5 mai 2001, OL-Monaco (2-1 ap) : le retour du roi (3/3)

2001

ÉPHÉMÉRIDE. Résumé de l’épisode précédent : en s’imposant au bout de la prolongation contre Monaco, l’OL a remporté la Coupe de la Ligue 2001. Son premier trophée depuis 1973 et un prélude à la série de sept titres consécutifs qui va suivre.

Episode 1 : 2001, l’odyssée de l’espoir

Episode 2 : 118 minutes pour vivre

« Au coup de sifflet final, on était dans un état second, je ne sais même plus ce qu’on a fait ! », rigole Steve Marlet. Philippe Violeau n’a plus de souvenirs très précis, lui non plus. Il sait seulement que « tout le monde était heureux et ça se sentait. » Lui ira se précipiter sur son pote Grégory Coupet pour une chorégraphie torse contre torse. Claudio Caçapa, de son côté, a déjà récupéré une perruque rouge et bleue qu’un supporter lui a donnée.

Ne reste plus qu’à gravir les marches de la tribune présidentielle pour aller cueillir la coupe, dans un remake de France 98. Mais quand Sonny Anderson, le capitaine, apparaît sur l’estrade, il n’est pas seul. Florent Laville, victime d’une rupture des ligaments croisés quelques mois plus tôt contre l’Olympiacos, a pris place à ses côtés. Ils soulèveront la coupe tous les deux. Un grand moment. Caçapa témoigne : « C’était notre capitaine, c’était vraiment important qu’il soit là. Il faut d’ailleurs féliciter Sonny parce que c’était lui, avec Greg (Coupet), qui avait demandé que Florent soit avec nous. J’ai trouvé cela très sympa parce que, pour lui, ce n’était pas évident. Il était notre capitaine, il aurait tellement voulu jouer ce match. Je crois que cela a été un bel hommage pour lui »

« Comme si on avait gagné la Coupe d’Europe ! »

Coupe de la Ligue en main et immense sourire aux lèvres, les Olympiens, joueurs comme staff, dévalent les marches et s’entassent sur la pelouse dans un joyeux désordre pour la photo souvenir. Plein de facétie, tout à sa joie, Sonny Anderson bondit alors avec la coupe, quitte la séance photo et se lance dans un interminable tour d’honneur, vite imité par ses coéquipiers dans une folle sarabande qui fait rugir de plaisir tout le peuple lyonnais du Stade de France ! « Et qui ne saute pas… ! »

A cet instant, Bernard Lacombe ne peut s’empêcher de jeter un regard au président Aulas. « Il était à côté de moi, très ému. C’était un deuxième titre qu’il gagnait. Le premier c’était la montée en D1, avec Domenech. On y a repensé, avec ce tour d’honneur et tout, comme en 1989… Là, la Coupe de la Ligue, ça a été un moment très fort. Gagner dans ce stade, avec ces 40 000 Lyonnais qui nous faisaient nous croire chez nous, c’était magnifique. Ça a été, pour nous, comme si on avait gagné la Coupe d’Europe ! »

De longues minutes plus tard, pendant que le public qui est resté (ce qui permet de nouveau de se rendre compte du fort contingent lyonnais) a droit à un magnifique feu d’artifice qui ne fait qu’ajouter de la magie à l’instant, le champagne coule à flots dans le vestiaire des Gones. Jacques Santini s’allume un gros cigare. « Certains se sont aussi jetés dans la piscine », se souvient Chanelet. « C’était plein de petits moments comme ça, partagés avec un joueur, avec l’entraîneur. Ce sont des instants propices à la complicité parce qu’on a partagé quelque chose de fort »

« Moralès, Moralès… » et la chenille d’Aulas

Ces moments se prolongeront plus tard dans la soirée, au Lido, où toute l’équipe se retrouve, avec femmes et enfants. Les joueurs en profitent pour poser avec les danseuses pour une nouvelle photo souvenir, égayée par le jovial refrain entonné par Joël Bats : « Moralès, Moralès… » La fête bat son plein. La rumeur veut que certains aient un peu abusé du champagne à ce moment-là. « C’était bien arrosé, mais c’était normal de fêter ça comme il se doit. Après, il y a des gens plus ou moins sérieux… », sourit Violeau.

Le lendemain matin, certaines mines paraissent, de fait, un peu fatiguées – surtout pour ceux qui ont prolongé la soirée au VIP, célèbre boîte parisienne. Mais, la bonne, l’excellente, humeur n’a pas quitté le cortège qui s’apprête à prendre le TGV, gare de Lyon. Dans le train, d’ailleurs, cela déraille un peu. Jean-Michel Aulas en personne prend la tête d’une chenille infernale qui traverse les wagons de part en part ! Y a de la joie !

« Noir de monde de la gare à l’hôtel de ville » !

