5 mai 2001, OL-Monaco (2-1 ap) : 2001, l’odyssée de l’espoir (1/3)

OL

ÉPHÉMÉRIDE. La date est peut-être moins mythique que celle du 4 mai 2002, mais le souvenir de ce jour est tout autant gravé dans les mémoires des supporters lyonnais que celui du premier titre de champion de France. 364 jours plus tôt, l’OL soulevait en effet au Stade de France le trophée de la Coupe de la Ligue et mettait fin à une longue disette. Une journée historique à revivre dans une saga en trois parties.

Mai 2001. Les tours jumelles du World Trade Center toisent encore solidement New-York et le monde. Jacques Chirac est encore président de la République et Lionel Jospin son Premier ministre. L’équipe de France est championne du monde et d’Europe, s’apprête à remporter la Coupe des confédérations au Japon et en Corée du Sud, et fait figure de grande favorite pour la Coupe du monde prévue en Asie un an plus tard.

L’OL, tout frais quinquagénaire, lui, n’affiche aucun titre de champion de France à son palmarès. Il n’a même pas glané le moindre trophée tout court depuis vingt-huit ans (exception faite de ceux de deuxième division ou de coupe Intertoto, maigres consolations). Le 5 mai 2001, la finale de la Coupe de la Ligue au Stade de France devant 40 000 Lyonnais va tout changer. Philippe Violeau n’a (presque) rien oublié. « C’est vraiment un très grand souvenir. Pour moi, déjà, c’était la découverte de ce stade fabuleux qu’est le Stade de France. Je n’y étais jamais allé. Et puis, c’était un trophée que l’OL attendait depuis si longtemps… » 

« Bernard, c’est maintenant qu’on va gagner »

Malgré son armoire à trophées poussiéreuse, l’OL donne pourtant déjà à l’époque la sensation qu’il va être le grand club français des années 2000. Les deux saisons précédentes se sont terminées sur le podium (à la troisième place à chaque fois) et la montée en puissance financière de l’OL est illustrée par l’arrivée en provenance du Barça de la star brésilienne Sonny Anderson à l’été 1999.

Bernard Lacombe se souviendra d’ailleurs « toujours de cette prédiction que [lui] avait faite José Broissart, un matin. » L’ancien buteur a entraîné l’OL d’octobre 1996 à juin 2000, avec Broissart en bras droit. « Épuisés » par ces quatre saisons, ils ont décidé de se retirer et de laisser la place à Jacques Santini, qui occupait depuis trois saisons le poste de directeur sportif. « [Broissart] m’avait dit ‘Bernard, tu vois, tu n’aurais pas dû arrêter, parce que c’est maintenant qu’on va gagner.’ »

Quand ils se présentent au Stade de France ce samedi 5 mai, les joueurs de l’OL ont un futur à conquérir, mais aussi un passé à effacer et une malédiction à briser. Dans la soucoupe volante posée au bord de l’A86 à Saint-Denis, c’est 2001, l’odyssée de l’espoir que s’apprêtent à jouer les Gones.

« À événement exceptionnel, préparation exceptionnelle »

Depuis plusieurs jours, déjà, ils en ont pris conscience. « On est parti se préparer deux jours avant, en région parisienne. La mise au vert était un peu plus longue que pour un match ordinaire. Le fait de monter à Paris et pour un grand événement, c’était une ambiance un peu particulière », se remémore Jean-Marc Chanelet.

« À événement exceptionnel, préparation exceptionnelle. Mais on n’avait pas pour habitude de se prendre la tête », souligne Violeau. « Tout le monde est resté très calme. On savait qu’il y avait un engouement important à Lyon. Malgré tout, on a essayé de relativiser et de rester concentrés sur notre objectif. Santini préparait très bien les avant-matchs, tout était géré avec une certaine décontraction pour ne pas nous mettre une pression supplémentaire »

« A l’entraînement, tout le monde était très appliqué, mais ce n’était pas tendu non plus », abonde Chanelet. « Il y avait de la concentration et en même temps la joie de vivre un événement important. » « Il ne nous restait plus qu’à répondre présent », reprend l’ancien Auxerrois. « On jouait contre Monaco, pas une petite équipe, donc on se devait d’être vraiment présent dans tous les domaines, physiquement, mentalement. Tout en étant sereins, on était concentrés là-dessus. »

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Titulaire or not titulaire ?

