Au FCVB, « même quand on perdait les matchs, on prenait plaisir à jouer ensemble »

FCVB

NATIONAL. Maxime Jasse, capitaine emblématique du FC Villefranche Beaujolais, vit une saison compliquée. Touché à la cheville à l’entraînement puis blessé au ménisque à son retour (« Ça m’avait aussi bousillé le genou en même temps mais on s’était surtout préoccupés de la cheville, et quand j’ai repris je me suis pété »), le joueur de 33 ans n’a disputé qu’un seul match de National cette saison… lors duquel il a été expulsé au bout d’une demi-heure. Mais il reste le mieux placé pour nous parler du club de sa ville de naissance et faire une petite présentation de l’effectif avant les barrages contre Niort.

> Villefranche-Niort, ce mercredi à 19h00, et Niort-Villefranche, ce samedi à 20h45 (à chaque fois sur beIN 1 et Canal+ Sport)

Tu vis la fin de saison en supporter ?

Je me suis pété le ménisque le 3 mars, je pensais que ma saison était finie et oui, je la vivais comme un supporter. Mais au final je suis bien en avance sur ma rééducation et j’ai repris avec le groupe il y a deux semaines, donc j’espère être dans le groupe pour les play-off et vivre ça de l’intérieur [interview réalisée lundi, il était en conférence de presse ce mardi donc ça sent bon, ndlr]. Je t’avoue que je suis à la fois heureux parce que je suis un mec de Villefranche et frustré parce que quand t’as 33 piges, que t’es né à Villefranche et que tu n’es pas vraiment acteur comme les années précédentes c’est forcément frustrant.

« J’ai dit à ma femme et des potes qu’on n’allait pas être loin des barrages »

Quel est l’état d’esprit du vestiaire ? Après le succès contre le SC Lyon lors de la dernière journée de la saison régulière, le coach Hervé Della Maggiore disait que c’était une expression bateau, mais que le groupe prenait les matchs les uns après les autres et qu’il y avait une forme d’insouciance.

Je vais te dire quelque chose : c’était pareil quand on était derniers. On a un noyau dur qui est là depuis quelques années et on se connait bien. On connait nos qualités, il y a une forme de sérénité, que ce soit dans les mauvais moments ou les bons. On a su se dire les choses dans les mauvais moments avec sérénité, et là à l’heure actuelle c’est pareil, il n’y a pas plus de stress que ça, il n’y a pas d’enflammade. On fait notre truc. Le fil conducteur de ça, c’est que même quand on perdait les matchs on prenait du plaisir à s’entraîner et à jouer ensemble. Parce qu’on joue au foot. Que ce soit avec [Alain] Pochat avant ou avec Della Maggiore maintenant, on joue au foot et on prend du plaisir sur le terrain.

Vous aviez des objectifs chiffrés ? Vous pensiez toujours aux barrages quand ça allait mal ?

L’objectif du début de saison, c’était de faire mieux que l’année dernière [7e au moment de l’interruption, ndlr], donc on visait le top 5. Avec le début de saison qu’on a fait, on s’est mis en mode « Faut se maintenir ». A un moment donné, les chiffres parlent. Mais on savait très bien qu’on était capables de faire une série. Et une fois que tu commences à gagner, tu regardes plus haut. Donc les objectifs ont évolué au fur et à mesure, mais on a toujours été ambitieux en voulant terminer dans le top 5. Aujourd’hui on est dans l’objectif de début de saison, mais il faut être conscient qu’on revient de loin et profiter. Mais honnêtement, quand on était derniers, je me souviens avoir dit à ma femme et des potes avec qui je regardais le match qu’on n’allait pas être loin des barrages. Que dès qu’on réussirait à marquer des buts, on enchaînerait. On avait un problème de confiance devant, et maintenant que ça roule il ne faut pas se donner de limites.

Vous avez accès aux expected goals ? Le grand public non pour le National, mais on avait effectivement l’impression à l’époque que vous étiez une anomalie statistique et qu’il n’y avait pas forcément de raisons d’être inquiets…

Le staff les a via WyScout, et je connais deux ou trois personnes qui ont les codes aussi. Quand on était derniers, on était la première équipe aux expected goals. Ce ne sont que des stats, certains aiment et d’autres pas, mais il faut être raisonnables dans les deux cas. Il faut s’en servir et ne pas en faire toute une histoire, mais à un moment donné quand tu regardais nos matchs et que tu les analysais, ça nous disait de garder confiance et de ne pas tout changer. Il fallait trouver certaines solutions, mais on savait qu’on n’était pas loin de quelque chose de bien.