Mais, ce n’est rien en comparaison de ce qui attend Jacques Santini et sa troupe à leur arrivée, vers 13h30, à Perrache. L’intérieur de la gare est envahi. L’extérieur aussi. Il y a des gens sur les trottoirs, les toits, partout. « On est alors montés sur notre espèce de camion pour défiler dans la ville. Plus on se rapprochait de la mairie et plus ça grouillait de monde. On voyait des gens heureux. C’était impressionnant et surprenant », décrit Chanelet. « Moi, c’est ça qui m’a vraiment marqué », lâche Steve Marlet. « C’était vraiment un grand moment, comme si on avait gagné le championnat. C’était noir de monde de la gare à l’hôtel de ville. Cela cassait l’image de Lyon ville froide, ville bourgeoise. Je n’avais jamais connu ça ! »

69171665_1629952910470708_7531984722797264896_o

« Cela nous a vraiment fait chaud au cœur », confirme Philippe Violeau. « De voir tous ces Lyonnais nous attendant…. L’engouement était plus qu’à la hauteur. Cela nous a même surpris, parce que sans dénigrer la Coupe de la Ligue, ce n’était pas non plus une compétition majeure en France. Franchement, on ne s’attendait pas à un tel accueil. On a vraiment senti qu’il se passait quelque chose. C’est aussi cela qui nous a donné envie de nous surpasser par la suite. »

Cette communion avec le public, qui atteint son apogée sur la Place des Terreaux ; cette réception à l’hôtel de ville, avec un Gérard Collomb radieux qui y voit un signe, lui qui vient tout juste d’accéder à la mairie ; « Toutes ces fêtes qui se sont enchaînées derrière, dans les heures qui ont suivi », dixit Marlet ; la victoire 5-0 contre Strasbourg, également, le samedi suivant, avec la présentation de la coupe aux supporters dans une ambiance indescriptible (Violeau confiera s’être arrêté de jouer quelques instants pour regarder les tribunes vibrer pour le « Qui ne saute pas… » repris par tout Gerland), oui tout cela a contribué, sans doute largement, à ce qu’est devenu l’OL par la suite.

web_Source0

 

Car ce match n’a peut-être pas changé que le destin de Caçapa, prêté par l’Atlético Mineiro. « Je n’étais là que pour cinq mois à la place de Florent (Laville) le temps de son rétablissement », se souvient le Brésilien qui découvre alors l’Europe avec l’intention d’y rester.  « J’ai beaucoup travaillé pendant cinq mois pour montrer que je pouvais rester. Moi, je ne voulais pas rentrer au Brésil, vraiment pas. Cela aurait été honteux. Toute la presse au Brésil allait dire que ça ne s’était pas bien passé, que ça n’avait pas marché… C’est pour ça que moi j’ai tout donné. Je peux vous le dire, je n’ai rien lâché du tout, rien, rien, rien… même à l’entrainement, j’ai fait ce qu’il fallait. » Et même s’il ne dispute que six matchs de championnat lors de sa première demi-saison lyonnaise, son but et la victoire au Stade de France feront basculer son histoire personnelle. « Au bout de même pas une semaine, le président vient me voir et il me dit : ‘Toi, tu restes avec nous. On va te faire signer ton contrat.’ […] Et c’est pour ça que je crois, je suis même sûr, que ce match-là a changé ma vie ! »

« Le point de départ de cette formidable série de sept titres d’affilée »

Jean-Marc Chanelet, comme tous ses coéquipiers de l’époque est persuadé que cette Coupe de la Ligue 2001 a aussi fait basculer l’histoire de l’OL : « Cela a été le point de départ de cette formidable série de sept titres d’affilée. Le club grandissait, on avait franchi un palier avec cette deuxième place en championnat et avec ce trophée qu’on attendait depuis 73, on a en quelque sorte brisé le signe indien. Un déclic s’est produit. Cela a libéré tout le monde. On était sur cette dynamique là et cela a donné de l’assurance à tout le club, aux joueurs, au staff, au président, aux supporters… On était prêt à franchir un nouveau palier. »

« Pour moi, c’est aussi la victoire de Jacques Santini. Je vais vous dire, si Jacquot avait continué chez nous, les sept titres, il les aurait gagnés tout seul. Tactiquement, c’était un type chiant, mais alors il était d’une précision ! Proche de la perfection. Après, il a son caractère, comme on a tous, mais il a fait un travail… », confesse Bernard Lacombe. « Et puis, il s’est passé quelque chose entre les joueurs. Patrick Müller arrivait, Claudio Caçapa aussi. Ce n’était peut-être pas la meilleure équipe, mais par son état d’esprit, c’est elle qui a joué le rôle de déclencheur pour les saisons suivantes »

Pour Steve Marlet, l’ambiance qui régnait dans le groupe à l’époque s’avère tout simplement la clé de ce succès et de tous les autres : « Nous étions un vrai groupe d’amis qui vivaient ensemble. En début de saison, on avait un peu souffert, parce qu’il y avait beaucoup de joueurs (dans l’effectif). Mais très vite, le groupe s’est mis à bien vivre ensemble. C’est pour cela qu’on a eu tous ces bons résultats lors de la deuxième partie de saison. C’est pour cela aussi que, même pour ceux qui ont connu les titres après, cette victoire en Coupe de la Ligue reste l’une de leurs plus belles émotions. » Un an plus tard, presque jour pour, le 4 mai 2002, l’OL remportera son tout premier titre de champion de France. Sur la pelouse de Gerland, on retrouve alors dix des quatorze joueurs ayant affronté Monaco au stade de France 364 jours plus tôt.

Thomas Lacondemine (tous les propos ont été recueillis en 2011 par l’auteur)

(Photos archive Damien Charfeddine / Lyon Figaro)

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>