja Thisgaard, scellant par la même occasion la victoire de son équipe.

Ce nouveau dispositif permet du coup de compenser une assise défensive devenue plutôt limite au milieu de terrain, mais rend l’équipe encore plus vulnérable dès que l’adversaire réussit à sortir du pressing ou à renverser le jeu rapidement dans un couloir.


(0:27) Comme ce fut le cas face à Køge, où un renversement d’aile rapide permet à Kyra Carusa de profiter du déséquilibre défensif de Brøndby pour rentrer sur son pied droit et ajuster Katrine Abel sans beaucoup d’opposition.

Avec le départ au mercato hivernal de Kamilla Karlsen vers Fleury, Brøndby se présente à Lyon avec un effectif bien affaibli par rapport à la saison précédente, mais les principes offensifs danois pourront faire douter les lyonnaises si elles ne rentrent pas bien dans leur match, et serviront également de baromètre tactique sur des éléments de jeu importants en vue du match contre le PSG : passer un milieu dense, sortir d’un pressing haut, proposer du jeu, être efficace devant le but …

Les points forts

– Un entrejeu très dense, avec notamment les ailières qui recentrent fréquemment

– Un premier pressing très haut plutôt efficace

– Des attaquantes aimant dézoner (surtout Nanna Christiansen) et pouvant être difficiles à suivre en marquage individuel

Les points faibles

– Des couloirs assez faiblement défendus

– Une équipe quelconque si elle ne domine pas territorialement son adversaire

– Un tempo offensif souvent assez lent, donnant des possibilités faciles de replacement aux adversaires

Ce qu’il faut attendre de la double confrontation contre l’OL

Malgré les absences côté lyonnais, la différence de niveau entre les deux équipes reste largement en faveur des Fenottes, qui ne devraient pas avoir de difficultés à s’imposer sur les deux manches, même s’il faudra bien évidemment rester sérieux sur les deux entames de matches. Du coup, on met une pièce sur deux victoires 4-0 ce jeudi et 4-1 la semaine prochaine au Danemark, et on sera beaucoup plus vigilants sur le contenu et le niveau des deux prestations en vue du PSG que sur le score final qui devrait être très faveur des Lyonnaises.

Julien Perrier

(Photo Joh-Foto via Brøndby)

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