On était à Cheminots de Vaise – FC Grigny (premier tour de Coupe de France)

Cheminots

COUPE DE FRANCE. Devant le vestiaire du stade Gilbert Vignes, quelques enfants discutent. Le plus grand explique à ses cadets les enjeux du match qui va démarrer dans une petite heure. « S’il gagne, mon papa pourra aller jouer au stade de France. » On est pourtant encore loin de l’enceinte dionyisienne, puisque les deux équipes qui s’affrontent ce dimanche 25 août devront remporter 13 matchs de Coupe de France pour en fouler la pelouse.

A l’intérieur du vestiaire, les Cheminots de Vaise ne rêvent d’ailleurs pas du tout du stade de France. Pour tout dire, le duo qui remplace Grégory Fabbrizio (l’entraîneur, en déplacement professionnel à l’étranger en ce moment) annonce même son manque d’ambitions dans la causerie. « C’est génial la Coupe de France, mais on est en août et les pros entrent en janvier. On sait qu’on n’ira pas au bout.«  Patrick Ali-Saïd (adjoint) et Farouk Zerzaihi (habituellement joueur, mais qui ne se met pas sur la feuille de match lorsqu’il passe en mode coach) font donc de ce premier tour un prolongement des amicaux estivaux. « Pour nous, c’est un match de préparation », rappellent-ils ainsi aux joueurs. D’autant que les Cheminots, dont un seul bosse à la SNCF, font office de Petits Poucets dès leur entrée en lice : ils sont en effet en Départemental 3 (onzième division) alors que le FC Grigny évolue deux niveaux plus haut en Départemental 1.

Vous êtes sans doute surpris en voyant Jean-Michel Bonjour en numéro 6 plutôt qu'en défense centrale, mais ça avait été testé en amical la semaine dernière et il a de nouveau sorti un bon match ce dimanche.

Vous êtes sans doute surpris en voyant Jean-Michel Bonjour en numéro 6 plutôt qu’en défense centrale, mais ça avait été testé en amical la semaine dernière et il a de nouveau sorti un bon match ce dimanche.

La différence de niveau n’est pourtant pas flagrante sur le terrain, un synthétique aux billes noires qui giclent à chaque rebond. Les Cheminots jouent haut, empêchent leurs adversaires de ressortir de leur camp et provoquent un peu d’agacement du côté de Grigny. À l’image du capitaine, qui se plaint auprès de l’arbitre principal (officiel) que l’arbitre assistant (qui dépanne) ne se contente pas de lever son drapeau pour les hors-jeux mais l’agite aussi parfois pour indiquer des fautes. « C’est pas à lui de siffler ! » Réponse de l’homme en bleu ciel, qui n’a pas suivi l’avis de son assistant d’un jour qui porte un maillot du PSG sur le dos : « Ça tombe bien, il ne siffle pas. »

Et même si la fin de première période est un peu dure pour eux, avec des efforts compliqués à tenir sur 45 minutes dans une chaleur aussi étouffante au pied de l’A6 le dimanche qu’au pied du Parc OL le samedi (et malgré le règlement autorisant les changements à volonté lors des deux premiers tours de Coupe de France), les Cheminots virent en tête à la pause. Les errances du replacement grignerot leur offrent en effet quelques boulevards sur le côté droit, et Alassane Diawara en profite pour s’engouffrer dans la surface et ouvrir le score d’un tir un peu taupé qui surprend Hassen Mekki et son maillot de l’OL à manches longues (1-0, 20e). Une pause que l’équipe locale passera à l’ombre d’un arbre, la chaleur ayant transformé le vestiaire en hammam.

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Mais le coup de coaching de la deuxième période ne viendra pas de cet arbre, mais de la main courante. Suspendu, l’entraîneur de Grigny n’a pas le droit d’être sur le banc et doit en effet hurler ses consignes pour demander aux rouges de passer à trois derrière et à deux devant à l’heure de jeu. Un 3-5-2 qui permet aux visiteurs de renverser le match de façon express : Djaafar Dhamani reprend tranquillement du plat du pied un centre venu de la gauche pour égaliser (1-1, 71e), Steven Mirto met son équipe devant d’une belle finition du gauche (1-2, 73e).

Les joueurs de Grigny devront s’habituer à ce coaching à distance, puisque l’entraîneur nous avoue qu’il sera suspendu pour 13 matchs. Un supporter nous éclaire sur les raisons de cette suspension, même si son histoire truculente doit être prise avec des pincettes s’il est aussi objectif que lorsqu’il conteste chaque décision arbitrale : « Il a pris un rouge pour s’être plaint de l’arbitrage et on rejouait le mercredi suivant, avant la commission. Il n’était donc pas encore suspendu pour ce match-là, sauf que c’était le même arbitre ! L’autre a sifflé le coup d’envoi, est venu le voir dès la première seconde et l’a expulsé directement alors qu’il n’avait rien dit ! »

Le gardien du Grigny FC porte un maillot de l'OL, le capitaine des Cheminots de Vaise préfère le Real Madrid.

Le gardien du Grigny FC porte un maillot de l’OL, le capitaine des Cheminots de Vaise préfère le Real Madrid.

Une histoire folle, mais pas autant que la fin de match. D’abord parce que les Cheminots de Vaise égalisent dans les derniers instants grâce à une frappe lointaine de Thomas Lallonder fatale à Mekki qui avait fait un pas de l’autre côté (2-2, 89e). Ensuite car un désaccord entre supporters sur l’attribution d’une touche dérape. Quelques insultes volent, on se propose mutuellement de régler ça à la bagarre, certains joueurs profitent de l’arrêt de jeu consécutif au but pour venir voir ce qu’il se passe, une lame de couteau rouillée sort d’une poche, puis une mini-machette d’une voiture. Une escalade flippante qui sera pourtant désamorcée par des négociations, avec une poignée de mains entre les deux belligérants pour classer l’affaire. La magie de la Coupe.

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De l’autre côté de la main courante, on s’apprête à repartir pour 30 minutes de rab. Ce qui ne plaît pas à l’arbitre assistant en maillot du PSG. « Le seul match où je ne joue pas, vous êtes obligés de faire 120 minutes ? » Le spectacle vaudra pourtant le coup d’œil. Lallonder inscrit un doublé (3-2, 94e), toujours célébré sans effusion de joie excessive. Le train des Cheminots est lancé. Et conduit par un immense Christopher Annette, numéro 11 au look de rappeur français et au pied droit aussi soyeux que son catogan.

Dangereux sur chaque coup de pied arrêté direct comme indirect, « Chris » inscrit dans le jeu le plus beau but d’un match qui se finira par un score de tennis, d’une frappe lointaine et légèrement excentrée imparablement enroulée au ras du poteau (4-2, 99e). Avant de se faire plaisir en profitant des espaces laissés par une défense logiquement démobilisée, lors de contre-attaques de plus en plus fréquentes et qui aboutiront à un doublé d’Hicham Rebib (5-2, 108e et 6-2, 114e). De quoi remplir le vestiaire de cris et de sauts, avant de se mettre à penser au deuxième tour de Coupe de France qui arrive dès dimanche prochain et est de nouveau traité comme un match de préparation. « Le match de la semaine prochaine n’était pas prévu, et il doit encore plus vous motiver pour être sérieux et venir aux entraînements. » Il n’en reste toutefois plus que 12 à gagner pour emmener les enfants au Stade de France.

Hugo Hélin

(Photos Hugo Hélin / Le Libéro Lyon)

One Comment

  1. o8

    26 août 2019 at 8:40

    Merci le Libero pour ce genre d’article !

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