Lacazette, soliste solitude

Olympique Lyonnais

RANK’N’OL #S03E06. Un peu seul dans sa partie, Alexandre Lacazette n’a pas permis à l’OL d’éviter l’humiliation face à Lens (0-1). De la déroute de Gerland, le Rank a même trouvé quatre autres garçons à sauver du jet de tomates. Pas toujours pour leur talent, mais au moins pour ne pas s’être cachés derrière les excuses.

 

Le match : Et en plus, ils s’en sortent bien

Olympique Lyonnais

Le mode d’emploi : Let’s Rank’n’OL !

 

Olympique Lyonnais1. Alexandre Lacazette

Dix titulaires sur le flanc, le calendrier de la LFP, la préparation physique, les limites des uns et des autres. Les excuses rationnelles ne manquent pas pour expliquer le blues épais dans lequel semble s’embarquer le premier exercice de Fournier – en attendant que la nostalgie Garde affleure pour de bon. Elles ne viennent pas à bout pour autant de la détermination de Lacazette. Ce dimanche après-midi, c’est comme si le Kid de Mermoz était encore plus seul que tout ce qu’ont pu imaginer Gabriel Garcia Marquez, Morrissey et Yoann Gourcuff. Pour aller gratter un ballon sur un coup franc joué à l’hésitation par les Lensois (8e), pour descendre chercher un ballon au milieu et frapper sitôt la première accélération consommée (19e) ou envoyer une roulette au milieu de trois défenseurs lensois (27e). Si on veut lui reprocher de ne pas avoir su se montrer suffisamment décisif, c’est pour mieux relever les absences de ceux qui l’entourent, de ce contrôle manqué par N’Jie dans la surface après une passe qui traverse le dernier rideau lensois (55e) à cette déviation de Malbranque qui ne permet déjà plus de cadrer (67e). On a souvent entendu Lacazette invoquer l’héritage des grands attaquants qui ont pu marquer l’histoire récente de l’Olympique Lyonnais. Certes, Sonny, Karim et Licha partagent ce qu’il faut de talent pour affoler les stats. Ils avaient surtout cette aura nimbée de mystère qui en a fait des stars – ou des divas mal lunées, ce qui revient au même. Aujourd’hui, Alex est aussi seul que ces modèles pour qu’on se dise que son avenir finisse par se jouer ailleurs. D’ici jeudi, cette solitude reste encore le meilleur moyen d’échapper à la peur du bide.

Olympique Lyonnais2. Anthony Lopes

Au moment de passer chez son tatoueur, un joueur de foot professionnel doit faire son choix. Il y a ceux qui, comme le gardien lyonnais, balancent leur généalogie à la face au monde. Et les autres qui préfèrent les aphorismes nietzschéens pour dresser la généalogie de leur morale perso. Comme ça qu’on nous rappelle que « ce qui ne tue pas rend plus fort ». Peut-être. En attendant, si le ridicule n’a pas achevé l’OL face à Lens, il le doit une fois de plus aux arrêts de Lopes et à la part de chance qui a pu l’accompagner pour échapper à un pénalty (faute sur Nomenjanahary, 54e). Sa sortie en deux temps face à une accélération de Coulibaly (12e) ou son arrêt miracle devant Touzghar (58e) suffisent à sauver le gars de Givors dans la revue d’effectif lyonnaise. De quoi rehausser un peu plus sa cote aux yeux de Gerland qui n’aime rien tant qu’un type du coin qui se dresse pour sauver la maison du désastre qui la menace. Autrement dit, le supplément d’homme plutôt que l’homme providentiel. Pas si loin de Lyon, on se rappelle que c’est aussi sur cette croyance que s’est jouée la carrière de Jérémy Janot chez les Verts. Il a fallu l’arrivée de Ruffier pour se dire que ce n’est pas forcément une bonne défense qui fait le grand gardien, mais peut-être bien l’inverse. Et puisque cet idéal reste bien trop incertain quand il faut composer avec le coup du jet lag permanent de Koné, on s’en remettra aux aiguilleurs du ciel pour qu’ils permettent à Lopes de devenir ce gardien parfois limité qui sait s’y prendre pour voler un match. Un genre de Janot Lupin.

