Dix façons de se motiver pour le « depressico »

PROZAC. L’OL et les Girondins de Bordeaux ne sont pas les équipes les plus flamboyantes de ce début de championnat. Mais voilà, on vous a refilé une place gratuite, et quand c’est gratuit vous avez du mal à dire « non ». Zénon Zadkine vous offre donc dix façons différentes de vous motiver pour aller voir ce « depressico ».

Olympique Lyonnais

Cheick Diabaté et Mouhamadou Dabo en prime time dimanche sur Canal +. Et tellement plus encore. (Photo Panoramic – Frédéric Chambert)

 

La peur du match épique

La vie d’un supporter est ainsi faite : au fond de nous, on espère tous vivre un match inoubliable à chaque fois. Pourtant, ce qui fait qu’un match est exceptionnel, c’est bien le fait qu’il soit… une exception. Ainsi, le supporter se tape des dizaines de matchs par an, dont une majorité de purges, pour ne pas rater celui qui marquera les mémoires. Et même si les chances sont faibles, qui aurait envie de rater un Jurynho avec seulement des +5 ?

Olympique Lyonnais

lequipe.fr, dimanche soir, 23h12 (© Zénon Zadkine)

La préparation du discours à la machine à café, façon optimiste

« Ouais tu vois, moi j’y ai toujours cru. Malgré la passe un peu difficile qu’on a vécue, l’institution a un vrai projet. Maintenant le plus important ça va être d’assurer au moins la Coupe d’Europe en attendant le Grand Stade même si la rater une année ou deux ne serait pas une catastrophe industrielle. On a des jeunes de talent et un coach en pleine progression qui aime le club, dès qu’on aura un outil adapté, on pourra reprendre notre marche en avant. Au fait, t’as des nouvelles du dossier Keradec ? »

La préparation du discours à la machine à café, façon pessimiste

« Ouais tu vois, je savais qu’on allait dans le trou dès la nomination de Garde. On a laissé passer notre chance en Coupe d’Europe à notre grande époque, maintenant une simple qualification pour l’Europa League serait un petit miracle. Ce n’est pas avec des jeunes surcotés que tu peux espérer mieux. Tu crois vraiment qu’on va remplir le Grand Stade ? Déjà qu’il faut balancer des invitations à tout-va pour avoir 30000 personnes contre Bordeaux… Ce Stade sera notre cimetière. Au fait, t’as toujours pas fini le dossier Keradec ? J’avais dit vendredi dernier délai. »

La liste à la Nick Hornby

Nostalgique, humoristique ou culturelle, la liste est un exercice de style à part, profondément addictif. Exemples :

Plutôt qu’au stade de Gerland, vous pourriez être…

  1. En train de passer une soirée en amoureux à la Fistinière, suite à une faute de frappe en recherchant une créperie sur Google.
  2. Dans un studio d’enregistrement, lors de l’enregistrement d’un album collaboratif Zaz / Grégoire / Fauve.
  3. Devant votre PC à jouer à Travaux routiers simulator que votre grand-mère vous a offert en confondant avec GTA V.
  4. À l’avant-première de « Doutes – chronique du sentiment politique » avec la présence exclusive de la réalisatrice.
  5. À Saint-Étienne

Les chèvres des deux clubs

  1. Alou Diarra
  2. Frédéric Roux
  3. Stéphane Paille
  4. Robert Nouzaret
  5. Yoann Gourcuff

Playlist « Une chanson / un joueur de l’OL »

  1. Samuel Umtiti / Fast Car – Tracy Chapman
  2. Bakary Koné / Général à vendre – Les frères Jacques
  3. Arnold Mvuemba / Substitute – The Who
  4. Bafetimbi Gomis / I’m A Slave 4 U – Britney Spears
  5. Miguel Lopes / N’importe quel fado bien déprimant

La motivation « soirée pizza »

On a prévenu les potes : « Rendez-vous chez moi à 20 heures. » Quentin est arrivé en premier, à 19h30. Il s’est fait larguer par sa meuf il y a deux mois et a toujours du mal à s’en remettre. La demi-heure seul avec lui est un long calvaire, et on n’est pas mécontents quand le reste de la troupe arrive. Une soirée entre testicules, c’est toujours le top. Sauf que cette fois, Alex a ramené sa copine. Du coup, on y va mollo sur les vannes sexistes, sur les vannes racistes et sur les questions philosophiques « Scarlett Johansson sans bras ou Emma Watson sans jambes », alors qu’elle ne se gêne pas pour hurler « Vas-y Clémyyyyyy » dès que Grenier touche le ballon. Une défaite plus tard, il faut encore réussir à faire comprendre à Quentin qu’il faut faire comme les autres et dégager maintenant, et qu’on en a un peu ras-le-cul de l’entendre pleurer. Et il reste encore à faire le ménage, en débarrassant les paquets de cacahouètes, les cartons de pizza et la centaine de bouteilles de bière. La prochaine fois, on fera ça dans un pub.

