Quand Rennes privait l’OL d’une finale et Bruno Genesio d’une prolongation

OL

SOUS L’HORLOGE. La signature probable de Bruno Genesio au Stade Rennais, annoncée à la veille d’un OL-Rennes, ne doit pas rappeler que de bons souvenirs au technicien. Si la demi-finale de Coupe de France du printemps 2019, entre les deux clubs, a laissé relativement peu de souvenirs de terrain (on vous met au défi de citer les buteurs à part Rami Bensebaini), elle a marqué les mémoires comme un couac stratégique et de communication majeur pour l’OL. Ou comment, en voulant créer les conditions d’un plébiscite pour son entraîneur, Jean-Michel Aulas a construit une caisse de résonance pour l’un des plus grands bides récent du club.

Dans la zone mixte, après la défaite (2-3), il sera assez peu question du match et de l’occasion ratée de gratter un premier trophée depuis sept ans. Aulas se présente au côté de Genesio, qui ne dira pas grand-chose. C’est le président de l’OL qui parle : un très long monologue dans lequel il tâche vainement de donner de la cohérence à l’aboutissement d’un long feuilleton qu’il a largement alimenté. Car depuis le début de l’année 2019 jusqu’à ce 2 avril, Aulas a pris soin de faire monter la sauce autour de cet enjeu stratégique pour l’OL : l’avenir de Genesio au poste d’entraineur.

Tout commence trois mois plus tôt par une séquence médiatique qui, déjà, ne sent pas la grande maîtrise. Le président de l’OL affirme le 9 janvier qu’il est trop tôt pour parler d’une prolongation, jugeant que « ce serait une trop forte pression par rapport aux objectifs de la saison. » Son entraîneur ne semble pas d’accord et affirme, le lendemain : « À un moment donné, il faudra qu’on sache ce que l’avenir nous réserve. C’est important pour le club et pour moi de le savoir assez tôt. » Aulas finit par abonder, le 27 janvier : « On trouvera des solutions pour qu’il (Genesio) n’ait pas d’angoisse, ni son staff, avant la fin de saison. » Le président lyonnais évoque une décision à prendre « d’ici à fin mars. »

Dans les semaines qui suivent, Aulas l’affirme et le rabâche, à raison d’une ou deux prises de paroles hebdomadaires : la décision ne sera pas uniquement la sienne. Une vaste consultation doit être organisée. Bernard Lacombe, Gérard Houllier, les joueurs, les supporters, le conseil d’administration… auront voix au chapitre, promet Aulas, selon un calendrier savamment rendu public au fil de l’eau. Le conseil d’administration doit finalement trancher la question le 1er avril, et la décision doit être annoncée le lendemain, après le match contre Rennes, donc.

Prise à témoin médiatique

Quel est le but de cette séquence de communication intense ? Selon toute vraisemblance, JMA aurait pu entériner la prolongation de Genesio à sa guise et sans se compliquer la vie. Son souhait personnel ne fait pas de doute : depuis trois ans, il soutient mordicus son entraîneur, sans lésiner sur les qualificatifs. Mais le technicien est contesté par une frange de supporters et quelques consultants en vue, et Aulas ne veut pas donner l’impression que cette prolongation est le choix du prince. Il souhaite au contraire la crédibiliser, la rendre totalement indiscutable. D’où la prise à témoin médiatique et cette revendication d’un processus de décision collectif et rationnel (« Je ne serai pas dans l’affectif »). La suite montre toutefois qu’Aulas organise plus un plébiscite éclatant qu’une véritable consultation.

Sa perception à géométrie variable de la couverture médiatique du cas Genesio est un premier élément de preuve. Après une défaite nette à Monaco, fin février, le président de l’OL fustige les médias qui parasitent selon lui le travail de l’équipe en ne parlant que de l’avenir de son entraîneur. Il n’hésite pourtant pas, on l’a dit, à distiller lui-même les détails de sa réflexion ni à rabâcher sa conviction que Genesio est l’homme de la situation, dès qu’un micro se présente. Et quand L’Équipe propose la Une « Signé Genesio » après une victoire à Rennes en Ligue 1 (0-1), le président s’abstient cette fois de regretter l’ingérence journalistique dans les affaires de son club…

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Consultation générale (sauf de ceux qui ne sont pas d’accord)