L’échéance approchant, une certaine forme d’appréhension se lit tout de même sur plusieurs visages. La veille du jour J, alors que le groupe lyonnais prend ses quartiers au Sofitel Saint-Jacques, dans le 14e arrondissement de Paris, plusieurs joueurs ne savent pas encore s’ils débuteront le match. C’est le cas de Claudio Caçapa. « Je l’ai su pendant la causerie. Jusque-là, on ne savait pas trop l’équipe que Santini allait aligner. Quelques cadres savaient qu’ils allaient jouer, bien sûr, mais moi je n’étais pas sûr du tout de commencer cette rencontre, parce qu’il y avait Edmilson et Patrick Müller. On savait qu’Edmilson allait jouer, mais entre Patrick et moi, on ne savait pas. »

C’est le cas, également, de Chanelet, en concurrence, durant toute la saison, avec le Belge Eric Deflandre au poste de latéral droit : « Je ne me rappelle plus trop à quel moment j’ai appris ma titularisation. Avant cela, je ne savais pas réellement si j’allais jouer. Cela a été une petite satisfaction et puis je me disais que le vieil adage « jamais 2 sans 3 » allait se répéter, moi qui disputais ma 3e finale consécutive [après celles de Coupe de France remportées en 1999 et 2000 avec Nantes]. Donc, il y avait de l’appréhension comme avant chaque match, mais pas une appréhension qui inhibe. »

Titulaire et performant toute la saison, malgré les débuts en trombe de Sidney Govou, Steve Marlet, lui, ne se pose pas la question de sa titularisation. Mais cela ne l’empêche pas de « faire le match 50 000 fois dans ma tête. » Avec, bien entendu, « un scénario toujours favorable ! » Car l’attaquant qui vit sa seule saison complète à Lyon (il partira à Fulham après avoir disputé cinq matchs en début de saison suivante) le sent, l’OL peut s’appuyer sur sa « dynamique positive. » « On était vraiment en confiance. On sortait de bons résultats en championnat et on avait effectué un beau parcours en Ligue des Champions. Le contexte était idéal »

« On était prêts ! »

En championnat, l’OL est en effet invaincu depuis onze matchs. Mieux, il reste même sur cinq victoires consécutives, dont la dernière, à Lille, dans les arrêts de jeu (2-1 sur un but de Christophe Delmotte). Les Olympiens ont aussi fait sensation en Europe. Non contents d’avoir franchi la première phase de poule pour leur première vraie saison en Ligue des Champions (après le crash de Maribor l’année précédente), ils ont fait trembler jusqu’au bout Arsenal et, surtout, le Bayern Munich (futur vainqueur de l’épreuve) lors de la deuxième phase.

Si l’aventure s’est arrêtée de façon abrupte en Coupe de France (défaite 3-0 à Strasbourg en quarts de finale), le parcours en Coupe de la Ligue a lui été parfait jusque-là. Les Gones se sont imposés sans trembler à Sedan (1-2), à Lens (1-3) et à Amiens (0-2), avant de sortir Nantes, le futur champion de France, dans une demi-finale épique à Gerland où ils ont été menés deux fois au score (3-2). Bref, au moment de pénétrer dans l’enceinte du Stade de France vers 19 heures ce samedi 5 mai, Philippe Violeau et tous les Lyonnais sont sûrs de leur force : « On était prêts ! »

Episode 2 : 118 minutes pour vivre

Thomas Lacondemine (tous les propos ont été recueillis en 2011 par l’auteur)

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