Comment l’OL s’est sabordé défensivement contre Bordeaux

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TACTIQUE. Les matchs d’avant-trêve internationale ont un gros défaut lorsque le résultat n’est pas bon : les supporters ont le temps de les ruminer. Surtout quand des désagréables impressions défensives ont gâché la bière qu’on venait de s’ouvrir à la pause, confiants avant que l’expulsion de Thiago Mendes et l’égalisation bordelaise ne gâche le match (1-1). Un match qu’on a revu pour constater un curieux paradoxe : l’OL a surtout failli par une application trop rigoureuse des instructions.

On attend toujours beaucoup d’un match d’avant-trêve, surtout quand l’équipe nationale se prive de deux des meilleurs avant-centre du monde. En attendant que Lyon fasse sécession d’un pays qui ne la mérite pas, il y avait un (pâle) Bordeaux à jouer, et en revoyant le match, on se demande encore pourquoi l’OL a décidé de lui offrir des points. On caricature un peu, bien sûr, mais globalement, l’OL a joué contre lui-même, face à une équipe qui ne venait pas chercher grand-chose, comme en témoigne les expected goals avant l’expulsion de Thiago Mendes.

Offensivement, l’OL a beaucoup ressemblé au U genesiesque qui hante encore les nuits des supporters lyonnais. Difficile de comprendre pourquoi l’OL a tant insisté sur les côtés alors que ses meilleurs joueurs sont dans l’axe, que ses joueurs de côté sont plus moyens, et de toute façon interdits de pratiquer la partie offensive de leur mission. Un choix d’autant plus surprenant que la seule véritable initiative bordelaise en début de match a consisté à venir presser haut (mais mal) la défense centrale lyonnaise, capable de l’effacer facilement soit par la passe (Andersen), soit par le dribble (Denayer).

L’analyse tactique version LOL >>> Cinq trucs auxquels pourraient servir les latéraux de l’OL

Mais c’est surtout défensivement que les choix tactiques interrogent. L’OL a défendu en 442 ou 451, en formant deux lignes parfaitement alignées. Les Bordelais n’ont pas mis longtemps à voir les limites de ce positionnement figé (voire robotique) : il suffisait à ses attaquants (et notamment De Préville) de venir se glisser entre les deux lignes lyonnaises pour recevoir des ballons très intéressants à trente mètres du but, face aux seuls défenseurs. Cette situation a déjà été entrevue à plusieurs reprises en 1ere mi-temps

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Ici, trois Bordelais se placent entre les lignes de quatre. Il suffit au passeur bordelais de la glisser entre les lignes pour éliminer les trois milieux et les deux ailiers de l’OL.

Cette situation s’est systématiquement répétée en deuxième mi-temps, notamment après l’expulsion de Thiago Mendes.

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 Parfois, à la suite d’un contre ou d’un ballon non maîtrisé, la ligne des milieux de l’OL est désorganisée… pour le meilleur, à l’image du positionnement de Lucas Tousart sur l’image suivante 

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Problème : Tousart se replace dans la ligne des milieux, et monte sans couper l’angle de passe. Quelques secondes plus tard, l’attaquant bordelais se retrouve seul, idéalement placé pour recevoir le ballon.

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Les milieux de terrain n’ont pas été les seuls à respecter coûte que coûte le placement initial prévu. Les défenseurs sont ainsi constamment restés alignés, proches les uns des autres. Ceci est vrai pour tous les défenseurs, à commencer par les défenseurs centraux.

Sur cette longue balle bordelaise, les deux centraux suivent l’attaquant bordelais qui part en profondeur, alors que Léo Dubois est déjà au contact. Jimmy Briand n’a qu’à stopper sa course pour recevoir le ballon seul, à 25 m plein axe, avec le temps d’armer une frappe (ratée). Aucun défenseur central n’a préféré rester sur Briand, alors que les Lyonnais sont en supériorité numérique (trois contre deux).

Sur cette longue balle bordelaise, les deux centraux suivent l’attaquant bordelais qui part en profondeur, alors que Léo Dubois est déjà au contact. Jimmy Briand n’a qu’à stopper sa course pour recevoir le ballon seul, à 25 m plein axe, avec le temps d’armer une frappe (ratée). Aucun défenseur central n’a préféré rester sur Briand, alors que les Lyonnais sont en supériorité numérique (trois contre deux).

Même chose sur les côtés : malgré des supériorités numériques défensives quasi constantes, les latéraux lyonnais choisissent constamment de reculer, pour rester proche de leurs centraux.

Plutôt que de gêner le milieu bordelais, Léo Duboisrecule tout en se réaxant pour se rapprocher de ses défenseurs centraux. Un choix qui ressemble au final à un entre-deux : le milieu bordelais qui porte le ballon a de l'espace pour avancer et décaler son latéral, qui a lui tout le temps d'ajuster un centre.

Plutôt que de gêner le milieu bordelais, Léo Dubois recule tout en se réaxant pour se rapprocher de ses défenseurs centraux. Un choix qui ressemble au final à un entre-deux : le milieu bordelais qui porte le ballon a de l’espace pour avancer et décaler son latéral, qui a lui tout le temps d’ajuster un centre.

Non seulement Léo Dubois n’a servi à rien, mais in fine, Andersen se retrouve seul face à deux défenseurs, car Denayer est lobé sur le centre.

Non seulement Léo Dubois n’a servi à rien, mais in fine, Andersen (caché par le Bordelais le plus avancé) se retrouve seul face à deux adversaires, car Denayer est lobé sur le centre.

De façon un peu moins caricaturale, l’OL encaisse le but bordelais quelques minutes après de la même manière, côté opposé. En laissant l’ailier et le latéral avancer, Bordeaux parvient à centrer sans même créer de décalage.

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Ces placements douteux pourraient n’être qu’un mauvais choix ponctuel, mais plusieurs éléments n’incitent pas à l’optimisme. D’abord, ils n’ont pas été corrigés du tout pendant le match. L’entrée de Tousart aurait par exemple pu être l’occasion de changer le placement défensif, en demandant à un milieu de décrocher pour empêcher les Bordelais de se trouver aussi facilement entre les lignes. Ensuite, ces défauts ne sont pas nouveaux : ils étaient déjà criants lors des matchs de préparation, en particulier contre le Genoa. 


Bref, entre le choix offensif de ne pas servir les joueurs techniques au centre (probablement par peur de perdre la balle dans l’axe) et surtout ce « suicide » défensif face à des Bordelais qui avaient pourtant peu d’ambition et étaient souvent en sous-nombre, l’OL a probablement donné le bâton pour ne pas gagner un match largement dans ses cordes, surtout à domicile. Cet entêtement à la fois offensif et défensif est frustrant, mais puisqu’on n’a pas souvent eu l’occasion de positiver à l’OL ces dernières années, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

Les vrais-faux supporters ont suffisamment reproché à Genesio ses incohérences tactiques pour ne pas tomber immédiatement sur le dos d’un coach qui a enfin une idée claire de ce qu’il veut faire. Par ailleurs, le positionnement robotique de ses joueurs montre que le message et les consignes passent. On peut espérer qu’une fois les principes généraux assimilés, les joueurs seront autorisés à sortir du cadre quand les circonstances l’imposent. Lors de la préparation, Sylvinho a répété combien il aimait le talent. Il serait surprenant qu’il ne le libère pas dans quelques semaines.

Vincent G.

(Photo Damien LG / OL)

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