Le plus bel exemple de la mauvaise foi dans cette démarche de consultation sera lié aux Bad Gones. Le président Aulas ayant répété à plusieurs reprises son intention de prendre en compte l’opinion des supporters, le groupe se sent légitime pour exprimer la sienne le 20 mars, par communiqué. Les BG87 affirment en substance, malgré leur attachement à Genesio, que son départ est nécessaire pour « un climat serein autour du club. » Une sortie qu’Aulas aurait pu mettre à profit afin de prouver son ouverture et le fait que tous les prises de position, même contradictoires, étaient entendues. Raté. Mauvais joueur, il ne cache pas sa contrariété face à ce qui est le premier avis public (relativement) hostile à Genesio, et lâche : « Ce ne sont pas les supporters qui décident de la gouvernance des clubs. »

À cet accroc près, le plan se déroule manifestement comme prévu. La victoire face à Rennes doit être la dernière touche du plaidoyer. Elle doit bénéficier de la caisse de résonance minutieusement construite par Aulas lui-même sur de longues semaines. La perspective d’aller au Stade de France défier Paris pour gagner un premier trophée depuis 2012 semble presque secondaire… Quelques heures avant la rencontre, Genesio affirme, sourire en coin, qu’il connait déjà la décision de son président. Le club, alors troisième avec 7 points d’avance sur le quatrième (Saint-Étienne), semble en position d’aller chasser Lille, second et situé 4 points plus haut – de toute façon, tout le monde au club parle plus confortablement « d’objectif podium. » De quoi préparer sereinement cette demi-finale. Personne ne semble envisager l’élimination.

La défaite, hypothèse oubliée

Ce qui explique que, quelques minutes après le coup de sifflet final, Aulas se présente aux micros manifestement pris de court. Il confirme qu’une qualification en finale aurait valu une prolongation automatique à Genesio, si jamais elle était combinée à une place finale sur le podium en championnat. Une sortie qui étonne, dans le sens où cette méthode ne permettait pas de donner une réponse ferme au début du printemps, ce qui était pourtant l’objectif initial. Un article publié par erreur sur le site de l’OL quelques minutes après le match annonce d’ailleurs la prolongation du technicien lyonnais « suite à la victoire contre Rennes. » Cette boulette confirme que de toute évidence, la qualification aurait été synonyme de prolongation immédiate, sans attendre les deux échéances majeures de la fin de saison : la finale de la Coupe, bien sûr, et le classement qualificatif pour la Ligue des champions suivante.

Empêtré dans une incompréhensible démonstration, Aulas tente d’expliquer que cette finale tombée à l’eau n’est pas rédhibitoire pour la prolongation de Genesio : le classement en Ligue 1 pourrait finalement suffire. Ce grand cinéma, censé permettre de prendre une décision rapide, vire au fiasco. La cata ne s’arrête pas à ce point presse lunaire. Déjà fortement polarisée autour de cet enjeu, l’ambiance au club et en tribune est désormais plombée par l’obsession de l’avenir de Genesio. Les deux matchs qui suivront seront perdus contre Dijon (1-3) et à Nantes (2-1) par une équipe totalement éparpillée. Lille s’échappe, Saint-Étienne recolle. Blasé, Genesio convoque alors la presse pour annoncer lui-même qu’il n’a plus l’intention de rester après la fin de la saison.

Libéré de la question Genesio, l’OL se reconstruit une dynamique autour de ce sacrifice et termine la saison bien mieux (cinq victoires et un nul), sauvant une troisième place qui s’avèrera directement qualificative pour la Ligue des Champions. À défaut de prolongation, Genesio s’offre une sortie honorable. Après un cycle de trois ans et demi également honorable, mais qui n’aura sans doute pas tenu toutes ses promesses, les notions de bilan sportif, de progression de l’équipe, d’objectifs atteints ou non, sont absents. Dans l’analyse de cette fin de mandat, telle que proposée par le club et les principaux médias sportifs, il est surtout question d’affect. Genesio est posé en victime d’un contexte dont il n’est pas responsable, ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais le club fustigera uniquement la responsabilité des médias (pourtant loin d’être unanimement hostile au technicien) et des supporters (idem) dans cet aboutissement imprévu d’un feuilleton désolant, oubliant qu’Aulas en aura été l’initiateur et le principal animateur.

Eloi Pailloux

(Photo OL)

One Comment

  1. Mik Mortsllak

    3 mars 2021 at 9:32

    Ce n’est sans doute pas plus mal que JMA communique moins.

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