Pour que tu nous présentes un peu l’équipe, on va remonter le terrain. Dans les buts, il y a Jean-Christophe Bouet, 37 ans et qui a pourtant presque l’air plus vieux que son âge !

Franchement, je suis bluffé. Tu ne peux que respecter un mec comme ça. Je suis assez attaché aux joueurs qui jouent avec moi, et j’ai eu du mal avec le départ d’Alexis Sauvage, un bon gardien, important dans le vestiaire. Là t’as J-C Bouet qui arrive, qui a 37 ans, qui a fait une carrière exceptionnelle mais qui était chez lui en N3 à Bayonne, et tu te dis que tu perds peut-être au change. Et au final, un mec extraordinaire ! Qui te fait gagner énormément de points et qui, à 37 ans, te chambre tous les jours et te casse les couilles dans le bon sens du terme !

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En défense centrale, l’absence de Kevin Renault, blessé lors du dernier match, va être compliquée à gérer.

Forcément. Kev cette année, c’est le patron. Avec mon absence, c’est lui qui a pris le brassard. Aujourd’hui on a la meilleure défense, enfin non parce que Bastia a fini meilleure défense mais on l’a été presque toute la saison, et c’est le grand artisan de ça. Il est à la fois serein et chambreur. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est très solide. Après, on a eu des absences et on s’en est sorti. Un mec prendra sa place. [Axel] Dauchy, [Alexandre] Lauray et [Nicolas] Flégeau jouaient régulièrement, [Adrien] Pagerie et moi on était blessés et on est revenus. Le coach a plein de solutions différentes et je ne suis même pas sûr qu’il ait encore fait son choix.

« C’est masterclass notre milieu de terrain ! »

Vos pistons ont aussi joué un grand rôle cette saison, un rôle d’ailleurs remarqué puisque Rémi Bonenfant a par exemple été nommé pour le titre de joueur du mois.

Dans un 3-5-2, les pistons ont forcément un rôle important. Et ce sont des mecs qui ont été réguliers toute la saison. A droite on a Bonenfant. C’est typiquement le mec dont tu te dis « Bonenfant, c’est peut-être un peu limite… » qui va finalement faire ses saisons de National, et être indispensable dans un groupe et une équipe. Et il est décisif en plus ! C’est une valeur sûre, il est là depuis un petit moment, très rarement blessé. Et à gauche il y a Fleurier, qui est je pense la révélation de notre groupe. Franchement, je ne le connaissais pas trop quand il est arrivé en début de saison, il avait joué un match de Ligue 2 avec Chambly, et il est très, très fort. Il n’a rien à faire en National. Faut vite qu’on monte pour le garder ! Ça va très vite, et c’est un bon gamin qui écoute bien.

Quand tu vois le milieu de terrain, tu ne dois pas avoir trop de regrets de t’être blessé. Ceux qui te remplacent sont pas mal…

C’est sûr, mais ils m’avaient déjà remplacé l’année dernière ! A un moment donné, il faut savoir laisser sa place quand t’as des mecs meilleurs que toi. Il ne faut pas avoir honte de ça, ça fait partie de l’intelligence de footballeur et d’homme. Aujourd’hui, tu ne peux pas arriver dans ce groupe en étant milieu de terrain et te dire que tu vas aller les déloger. Forcément t’as envie de jouer, mais c’est masterclass notre milieu de terrain ! Que ce soit [Rémi] Sergio, [Timothée] Taufflieb ou [Maxime] Blanc. Je n’en mets pas un au-dessus de l’autre. Les trois ont des caractéristiques différentes, mais ils se connaissent par cœur. Et il n’y a pas besoin de commenter plus, il suffit de regarder nos matchs. On se régale. Et moi, j’ai vite compris qu’il fallait que je passe défenseur !