La motivation « soirée au pub »

On a prévenu les potes : « Rendez-vous au James Joyce à 20 heures. » Le James Joyce c’est un pub irlandais de pacotille comme il en existe dans toutes les villes de province. Yann est arrivé en premier, à 16h30. Yann est breton. Il n’en a rien à foutre de Lyon ou de Bordeaux, mais vient dès qu’on l’invite à picoler. Et arrive toujours en avance. Les autres arrivent, on a réservé une grande table. Yann déconne tout le long, en parlant fort. A mesure que la défaite se rapproche, la table d’à côté, peuplée de supporters bas du front, semble un peu moins apprécier l’humour breton. Au coup du sifflet final, quand Yann gueule « Puel reviens ! » en se marrant, les tabourets et les coups de poing volent. Une nuit aux urgences plus tard, le retour au travail est difficile. La prochaine fois, on fera ça tout seul.

La motivation décalée de hipster

Vous matez des matchs de championnats de l’ex-URSS pour vous la péter sur twitter, vous réclamez Morgan Schneiderlin ou Jonathan Schmid en équipe de France et vous lisez les Dé-Managers ? Vous êtes donc un hipster du football et vous n’avez a priori que peu de chances de suivre le match du dimanche soir de Canal+ (sauf pour vous gausser du niveau de la L1 en bouffant des sushis avec d’autres amis à grosses lunettes).

Pourtant, réfléchissez deux minutes : ce match a tout pour vous plaire. Certes, le match est diffusé sur Canal+, mais qui regardera les deux équipes les plus décrépites de l’année civile 2013 ? Leurs supporters, les no-life accros au foot et les mecs qui ont réussi à négocier le match du dimanche avec Bobonne et comptent bien en profiter. Bref, mater ce match sera un manifeste décalé et absurde, le genre de trucs que vous aimez presque autant que Bon Iver.

Et puis un peu de cohérence : vous ne pouvez pas vous plaindre du mainstream d’un côté et regarder un match de la Liga de l’autre. Si le PSG et l’AS Monaco étaient des blockbusters, ce OL-Bordeaux serait un film de Wes Anderson. Et le casting est parfait : Francis Gillot en vieux beau grincheux à la Bill Murray, Yoann Gourcuff en beau gosse intello sans grande utilité à la Jason Schwartzman, Samuel Umtiti en ancien enfant prodige un peu paumé à la Owen Wilson et David Bellion en vieil hindou dont on se demande ce qu’il fout là à la Kumar Pallana. Pour le traditionnel travelling au ralenti, il suffit de filmer un duel Mouhamadou Dabo – Fahid Ben Khalfallah. À vitesse réelle.

La technique « on ne sait pas de quoi demain sera fait »

Nous sommes le 19 octobre 2023. Après un début de saison réussie (victoires convaincantes 2-0 et 3-0 contre Montélimar et à Saint-Julien-Molin-Molette), l’Olympique Lyonnais a ensuite calé, enchainant les matchs nuls avant de subir une défaite dans le derby (3-0 au stade Balmont contre la réserve de la Duchère). L’apprentissage de la Division d’Honneur n’est pas facile pour le club autrefois champion de France qui doit composer avec un effectif de 15 joueurs seulement (et une moyenne d’âge de 17,2 ans) suite à sa rétrogradation administrative. L’échec du Grand Stade (revendu en échange de 5 000 euros et Nicolas Douchez au Qatar) a contraint le club du président Laurent Debrosse à un retour à Gerland. À la plaine des jeux de Gerland plus précisément, où les matchs de l’OL réunissent entre 100 et 250 personnes autour du terrain numéro 10.