Olympique Lyonnais3. Steed Malbranque

À l’été 2001, Steed Malbranque était parti de Lyon, lassé que Jacques Santini ne lui confie pas les clés du jeu. Treize ans plus tard, on jurerait qu’il a le problème inverse. En vrai, Malbranque est encore l’un des meneurs les plus chics de la Ligue 1, capable rien qu’avec son cerveau et son cœur de compenser l’explosivité qui fait désormais foi. Maintenant qu’on le sait, on ne cherche plus à être convaincu, et lui peut-être encore moins. Non, Malbranque est désormais un relayeur, ce qui n’est peut-être pas aussi classe qu’être numéro 10, sauf quand on est dans ce qui ce fait de mieux dans la catégorie. Mais que personne ne vienne nous dire que Malbranque n’est pas assez décisif pour être meneur de jeu. Malbranque n’est pas assez décisif quand il est meneur de jeu, nuance. Suffit de voir la tournure qu’ont pris les événements passée la 55e minute et son repositionnement. Même s’il est passeur (pour Yattara) sur la seule occasion lyonnaise de la première période (8e), c’est bien une fois qu’on lui aura rendu sa liberté de suer qu’il va donner sa pleine mesure. En reculant, Malbranque a mis de l’huile dans les transmissions lyonnaises et, paradoxalement, a beaucoup mieux trouvé Lacazette, comme sur cette subtile déviation aérienne pour la volée de l’attaquant (67e) ou encore ce une-deux délicieux dans la surface (76e). Puis c’est Alex qui a servi Steed, pour une frappe sur le poteau après avoir mystifié Riou (80e). Une action qui aurait pu tout changer. Mais pas l’histoire du génie au destin contrarié.

Olympique Lyonnais4. Clinton N’Jie

L’espace d’une bonne demi-heure, Clinton N’Jie a eu le temps d’incarner tout ce que devrait être un jeune joueur à Lyon : un supersub à qui il ne faut que deux accélérations depuis le côté gauche pour semer la zone dans la surface lensoise (65e et 70e). Et puisque le temps a fini par lui manquer pour tromper Riou sur son dernier passage en revue de la défense adverse (82e), on se dit qu’il pourrait bien être fiché comme titulaire pour sa prochaine apparition. En d’autres temps, cela aurait pris l’allure d’une promotion. Depuis Benzia et Bahlouli, on a compris que la promesse d’un soir qui reste sans lendemain est le plus court chemin menant au retour dans l’ombre. C’est aussi à ce genre de détail qu’on mesure le déclassement lyonnais. Alors que ces quelques apparitions ponctuelles permettaient aux talents les plus prometteurs de grandir avant de casser la baraque, les limites du jour les obligent désormais à tenir la baraque. Entre les deux, on se prépare déjà à se priver de Clinton, nouveau prince du funk, pour se contenter de N’Jie, ce tube Stones qui sent le pétard mouillé.

Olympique Lyonnais5. Mouhamadou Dabo

Il ne faut pas s’habituer. À voir Dabo performant. Ou même à le voir tout court. Et on se demande même encore pourquoi on l’a vu contre Lens, si ce n’est pour brûler une cartouche offensive avec ce changement imposé à vingt minutes de la fin, « par précaution », mais tellement prévisible et d’ailleurs probablement prévu. Dabo est venu, on l’a vu et il nous a presque convaincus. Sans adversaire direct dans sa zone, il a plutôt bien profité de sa liberté, allant même jusqu’à tenter une demi-volée lobée (mais surtout foirée) de l’extérieur (4e). C’est encore lui qui lance Malbranque dans la surface quatre minutes plus tard (occasion de Yattara, 8e) et nombreuses ont été ses passes vers l’avant qui trouveront leur destinataire. Un de ses débordements obligera même Cyprien à faire une faute, qui coûtera un carton à son auteur (47e). On n’a pas vu Alaba non plus, mais il fallait souligner une belle performance de reprise et plus encore une vraie capacité d’initiative. Pour la suite, on craint de vite retomber dans nos travers et de railler à nouveau l’allure et les gaffes du grand Mou, comme on l’a trop souvent fait depuis son arrivée en 2011. Parce que si l’amour dure trois ans, l’humour, ça doit être un peu plus.

Par Pierre Prugneau et Serge Rezza

Retrouvez le Rank’n’OL sur OL Dirty Bastards et le Libéro Lyon.

(Photo Anthony Bibard – FEP / Panoramic)

One Comment

  1. gintonic

    25 août 2014 at 5:10

    Il va falloir lui faire une gueule à N’Jie, il est parti pour rester et il n’a pas cette tête d’indien.

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