Timothée Taufflieb, de la DSR
au titre de champion avec le PSG

Ils sont complémentaires et on a l’impression qu’ils peuvent tout faire, qu’ils savent quand accélérer, quand dicter le tempo, quand cacher le ballon…

Ils ont tout. Ils ont le coffre pour faire des courses. Ils ont la technique. Ce sont des machines à laver. Moi qui joue défenseur à l’entraînement depuis deux ans, même quand je leur mets un ballon galère ils vont se démerder avec. Et ce sont des mecs intelligents sur le terrain. Ils voient les choses avant les autres, ils anticipent les mouvements des adversaires et des coéquipiers. Comme tout le monde ils font des erreurs et ne sont pas parfaits, mais aujourd’hui tu n’as pas meilleur en National. Et pour une équipe qui veut jouer au football, ces trois-là sont archi-importants.

Tu dis que c’est le meilleur trio du National, parfois on se dit même qu’il aurait sa place en Ligue 1.

Comme je disais tout à l’heure pour moi, il faut aussi avoir du recul. Si les trois sont en National aujourd’hui, c’est qu’il y a des raisons. C’est forcément qu’à un moment donné il y a eu des manques. Mais tu vieillis, tu prends de l’expérience et ces manques-là tu les combles. Je pense qu’ils n’avaient pas ce niveau-là à 20 ans, sinon je t’aurais dit qu’ils allaient jouer en Ligue 1. Rémi Sergio va sur ses 34 ans, même s’il a une hygiène de vie irréprochable et qu’il peut encore jouer 10 ans, Max Blanc a 29 ans, Tim aussi dans ces eaux-là [29 en décembre]. Ce ne sont pas des mecs avec énormément d’années devant eux, mais si la saison prochaine tu montes en Ligue 2 évidemment qu’ils ont le niveau pour y jouer. Et j’espère qu’on arrivera à les garder, en National comme en Ligue 2.

En attaque, vous avez un peu tâtonné avec ce manque d’efficacité en début de saison. Sur les deux derniers, c’est la paire Arnold Garita – Désiré Segbe qui était titulaire, avec cette complémentarité assez classique du grand et du joueur plus vif.

On a des profils assez différents devant, avec ces deux-là, mais aussi [Adrian] Dabasse qui a fait énormément de boulot depuis son arrivée, [Mohamed] Guilavogui et sa vitesse, même Josué Ahouré qui n’a pas eu beaucoup de temps de jeu mais a fait du bien. Donc en fonction du match tu peux changer. Les trois qui jouent le plus sont Segbe, Dabasse et Garita. S’il y a une chose que nous a amenée Della Maggiore à son arrivée, ce sont des petits détails tactiques sur nos attaquants. Il a su trouver la clé offensive pour qu’ils marquent des buts. Aujourd’hui il y a un Segbe qui marche sur l’eau et soit Dabasse soit Garita qui marquent à chaque fois qu’ils jouent.

« La clé, c’est de récupérer le ballon le plus haut possible »

De quel genre de détails tu parles ? Dans les appels, la complémentarité ?

Je ne vais pas dévoiler tous nos secrets ! C’est un tout. C’est un peu paradoxal, mais j’ai envie de dire qu’il a amélioré l’attaque sur des petits détails défensifs. On sait très bien comment ils vont défendre, donc on sait comment on doit défendre derrière, et comment ils vont être placés quand on va récupérer la balle. La clé c’est de récupérer le ballon le plus haut possible, pour que les attaquants aient le moins de courses à faire pour être devant le but et que nos milieux de terrain puissent les servir correctement. Et c’est comme tout dans le foot, il y a aussi de la réussite. Un attaquant qui commence à marquer est en confiance. Quand tu viens de marquer un triplé, tu vas avoir moins de questionnements en entrant sur le terrain. Il faut en profiter.

Lors du premier confinement, on t’avait interviewé au sujet du eNational. Les clubs de National avaient terminé le championnat sur Football Manager, tu représentais Villefranche, et tu avais finalement perdu en barrages contre… Niort. T’as une revanche à prendre et des conseils à donner au coach?

Quand j’ai regardé le multiplex de la Ligue 2 et que j’ai vu qu’on tombait sur Niort, j’ai pensé à ça direct. Le reste de la saison était joué contre des vrais adversaires : moi à Villefranche et quelqu’un d’autre dans chaque club, mais Niort c’était vraiment contre l’ordinateur vu que c’était les barrages et un club de Ligue 2. Et ce n’était pas les mêmes effectifs. Donc non, je n’ai pas de conseils à donner. Ce serait trop facile et ce serait connu si Football Manager marchait en vrai. Et je serais une star !

Propos recueillis par Hugo Hélin

(Photo Léo Calistri)

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