Il faut dire que le projet du staff ne semble pas convaincre les supporters. Pourtant, l’OL peut compter sur des jeunes de bon niveau suite à l’acquisition de cinq clones hybrides de Leo Messi et Lotta Schelin en provenance du Barcelona Biotechnology and Football Club. Mais les fans sont nombreux à douter des compétences de l’entraineur Lamine Diatta, dont les intentions offensives (lors de sa prise de fonction, il affirmait au micro du Libéro Lyon TV vouloir « s’inspirer des principes de jeu du Torpedo Kutaisi », récent champion d’Europe) ont laissé place à une prudence tactique jugée excessive (avec comme point d’orgue les huit joueurs à vocation défensive alignés en plus des deux gardiens de but lors du déplacement à la Chapelle-de-Guinchay).

Ce jour-là, vous repenserez à cette fois où, dix ans plus tôt, vous avez hésité à aller assister à un match de L1 entre deux équipes européennes, au Stade de Gerland. Et vous pleurerez en contemplant les dribbles ratés de Phuong Lopes-Lopes (plus grand espoir du club, fils adoptif d’origine vietnamienne d’Anthony et Miguel).

La motivation à long terme

On le sait, la Ligue 1 est un championnat formateur. Il n’est pas étonnant de retrouver lors de grands matchs européens au sommet une petite dizaine de joueurs passés par notre championnat (et méprisés lorsqu’ils y évoluaient). Ne faites pas l’erreur de dédaigner ces jeunes joueurs talentueux, et découvrez dès aujourd’hui leur future carrière.

Anthony Lopes. La venue de Benoit Costil à l’été 2014 le fait redevenir remplaçant, et le gardien décide de rejoindre le pays de ses ancêtres et le Sporting. À nouveau sur le banc, il se reconvertit en arrière droit et gagne sa place de titulaire au détriment de son homonyme Miguel en deux semaines. A la fin de sa carrière, il ouvre une entreprise d’import-export de papier kraft.

Naby Sarr. Poursuivi par le destin, ses entraineurs successifs ne lui donnent jamais sa chance, que ce soit à l’OL, à Châteauroux, au Xamax, à Plymouth Argyle, à KooTeePee ou à l’AS Buralistes de Cergy, où il termine sa carrière. Il est aujourd’hui agent de sécurité à Carrefour Salaise-sur-Sanne.

Sidy Koné. Déçu par le milieu du football, il devient concepteur de tondeuses à gazon pour Flymo. Il est marié avec Hillary des « Ch’tis à Las Vegas ».

Jordan Ferri. Tout en continuant une honnête carrière de footballeur (Évian Thonon-Gaillard, Clermont, Sedan, Créteil Lusitanos), il fonde une nouvelle religion tentant de syncrétiser tous les cultes existants. L’Église Ferrienne du Ciel et de Tout Ce Qu’Il Y A Dedans compte aujourd’hui près de deux mille adeptes, qui partagent une même passion pour l’orgue, le curry, les tapis volants et les films de Woody Allen.

Clinton N’Jie. Le Camerounais arrivé en provenance des Brasseries du Cameroun n’a pas oublié ses origines et sombre dans l’alcoolisme en 2015. Suite à un concert de Sinsemilia, il entame une rédemption et devient prix Nobel de la paix en 2023 pour son rôle dans la résolution de la « crise des bottines Napapijri » entre la Norvège et la Wallonie.

La motivation 2.0

C’est tout le drame de l’hyper-connectivité moderne : un quart d’heure sans être connecté et l’on ne sait plus de quoi parle tout le monde. Si vous voulez comprendre ce qui se passe dans le monde virtuel, vous n’avez pas le choix : regardez ce match.

Olympique Lyonnais - Girondins de Bordeaux

#OLFCGB (© Zénon Zadkine)

Zénon Zadkine

3 Comments

  1. G n R

    18 octobre 2013 at 4:28

    7è tro nul. Zénon il y connè ri1 au foot.

  2. sebtheouf

    18 octobre 2013 at 6:37

    haha tu m’as tué. Les Tweets sont parfait.

    Et placé Salaise sur Sanne et St Julien M&M dans l’article c’est balèze. Le mec serait de St Maurice l’exil que ca m’étonnerait pas.

  3. -Twist-

    20 octobre 2013 at 1:18

    Han, je n’avais pas lu ce bijou. Chapeau chapeau chapeau !

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